Vollmond ou la fureur de danser

Scène de rue peu commune, à Paris. En se rapprochant du Théâtre de la Ville, la... (Courtoisie)

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Scène de rue peu commune, à Paris. En se rapprochant du Théâtre de la Ville, la foule bourdonne. Dès la sortie du métro Châtelet, des spectateurs éconduits tentent leur dernière chance au bout d'une pancarte: «Achète billets pour Vollmond», «Recherche places Pina Bausch», lit-on dans toutes les directions.

Les détenteurs de billets ont bien souvent réservé leur sésame un an à l'avance, grâce aux abonnements anticipés. Pour ce spectacle tant attendu, la billetterie du Théâtre de la Ville ne fait plus d'heureux depuis belle lurette. À l'extérieur, c'est la cohue. Même si la compagnie de Pina Bausch se produit dans ce haut-lieu de la danse contemporaine depuis 1979, y a présenté plus de trente spectacles, l'engouement ne s'amenuise pas.

C'était en 2006, trois ans exactement avant que la célèbre chorégraphe et danseuse allemande soit emportée par un cancer. La pièce sera rejouée à Paris la même année de sa disparition. Vollmond revient à l'affiche, cette fois à la salle Southam du CNA, les 7 et 8 novembre. Il restait même des places il y a deux jours!

Une machine bien rodée

Impossible d'oublier l'immense nappe d'eau recréée sur scène, tel un terrain de jeu inouï offert aux interprètes pour y glisser, nager, se battre et s'ébattre. De cette représentation parisienne, reste encore en mémoire la virtuosité hypnotisante de la danseuse indonésienne Ditta Miranda Jasjfi.

Selon le principe de présenter chaque spectacle selon son format initial, on sait que l'on retrouvera la même distribution à Ottawa.

Ainsi le temps s'arrête dans les spectacles de Pina Bausch. Il faut dire que sa compagnie du Tanztheater de Wuppertal perpétue fidèlement le répertoire chorégraphique de sa fondatrice sans changer d'un iota les pas imaginés. L'horlogerie aurait-elle un peu rouillé? Non, il s'agit tout simplement d'un étrange bijou brodé de fil d'or dont les aiguilles se seraient arrêtées pour toujours.

Cette reine de la danse, épaulée par une troupe d'une vingtaine de danseurs hors pair, a créé plus d'une quarantaine de chorégraphies - et autant de succès. Il reste rarement des sièges vides aux représentations, et pour cause: ses spectacles laissent toujours l'impression, à ceux qui ont la chance d'être présents, d'avoir assisté à une proposition scénique unique.

Il faut y goûter pour comprendre pleinement comment Pina Bausch a révolutionné la notion de spectacle en inventant le concept de «danse-théâtre». Elle ne s'est pas contentée de jeter sur scène des corps virtuoses; elle y a ajouté des saynètes théâtrales, des récits personnels, mais aussi une ligne musicale infaillible et beaucoup d'humour. Les amateurs de danse de la région se rappelleront certainement Nefés, présenté à Ottawa en 2007.

Comment raconter l'énergie décimante du Tanztheater pour ceux qui ne le connaissent pas? Les solos s'imposent comme la signature chorégraphique de la compagnie. Attendus avidement, ils rivalisent d'originalité et poussent les interprètes à livrer le meilleur de leur art. On les croirait jouer leur peau et livrer leur âme chaque soir.

Sous le clair de lune

Quant à Vollmond, créée en 2006, elle représente l'une des dernières oeuvres de Pina Bausch et signifie littéralement «clair de lune». Portée par 12 danseurs-acteurs tous âges et origines confondus, la pièce décline à l'envi l'élément liquide : eau, averses et arrosages y sont omniprésents. La scénographie de Peter Pabst, véritable plasticien des espaces, semble prélevée à même la nature tel un énorme rocher qui aurait chu en plein lit d'une rivière.

Cet écrin naturel fait évoluer la danse en liberté, dans l'affranchissement du mouvement, expressif en lui-même. Entre désir d'amour et solitude, entre rires et larmes, entre gouttelettes brumisées et pluie battante, le plateau se fait rivière où la danse rejaillit magnifiquement.

Pina Bausch en quelques dates

27 juillet 1940: Pina Bausch naît à Solingen, en Allemagne. Ses parents tiennent un café-restaurant, lequel lui inspirera l'une des ses pièces majeures, Café Müller (1978).

1955: Elle intègre l'école de danse Folkwang, à Essen. Elle y restera trois ans avant de partir «étudier toute seule, en bateau, sans connaître le moindre mot d'anglais» à New York.

1961: Engagée par le Metropolitan Opera de New York, Pina Bausch revient ensuite en Allemagne pour danser au Folkwang Ballet, où elle crée ses premières pièces. Elle deviendra directrice de la compagnie 1969 à 1973.

1974: Installation à l'Opéra de Wuppertal. Son écriture chorégraphique fait scandale: le public, habitué au ballet traditionnel, découvre avec stupeur une nouvelle danse, plus proche du théâtre. Un an plus tard, son Sacre du printemps oppose férocement le clan des hommes contre celui des femmes. Pina Bausch développe un style de danse-théâtre qui redéfinira la discipline dans le monde entier.

Années 1990-2000: La chorégraphe part s'installer dans de grandes capitales et s'y inspire lors de résidences de création. À Palerme naît Palermo (1989), Istanbul donne vie à Nefes (2003), et Séoul à Rough Cut (2005). Il y aura aussi Rome, Madrid, Budapest et Rio de Janeiro.

30 juin 2009: Décès à Wuppertral. Admise à l'hôpital pour une bronchite et une extrême fatigue, on lui découvre un cancer généralisé dont elle succombe cinq jours plus tard.

Pour y aller >

  • OÙ? Centre national des arts
  • QUAND? Les 7 et 8 novembre
  • RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA, 613-947-7000
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