Hélène Blackburn et Pierre Lecours, qui ont créé ensemble Gold l'an dernier, pièce inspirée des Variations de Goldberg, de Bach, ont eu l'idée de Duels dans une sorte de réaction épidermique à la période économique morose qui les a privé du financement de leur nouvelle création il y a quelques mois. «On ne voulait pas succomber à cette morosité, détaille Hélène Blackburn, on voulait monter un spectacle de danse et plusieurs personnes nous ont spontanément exprimé leur envie de danser pour nous, même gratuitement!»
L'idée de ces duos a d'abord germé dans la tête de Pierre Lecours. Des duos comme autant de combats amoureux ou amicaux ou fraternels, parfois violents, parfois doux et amoureux. D'où ces Duels qui réunissent plusieurs artistes de la scène, qu'ils soient danseurs, acteurs ou même chanteurs. La comédienne Sylvie Moreau, par exemple, dansera avec Alexander Hille, tandis que le jeune chanteur Alexandre Désilets se prêtera aussi au jeu. Figurent aussi le comédien Marc-André Poliquin, qui a frayé avec le milieu du cirque. Ainsi que plusieurs danseurs parmi lesquels Virginie Brunelle, Stéphanie Dumont, Cai Glover ou Merryn Kritzinger.
«C'est un exercice de style, puisqu'il s'agit du même thème traité 21 fois, précise Hélène Blackburn, qui dansera elle aussi en duo, tout comme Pierre Lecours. Ce sont des numéros de deux à cinq minutes chacun, où l'on voit notamment le couple dans toute sa tension. On aborde le côté tendre et tendu des relations. Avec des couples mixtes et des couples de même sexe. On pose la question des genres. Pendant ce temps, le reste du groupe demeurera sur scène. Mais il y aura aussi des numéros collectifs en appui aux duos, ou encore dans les transitions entre les duos.»
Quelle ambiance les créateurs de Duels ont-ils voulu créer? «C'est une ambiance de fin de party bien arrosé. Au moment où les cravates commencent à se dénouer. Où on se dit les vraies choses. Il n'y aura pas de nudité, mais à mesure que le spectacle progresse, il y a un certain relâchement. Ce sont des moments de vérité, avec des scènes de tough love.»
Cas public est certainement l'une des compagnies de danse qui prend soin d'avoir un propos clair. «C'est important pour nous d'avoir un propos intelligible, peu importe notre public. Si tu penses clairement, tu vas communiquer clairement.»
La présence sur scène de comédiens s'est apparemment faite assez naturellement, chacun des interprètes ayant quand même des affinités avec la danse. «Ç'a été très ressourçant pour moi de travailler avec des comédiens, insiste Hélène Blackburn. On ne communique pas avec eux de la même façon qu'avec un danseur. Un danseur est entraîné à enchaîner les mouvements dans la plus pure abstraction, en reliant les mouvements par la kinesthésie. Pour se rappeler la séquence des mouvements, l'acteur va plutôt se raconter une histoire. Ce qui fait qu'il est souvent chargé d'intentions. Les deux vont avoir une forte présence sur scène, mais une présence différente.»
Hélène Blackburn et Pierre Lecours espèrent exporter le concept de Duels pour le remonter dans d'autres villes avec d'autres interprètes, provenant de milieux variés. Un peu comme Sylvain Émard avec ses déclinaisons du Continental. «On projette aller à Québec, ou même à Birmingham (en 2014), avec 200 danseurs, amateurs et professionnels. Danseurs, comédiens et même des vedettes rock. On travaille là-dessus. On voudrait aussi travailler avec des artistes de cirque. Des duels danseurs-circassiens, ce serait super intéressant. On est en pourparlers actuellement avec une compagnie de cirque. On verra comment Duels pourra renaître sous différentes formes.»
En dépit de la morosité évoquée par les deux créateurs, les vents sont plutôt favorables pour Cas public. Outre les projets d'adaptation de Duels, la compagnie revient notamment d'Allemagne où elle a présenté avec succès sa pièce Variations S au festival Tans Im August, à Düsseldorf, considéré comme l'un des plus importants rassemblements de danse en Europe. Au mois d'avril prochain, la compagnie présentera Gold à l'Opéra de Paris.
Duels, du 12 au 14, puis du 19 au 21 septembre à l'Agora de la danse.