Patrick Bruel, mémoire vive

Le nouveau film de Patrick Bruel, Un sac de... (La Presse)

Agrandir

Le nouveau film de Patrick Bruel, Un sac de billes prendra l'affiche le 16 juin.

La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Patrick Bruel traverse une période noire, comme d'autres artistes en vécurent des bleues ou roses. Concours de circonstances, le chanteur comédien - en tournée québécoise pour ses reprises de Barbara (« la dame en noir ») - présentait également son plus récent film, Un sac de billes, campé dans les années les plus sombres de l'histoire de France.

Adaptation d'un livre culte de Jospeh Joffo, le film retrace la fuite, l'aventure et la lutte de deux jeunes frères juifs dans la France du maréchal Pétain. Patrick Bruel interprète leur père Roman, coiffeur à Paris, qui fera tout pour sauver ses enfants de la déportation, quitte à les endurcir et à les inciter à fuir.

Retour sur son expérience cinématographique, dans sa loge, une heure avant de chanter Barbara à Gatineau, en avril dernier. Barbara qui, rappelons-le, n'avait jamais fait étalage de sa judaïté, mais révéla dans ses mémoires tardives la fuite familiale devant les nazis, les changements constants de logements et sa vie cachée à Saint-Marcellin, en Isère... Une réalité historique mise en scène par Un sac de billes, d'après le récit autobiographique du survivant Joseph Joffo.

« J'avais lu le livre quand j'avais 13 ans, je connaissais l'histoire, se souvient le chanteur. L'éclairage que Christian Duguay voulait redonner à cette histoire m'a convaincu. Remettre ce film en lumière permettait, par le prisme des enfants, de venir toucher des générations qui ont commencé à entrer dans la période de l'oubli. »

Plus connu par ses chansons, Patrick Bruel a déjà tourné dans une cinquantaine de films, dont Un secret, de Claude Miller, adaptation du roman de Philippe Grimbert qui convoquait aussi l'histoire tragique des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Toute démarche qui relève du devoir de mémoire est à saluer, poursuit-il. Mais il ne fallait pas que ce soit un film de plus et cela impliquait que les enfants soient géniaux. Quand on m'a montré les deux acteurs sélectionnés, j'ai accepté. »

Lunettes rondes, visage affable et rassurant, le coiffeur qu'interprète Patrick Bruel masque néanmoins un tempérament parfois imprévisible avec ses enfants. 

« C'est un personnage fort car indéniablement visionnaire ; il a vécu les pogroms, il a l'instinct de laisser partir ses enfants seuls dans la nuit, de leur donner les clés virtuelles de leur liberté et de les préparer à un interrogatoire avec des nazis ». N'écoutant que son devoir de père de famille, il laissera partir ses proches pour les sauver d'une rafle imminente. Ce qui ne leur permettra pas d'éviter l'irréparable, la confrontation à la haine de l'autre, la violence physique et l'impérieuse nécessité de cacher qui l'on est. 

« Ce qui est important dans le film, c'est l'éclairage qu'on peut faire aujourd'hui sur la différence, l'exclusion, le repli sur soi, fait valoir Patrick Bruel. On arrive à un stade où les écoles font l'économie des explications sur la Seconde Guerre mondiale ; on fait l'économie de la crise de 1929, de ses causes, et on survole cette tragédie de l'histoire. Si vous expliquez la crise de 1929, vous expliquez celle de 2008 et tout ce qui se passe actuellement avec la montée des nationalismes et des intégrismes ». 

Ainsi, après avoir salué la mémoire de Barbara, sur scène, il ressuscite celle d'un patriarche juif, père de Joseph Joffo, figure comme tant d'autres d'un combat à ne pas oublier. Son plus beau gage de réussite ?  

« Quand Joffo a vu le film, il m'a dit à quel point j'avais été au-delà de mon rôle et à quel point je lui avais ramené son père. »

Un sac de billes prendra l'affiche le 16 juin.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer