Deux flics, mais un seul personnage

Dès le 12 mai, Patrick Huard et Colm... (Yan Doublet, Le Soleil)

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Dès le 12 mai, Patrick Huard et Colm Feore formeront une fois de plus un tandem «de feu» au grand écran.

Yan Doublet, Le Soleil

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Martin Ward et David Bouchard, les deux flics qui se sont rencontrés dans Bon Cop Bad Cop (BCBC), ont eu le temps de nouer de solides liens d'amitié durant les 11 années qui ont passé depuis la sortie en salle de ce film qui aura connu le plus gros succès aux guichets de l'histoire du cinéma canadien, en engrangeant des revenus de plus de 12,7 millions $ depuis 2006.

Ward et Bouchard reprennent évidemment du service dans BCBC2, qui prend l'affiche le 12 mai. Mais les choses ont bien changé : si une certaine forme de rivalité entre les deux policiers continue de s'y déployer, ADN du film oblige, le jeu sur la « guéguerre » culturelle et linguistique entre les deux solitudes canadiennes n'est plus au coeur du récit. Entre autres parce que les deux flics, désormais amis, malgré leurs contrastes, ne font plus qu'« un seul et même personnage », indiquent - d'une seule voix -  Colm Feore et Patrick Huard, les deux comédiens qui les interprètent.

« Ça passe très vite, 11 ans », tempère d'abord Patrick Huard, qui est aussi scénariste et producteur du film. 

« Avant de se rendre compte que le public attendait une suite, ç'a pris deux ans. Puis, il y a la vie, les horaires, les enfants, et Taxi 0-22 qui a pris quatre ans de ma vie », enumère-t-il du même souffle. 

Il fallait aussi composer avec la kyrielle de projets internationaux de Colm Feore (dont les séries Les Borgias et House Of Cards, pour ne citer que les plus récents), lequel n'attendait que ça, tant par amitié pour Patrick Huard qu'à cause de la nature canadienne du projet.  

« J'avais absolument envie de le faire. La seule question, c'était 'Quand est-ce qu'on va pouvoir le tourner ?' », alors que la vie professionnelle de Colm Feore  se passait à Los Angeles. 

Une fois le projet en branle, « même si Spielberg m'avait appelé pour me proposer quelque chose, je lui aurais dit d'attendre », rigole-t-il.

« Quand on a pu dire : 'On plonge ! on le fait !', ç'a pris un autre quatre ans... ce qui est assez vite, quand même », soutient Patrick Huard...

S'il fallait veiller à conserver « le même ADN, la même mythologie », Patrick Huard a d'abord fait fausse route. 

« Si j'avais voulu raconter [la suite immédiate], ç'aurait été éternel... j'aurais fini avec un scénario de 250  pages, et une histoire super plate. Je le sais : j'ai essayé ! lance ce dernier en s'esclaffant. Je suis tombé dans tous les pièges, [notamment] en essayant de ramener tous les personnages, et c'était nul ! »

Un tout « autre film »

Il a donc « évité de faire quelque chose de trop en raccord direct avec le 'un' ». Il a estimé devoir, au contraire, « assumer » la durée qui séparait les deux films. « Après tout le temps passé, c'était mieux de laisser le spectateur se raconter lui-même l'histoire » de chacun des deux protagonistes durant cette ellipse, et de lui proposer de nouvelles retrouvailles.

« C'est le même restaurant, mais c'est un autre plat... » image Patrick Huard, qui a donc entrepris « d'écrire un autre film », pour ne pas « servir du réchauffé aux gens ». 

« J'ai fait comme si j'écrivais [l'original]... mais [dont l'action se déroule] maintenant. » 

C'est à partir du moment où il a su tirer profit du saut temporel « que les choses ont commencé à prendre une forme intéressante ». À laquelle il a pu greffer des éléments modernes... voire parfois visionnaires, puisque le scénariste explorait, deux ans avant les élections américaines, des enjeux politiques aux résonnances étonnamment contemporaines.  

Évolution

« Il y a cette fois-ci une espèce de sensibilité, d'émotivité qui vient nourrir tout ça, mais qui vient aussi changer notre regard sur les personnages », émet Parick Huard.

Comme il s'est créé « un phénomène d'identification pour ces deux gars-là », au Québec comme dans le « Rest Of Canada » (ROC), « je voulais qu'ils soient plus vulnérables et plus engagés émotivement, pour que [la relation] prenne un nouveau sens »... et pour renforcer cet attachement, indique-t-il.  

« On joue un peu avec le genre, pour déstabiliser les gens et pour qu'il s'amusent encore plus. »

Grâce au temps écoulé, la relation entre les deux personnages est plus riche et « plus profonde », abonde Colm Feore. « On est plus engagés dans la question de l'amitié. » Et on se rend compte que « finalement, Bon Cop Bad Cop, ce n'était pas deux personnages, mais un seul : nous deux, ensemble. »

 Si la première fois, « on avait à expliquer les questions culturelles, à exposer leur background », le nouveau scénario démarre sur les chapeaux de roues, sans se perdre en redite, estime Colm Feore. Prenant garde de ne pas miner le rythme trépidant, « Patrick a su [distiller] des petits détails, des petits 'secrets' de leur vie personnelle et professionnelle » qui éclaircissent ou solidifient les liens d'amitié ». 

« Et ça marche très bien » analyse le comédien, dans un français très fluide.

Fusion métaphorique

« Les personnages sont en connexion constante. J'ai même triché un peu en utilisant ce gadget dans l'oreille, pour les garder dans une sorte de fusion », soutient Patrick Huard. 

Agent infiltré dans un réseau de voleurs de voitures de luxe, Bouchard a dans l'oreille un mini-émetteur lui permettant de communiquer avec son supérieur hiérarchique... lequel n'est nul autre que Ward. Et c'est précisément lorsque ce lien technologique - et métaphorique - est amené à se rompre que le public tremble le plus, a constaté le producteur lors de différents screen tests

Il est ravi que l'effet ait autant d'impact : « C'est une réussite au niveau de l'écriture, mais surtout au niveau du jeu. Ces deux gars ne peuvent plus exister l'un sans l'autre, dans l'imaginaire des gens. Je trouve ça super touchant. Et très drôle en même temps ! »

Une amitié finalement à l'image de celle qu'entretiennent les deux comédiens. 

« On est un peu plus matures, maintenant. On est plus gris, plus chauves, un peu plus gras ici et là, mais on est aussi plus calmes, plus relax. Je trouve que ça donne un air assez sophistiqué » aux personnages, s'amuse Colm Feore.

Il aura toutefois fallu rapprocher ces deux compères. Dans cette opération délicate de « contamination » croisée, c'est Martin Ward qui subit la plus lourde transformation. « Tout est mieux, chez lui. Il est moins stiff, moins marionnette. Et en passant de l'OPP à la GRC, il a été forcé d'améliorer son français », explique l'interprète. 

Les dialogues s'en trouvent accélérés. « Ça passe vraiment vite. Je craignais de ne pas y arriver, poursuit Colm Feore, rompu au théâtre classique et au festival de Stratford.

«En réalité, Patrick m'a écrit le rôle de ma vie. Martin, c'est moi... en beaucoup plus cool.»

Cette fois, la distribution était préétablie, donc «j'écrivais pour Colm. [...] Le défi, c'était de lui donner quelque chose d'intéressant à jouer, d'être à la hauteur de tout ce qu'il peut faire», précise son  acolyte scénariste, qui, entre deux courses-poursuites, échauffourées et séquences comiques, n'a pas hésité à nourrir ce film trépidant de parenthèses plus dramatiques. 

Les comédiens ont assuré la plupart de leurs propres cascades. Saupoudrer d'humour les scènes d'action fait partie des ingrédients fondamentaux de BCBC. Or, «faire rire, c'est le travail des comédiens, pas des cascadeurs», tranche Patrick Huard. 

La réalisation de BCBC2 a été confiée à Alain Desrochers, qui a fait ses preuves en la matière avec les films d'action Nitro et Nitro Rush, plutôt qu'à Érik Canuel, signataire du premier opus.




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