Pour en finir avec la rancune

Gabriel Sabourin et Paul Doucet, dans C'est le... (Courtoisie)

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Gabriel Sabourin et Paul Doucet, dans C'est le coeur qui meurt en dernier, d'Alexis Durand-Brault.

Courtoisie

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S'il est le comédien principal de C'est le coeur qui meurt en dernier, Gabriel Sabourin est avant tout le scénariste du nouveau long métrage d'Alexis Durand-Brault, adaptation à l'écran du roman éponyme de Robert Lalonde.

Ce n'était pas son coup d'essai (on lui doit les scénari de Miraculum, de Podz, et d'Amsteram), mais c'est avec beaucoup de déférence qu'il a approché l'oeuvre de Lalonde, comédien chevronné et auteur prolifique couronné d'un prix du Gouverneur Général. 

À l'étape de l'écriture, il ignorait d'ailleurs que ce serait lui qui camperait le protagoniste - alors que l'autre premier rôle avait d'office été confié à Denise Filiatrault, condition «sine qua non» pour que M. Durand-Brault réalise le film.  

Gabriel Sabourin s'est surtout borné à «essayer de traduire l'émotion qui ressort du livre»; à refléter, le plus fidèlement possible, la force de «l'amour d'un fils pour sa mère», plus puissant encore que la grande distance qui sépare les deux personnages; à creuser les pistes de réflexion dégagées par Lalonde, ou y faire écho par des moyens détournés. Et ce, tout en prenant bien soin de trouver dans le langage cinématographique «une structure et une intrigue» ainsi qu'une «continuité» logique à même de contenir l'aspect éclaté de l'oeuvre littéraire. Le roman met en scène «un garçon qui regarde sa mère à différents âges de sa vie». Mais, sous la plume de Lalonde, «tout est mêlé, c'est très sensoriel, et on est à l'intérieur [de la tête] du protagoniste» sans qu'on sache vraiment «ce qu'il vit, ce qu'il fait, ni même qui il est... même si on se doute qu'il s'agit de Robert Lalonde», résume M. Sabourin.

L'Alzheimer, «c'est un thème qui me parlait beaucoup», concède M. Sabourin, dont l'entourage direct a récemment été affecté par la maladie. «Et puis ce sont des préoccupations qui sont dans l'air du temps» et les problématiques - abordées de front dans son film - autour du droit à mourir dans la dignité et l'accompagnement des personnes en fin de vie.  

«Et puis il y a quelque chose de très fort, puisqu'on [le film] parlait de souvenirs et d'oubli, de secrets et de traumatismes» Avec l'Alzheimer, qui menace d'emporter «ce fil de souvenirs», s'impose, avec une relative «urgence», une question fondamentale: «est-ce qu'on doit les dire, ces choses, ces secrets, ou les laisser s'évanouir d'elles-mêmes dans le flot de la vie?»

Centre du monde 

«Cette relation mère-fils, l'immense intimité qu'il y a eu entre eux», durant la longue période où elle a été pour lui le «centre du monde, puis «qui s'est peu à peu effritée [...], ça me touchait beaucoup. » En outre, «il n'y en a pas tant que ça, des films qui parlent de la relation entre un garçon et sa maman», estime-t-il. 

À ce tamdem mère-fils, il a ré-imaginé un «cocon familial», écrin qu'il a situé «à l'intérieur de la cuisine de l'enfance», tout simplement parce que la cuisine, au Québec, fait historiquement figure de pièce centrale de la maison. 

«À l'adolescence, avec l'arrivée de la sexualité, et à l'âge adulte, on se détache de nos parents. C'est naturel. Et c'est dommage en même temps, parce qu'on ne retrouvera jamais de liens aussi fort. Même si on tisse d'autres sortes de liens avec eux», poursuit Gabriel Sabourin. 

Le scénariste a voulu traiter de l'onde de choc que peuvent provoquer de vieilles chicanes de famille. Il se «désole» du ressentiment que certaines personnes nourrissent, parfois éternellement, à l'égard de leur propre clan. «J'ai vu, dans ma propre famille - éloignée - des enfants dont la mère était mourante, mais qui en voulaient tellement à leurs parents qu'ils refusait d'aller leur rendre visite. J'ai dû mal à comprendre une rancune aussi forte, Tu ne peux plus te rattraper, après. [Et c'est triste de penser] que ton histoire va se refermer comme ça», sans saisir l'occasion de «faire ses adieux». «Il y avait, dans le film, cette volonté d'aller [vers l'autre] dans un geste de pardon, et non de vengeance. [D'exprimer] l'importance de dire les affaires, pour que ton histoire se termine 'bien', plutôt que sur trois petits points...»

La «suite» des Belles-Soeurs

Le réalisateur Alexis Durand-Brault voit dans C'est le coeur qui meurt en dernier un «film-hymne à la mère», qui «est un peu la suite des Belles-Soeurs» de Michel Tremblay. Notamment parce que cette plongée dans les années 70, il dépeint un univers essentiellement féminin, composé de «mères un peu trop extraverties et colorées, et en même temps très fragiles et très pudiques, qui sont, en définitive, la base de ce qu'a été le Québec à une certaine époque». 

Dans le récit éponyme de Robert Lalonde - avec qui le cinéaste travaille «souvent» ; il le dirigeait tout récemment sur le plateau d'Au secours de Béatrice - «j'ai reconnu [les femmes de] ma famille. Leur manière de parler, de trouver des expressions extraordinaires. 

«Elles vivaient dans des maisons un peu trop grandes, où rien ne bougeait, les coussins toujours à la même place. C'était des femmes souvent esseulées, à la remorque d'un mari pourvoyeur, qui se coiffaient et se faisaient belles juste pour l'accueillir, ou qui se retrouvaient à boire du Cinzano parce qu'elles n'avaient rien d'autre à faire. C'est pour ça que [Mme Lapierre] met tout le temps de la musique: le silence est trop dur à supporter. Mettez-moi du Harry Belafonte ou du Dean Martin, puis on va danser et être heureuses, on va oublier nos problèmes et nos rancoeurs.» À travers le portrait du personnage campé par Sophie Lorain [son épouse dans la vie], et la dolce vita domestique qu'elle et sa soeur mènent en apparence, le réalisateur voulait brosser un portrait plus large, générationnel voir sociétal, du Québec post-révolution tranquille.

Il tenait d'ailleurs à ce que ce soit une femme qui signe la trame musicale de son film. Il est allé cherché Béatrice Martin (Coeur de Pirate), incarnation d'une «modernité» plus contemporaine et d'une génération «plus libre», mais dont la sensibilité fémine était essentiel à ses yeux. «Béatrice a un talent incroyable. [...] Elle marche très rarement dans les lieux communs. Et elle est capable de toucher les gens avec une musique toute simple.»

Ce qui fascinait Alexis Durand-Brault, dans le matériau littéraire, éminemment personnel, de M. Lalonde, «c'est à quel point il a choisi d'accepter sa mère telle qu'elle est, de l'aimer avec ses défauts et ses qualités», plutôt que de continuer à observer «la femme qu'il avait idôlatrée - parce que c'est quand même la première femme de ta vie, une mère...» expose le réalisateur.




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