Elle veut mourir, la Mama

CRITIQUE / L'écriture et la parole; les mots et leur musique; les liens... (Photo fournie par les Films Séville)

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CRITIQUE / L'écriture et la parole; les mots et leur musique; les liens puissants, parfois irraisonnés, qui unissent le clan familial ; le pardon ou le ressentiment «volcanique»; les souvenirs et la perte de mémoire; l'âge et la mort, aussi inéluctable l'un que l'autre, qui rapprochent les êtres:  C'est le coeur qui meurt en dernier se faufile pas à pas, subtilement, sur les fils entremêlés de tous ces thèmes à la fois rebattus et sans doute névralgiques à tout récit dramatique percutant.

Le film est porté par une équipe d'équilibristes des plus talentueux. 

D'abord, le réalisateur Alexis Durand-Brault (La petite reine, Ma fille, mon ange, les téléséries Au secours de Béatrice et La galère). Malgré la sensiblité du thème (une mère octognaire souffrant d'Alzheimer et demandant à son fils son aide afin qu'elle puisse «s'endormir» à tout jamais) et la densité de son matériau (entre autres: des secrets de famille, un Alzheimer sélectif, une course à un prix littéraire prestigieux et une série de flashbacks plongeant dans les années 70 afin d'éclairer différement les personnages, au passé), le cinéaste parvient à équilibrer les nombreux éléments qui se télescopent, sans laisser choir ni la charge émotive des personnages, ni le rythme du récit.

Ensuite, le comédien Gabriel Sabourin. Lui, dans la peau du personnage principal - Julien, récent auteur d'une autobiographie qui connaît un certain succès - mais aussi dans le rôle du scénariste. Le synopsis trouve sa source dans le roman éponyme que Robert Lalonde a publié en 2013. L'auteur et acteur - lauréat 1994 du Prix du Gouverneur général (pour Le petit aigle à tête blanche) se retrouve d'ailleurs dans le film. Brièvement, certes, mais rarement un caméo n'aura-t-il été aussi pertinent. Son clin d'oeil, dans une sorte d'émouvante mise en abyme littéraire, lui permet de prolonger l'interrogation qu'il soulevait dans son livre.

Filiatrault magistrale

Et puis, et surtout, il y a Denise Filiatrault. Magistrale, dans ce rôle de mère étouffante, passablement égocentrée et un peu aigrie par le vieillissement, tout à la fois haïssable et très attachante. Même diminuée par la maladie, Mme Lapierre refuse de céder une once de dignité à l'Alzheimer qui a commencé à la ronger. Comme si elle refusait d'abandonner cette sorte de «grandeur» - parfois réelle, parfois fantasmorique - qu'elle affichait dans la fleur de l'âge. 

Sa force, sa jeunesse et son côté fantasque: le spectateur les découvre à travers les yeux d'enfant de Julien, alors en symbiose parfaite avec sa mère. Laquelle, lors de ces retours dans le temps, est interprétée par nulle autre que Sophie Lorain. Faire jouer le personnage jeune par la propre fille de Mme Filiatrault était une excellente idée. Sophie Lorain est exquise, même si l'exubérence du rôle, ses sourires glamour de Grace kelly tirée à quatre épingles, ses lubies et ses effets de manche facilitent sans doute un peu son travail.

Mélange de force feinte et de vulnérabiité masquée, porteur d'autres paradoxes tout aussi riches, le personnage de Mme Lapierre plus âgée constitue en lui-même une matière dramatique magnifique. Qu'il ne fallait surtout pas caricaturer. Et Mme Filiatrault est éclatante. Poignante, tout en finesse, sa prestation lui réserve assurément une place de choix dans la future (en 2018) course aux prix IRIS. 

Quand on pense que la metteure en scène, rendue craintive par l'âge, évite les plateaux depuis 25 ans (à une brève exception près, le Laurence Anyways de Xavier Dolan)! Mesurée à l'aune de cette prestation, son absence confine au scandale!

Au second plan, une distribution de grand calibre fera défiler Paul Doucet en agent littéraire, et Céline Bonnier, Isabelle Blais et Geneviève Rioux - en blonde, ex et soeur, respectivement. Idem pour la jolie trame musicale, qund Béatrice Martin (Coeur de Pirate) laisse courir ses doigts sur le piano.

filmé à Ottawa

Plutôt que de chercher à embellir la réalité (encore que les alentours du Parlement d'Ottawa, assez présents dans le dernier tiers du film, ne sont pas dénués de charmes), la directon photo reste au service de la «vérité» des personnages, à l'affût de leurs silences, souvent bien plus révélateurs que leurs discours, surtout dans le cas de Julien, beucoup moins bavard à l'oral qu'à l'écrit. En cela, la caméra répond à la logique implacable du sous-texte.

C'est le coeur qui meurt en dernier est un film riche de sens, dense de questions, morales ou existentielles. Le noeud au centre des relations famililaes conflictuelles aurait, lui, pu bénéficier d'un traitement plus sutil, de façon à laisser certaines zones d'ombre planer jusqu'au bout. Fort heureusement, même si le secret s'évente un peu trop tôt, cela n'enlève rien à l'intérêt du récit ni, surtout, à la force de son dénouement.

Au générique

***1/2

C'est le coeur qui meurt en dernier

Alexis Durand-Brault

Gabriel Sabourin, Denise Filiatrault, Sophie Lorain, Paul Doucet




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