La force des vulnérabilités

L'actrice Gabrielle Tremblay... (Archives, La Presse)

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L'actrice Gabrielle Tremblay

Archives, La Presse

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Elle est la première actrice transgenre à être nommée aux Prix Écrans canadiens dans la catégorie Interprétation féminine dans un rôle de soutien. Gabrielle Tremblay, 26 ans, est la révélation du film Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau, grâce au rôle de Klas Batalo, son premier au cinéma. Un personnage allégorique de l'héroïsme combatif, celui qui représente la lutte des classes aux côtés de trois amis activistes animés par le même désir de révolution au Québec. Gabrielle Tremblay nous parle de ses combats, celui d'une génération en pleine révolte filmée par Mathieu Denis et Simon Lavoie, et le sien, pour assumer son identité transgenre et la défendre fièrement.

« J'étais désillusionnée quand j'ai commencé un cours de cinéma avant ma transition, dit-elle. Puis j'ai vu une annonce sur les réseaux sociaux qui cherchait une femme trans non opérée dans ma tranche d'âge. J'ai toujours rêvé de cinéma et je me suis lancée ! » Sa candidature intervient au moment où l'équipe du film étend ses recherches à des actrices cisgenres [non trans]. « Ils étaient sur le point de repenser le rôle mais, en même temps, tenaient fort à ce qu'un personnage différent et riche soit égal aux trois autres ».

Vivant dans le même appartement, les quatre amis incarnent l'esprit de rébellion, de contestation et la remise en question des normes et des valeurs en cours dans la société. Ils mènent des actions de groupe pour saboter l'ordre public : détournement de tableaux publicitaires, dérèglement du métro et vandalisme en tout genre. Contre la société capitaliste, contre les mentalités des parents baby-boomers, pour l'accès démocratique à l'éducation... Dehors, les manifestations de la crise étudiante en 2012 grondent.

Malgré les échecs et les désillusions, leur génération compte bien secouer cet ancien monde dans lequel elle est née et ne veut plus vivre. Une génération à laquelle appartient la majorité de l'équipe du film, jeunes trentenaires pour les plus âgés, celle du Printemps érable et des carrés rouges.

« Étant victime d'anxiété généralisée, j'ai assisté à ce mouvement-là par les réseaux sociaux, se souvient Gabrielle Tremblay. Je l'encourageais à distance mais je n'étais pas capable d'aller dans les rues. »

Belle revanche sur ses démons pour l'actrice qui, trois ans plus tard, livre son corps nu au regard des spectateurs dans une scène chorégraphiée au cours de laquelle elle déclame la poésie de Josée Yvon.

« Quand j'ai joué la scène, je ne pensais même pas à la nudité, seulement à livrer mon texte. Mon corps est un outil pour livrer des messages, poursuit-elle. Si j'avais été habillée, la chorégraphie n'aurait pas eu le même impact. C'est très vulnérable, comme position, mais je crois qu'il y a une force dans la vulnérabilité ». La prise est tournée une douzaine de fois, en boucle, lors de la première journée du travail de plateau.

« Cette scène a permis aux réalisateurs de lancer le bal de ce qu'ils voulaient. Ça a été très libérateur pour tout le monde. »

Forte présence des arts (danse, musique, peinture, poésie), incrustation de citations à l'écran, trame narrative en pointillé... Les ruptures de ton sont au service d'un geste cinématographique épique s'ouvrant sur une longue plage instrumentale sans image, table rase pour un film manifeste qui divise. 

Retiré de l'affiche moins d'un mois après sa sortie en février, sa projection au FFO les 27 et 28 mars offrira une dernière chance de le voir en salles.




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