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La 19e édition du Festival du film de l'Outaouais bat son plein jusqu'au 31... (123rf)

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Le Droit

La 19e édition du Festival du film de l'Outaouais bat son plein jusqu'au 31 mars. Au cours de la prochaine semaine, l'équipe des arts vous des critiques en lien avec les longs métrages programmés. Bon cinéma!

Toni Erdmann *****

Réalisatrice : Maren Ade

Acteurs : Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn

Projections:

Le 25 mars, 21 h 30, Cinéma Aylmer

Le 29 mars, 21 h, Cinéma 9

CRITIQUE / Un film qui bouleverse est toujours empreint d'un certain mystère. Toni Erdmann fait partie de ces raretés capables de rendre triste et heureux à la fois. Une tempête émotionnelle amorcée à Cannes où, repéré en sélection officielle, il fit un triomphe mais repartit bredouille. Chaque scène, comique ou tragique, est saisissante. Difficile, toutefois, de résumer le scénario signé d'une jeune cinéaste allemande quasi-inconnue, Maren Ade, l'une des plus prometteuses de sa génération.

Son film est une révélation. En mettant en scène un père fantasque soucieux de rendre sa fille heureuse, il joue la carte de l'humour bouffon contre le sérieux du jeu social et professionnel dans lequel sa fille est tombée. Ines vit seule et travaille à Bucarest dans un cabinet de conseil dédié à la restructuration des entreprises, donc à la suppression d'emplois. Mais le plus pathétique est ailleurs. 

Comme un grain de sable s'immisçant pour enrayer une routine bien huilée, Toni Erdmann s'invente un personnage d'imposteur qui débarquera dans la vie professionnelle de sa fille pour la sauver de l'esprit de sérieux.

Dans la lignée du bouffon du roi investi de deux fonctions, divertir et révéler, le père s'impose comme la conscience ironique de sa fille. Fausses dents, maquillage, il avance masqué comme un ange gardien maladroit mais bien intentionné. 2h42, il faudra bien cette durée pour faire progresser son petit jeu et aller toujours plus loin dans la vérité. En épiphanie, une scène poignante où Ines reprend a cappella cette chanson de Whitney Houston : «No matter what they take from me / They can't take away my dignity / Learning to love yourself / Is the greatest love of all.» Demeure le souvenir prégnant d'avoir assisté à un film immense.

Maud Cucchi, Le Droit

Polina, danser sa vie *** 1/2

Réalisateur : Angelin Preljocaj

Acteurs : Nastya Shevtzoda, Juliette Binoche, Niels Schneider

Projections:

Le 25 mars, 19 h, Cinéma 9    

Le 27 mars, 16 h 30, Cinéma 9

CRITIQUE / «Le Bolchoï, c'est le symbole de la Russie, sa fierté. Il évoque la grandeur de notre pays. Je vous ai tous préparés pour ça, les auditions du Bolchoï», dit la directrice de l'école à ses élèves. Mais l'âme, le coeur et le corps de Polina, surtout, en voudront autrement.  

Peu avant les auditions, Polina assiste à un spectacle de danse contemporaine et vit alors un choc artistique qui lui fera remettre en question tout ce qu'elle a appris, tout ce à quoi elle était promise, une brillante carrière en ballet classique. En compagnie de son amoureux, elle quitte en direction d'Aix-en-Provence pour travailler avec la réputée chorégraphe Liria Elsaj (Juliette Binoche). Quoique talentueuse, Polina n'arrive pas à se libérer du carcan rigide du ballet dans lequel son corps est prisonnier, une étape essentielle pour pouvoir s'épanouir pleinement en danse contemporaine.  

Le célèbre chorégraphe d'Angelin Prejlocaj réalise ici son premier long métrage, inspiré de la bande dessinée de Bastien Vivès, Polina. L'action est campée dans les années 90, en trois temps: l'enfance de Polina à Moscou, son apprentissage de la danse contemporaine à Anvers, et son émancipation personnelle et artistique à Paris.  

Avec en toile de fond les difficultés financières que vivent les parents de Polina, le film nous fait découvrir, sans trop tomber dans les clichés, le métier de danseur et le dur labeur nécessaire pour percer là où il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. De gros plans très réussis mettent en lumière toute la souffrance de Polina (Nastya Shevtzoda) qui peine à trouver sa voix et sa voie comme artiste.

Un film touchant, à voir, ne serait-ce que pour les magnifiques chorégraphies d'Angelin Prejlocaj, notamment le duo de la fin, là où l'on voit Polina en pleine possession de ses moyens, tout son être enfin devenu en symbiose parfaite avec son art.

Isabelle Brisebois, collaboration spéciale

La danseuse **

Réalisatrice : Stéphanie Di Giusto

Acteurs : Soko, Lily Rose Depp, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry

Projections:

Le 25 mars, 16 h 30, Cinéma 9

Le 29 mars, 19 h, Cinéma Aylmer

CRITIQUE / En s'attaquant à l'histoire de Loïe Fuller, fille de fermiers émigrés en Amérique devenue danseuse iconoclaste dans le Paris de la Belle époque, Stéphanie Di Giusto relève un double défi : raconter le destin d'une artiste tombée dans l'oubli et miser sur deux actrices rares au grand écran. Soko, auteure-compositrice imprévisible établie aux États-Unis et Lily Rose Depp, (fille de...) dont on découvre les premiers pas bilingues au cinéma. Elle incarne Isadora Duncan, jeune interprète prodige que Loïe Fuller rencontrera à l'Opéra de Paris. S'enclenche alors un pas-de-deux provocateur où l'art et l'amour lesbien font des ravages.  

Si le choix des deux actrices est des plus judicieux, il manque juste l'émotion, qui affleure seulement à deux ou trois moments furtifs. Comme si la réalisatrice avait voulu, non pas raconter ses deux héroïnes de l'intérieur, mais remettre le combat artistique de Loïe Fuller dans la France de la Belle Époque. Celui de l'art vécu comme un absolu, où il est question de repousser les limites de la représentation en dépit des risques physiques. Sur scène, il faudra à la danseuse toujours plus de lumière, même si les projecteurs lui brûlent les yeux, toujours plus de mouvements, même si son dos la fait souffrir. Loïe crée un style très personnel où elle tournoie dans une robe ample et vaporeuse aux manches allongées par des bâtons. Cette danse-toupie fonctionne comme un vortex qui brise les codes du genre sur son passage et dévoile, in fine, la quête d'expression d'une artiste libre et avant-gardiste. Intéressant mais pas incontournable.

Maud Cucchi, Le Droit

La mécanique de l'ombre ***

Réalisateur: Thomas Kruithof

Acteurs: François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila

Projections: le 25 mars, 14 h 30, Cinéma Aylmer (salle 3)

CRITIQUE / Dans un bureau, un immense bordel règne. Des piles et des piles de cartables et de dossiers jonchent le sol. Assis par terre, un homme. Complètement désemparé, démuni, détruit. Verdict: épuisement professionnel. Au chômage depuis deux ans, Duval se fera offrir un travail bien rémunéré et simple. Enfin, peut-être pas si simple que cela...

Embauché par un homme d'affaires mystérieux, Duval a comme travail de faire des transcriptions d'écoutes téléphoniques. Il se met donc vaillamment à la tâche, sans trop se poser de questions. Jusqu'au jour où doutes et soupçons se mettent à le tenailler. Bien malgré lui, Duval sera plongé dans un complot politique et l'univers redoutable des services secrets. Un film qui nous amène dans la mécanique du monde du travail, là où la déshumanisation règne souvent, dans les coulisses du pouvoir, la corruption, la manipulation de l'être humain et la soumission du plus faible que soi. Toujours juste, Francois Cluzet rend tout à fait crédible cet ancien comptable alcoolique qui tente désespérément de se sortir de sa descente aux enfers.

Le réalisateur Thomas Kruithof signe ici un premier long métrage qui s'avère un thriller assez efficace, sans pouvoir prétendre passer à l'histoire. Du cinéma d'espionnage au scénario bien ciselé, cynique, noir, qui réussit à créer une ambiance de suspense. Sourire en coin, on apprécie revoir ces appareils d'un «autre temps», notamment la machine à écrire, ou d'autres, dignes d'un travail d'écoute artisanal, comme les bonnes vieilles cassettes audio analogiques et le casque avec fil, qui nous amènent à mille lieues de l'affaire Snowden et de la haute technologie utilisée par la NSA.

Isabelle Brisebois, collaboration spéciale

Ma vie de courgette **

Réalisateur: Claude Barras

Acteurs: Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Paulin Jaccoud

Projections:

Le 25 mars, 12 h 30, Cinéma 9 (salle?)

Le 28 mars, 12 h 30, Cinéma Aylmer

CRITIQUE / Ce film d'animation s'intitule Ma vie de courgette, même si l'oignon aurait été plus approprié tant le scénario joue le mille-feuilles tragique du début à la fin, voire même après le générique... au spectateur de découvrir la surprise, s'il en a encore le courage. À vos mouchoirs, prêts?

Courgette vit avec sa mère alcoolique depuis que son père «est parti». Il s'accroche au petit cerf-volant fabriqué par ses soins (avec son papa en superhéros dessiné dessus) pendant que sa génitrice se saoule devant la télé. Depuis sa chambre au grenier, Courgette fait malencontreusement débouler des cannettes de bière dans les escaliers; sa mère monte le gronder, il l'assomme (encore malencontreusement) avec la trappe, elle meurt. Voici Courgette récupéré par un agent de la DPJ, placé en foyer d'accueil avec d'autres mineurs écorchés du destin : violés, abandonnés, ou enfants de parents drogués... De leurs grands yeux perdus et exorbités, Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice apprennent à composer avec leurs démons.

Que le scénario de Céline Sciamma inscrive le film dans le cadre classique de mélo, soit. Mais aucun échappatoire n'est véritablement possible. De façon quasi-métronomique, une tuile s'abat sur le destin de ces déshérités. La sortie au ski est teintée d'amertume, l'adoption finale vient combler le manque d'un enfant parti. On sort du film fourbu, avec l'impression d'avoir non seulement transporté tous les malheurs du monde sur plusieurs kilomètres mais aussi d'avoir ravalé des litres de larmes. Le film nous oblige à tout affronter, et surmonter, comme les enfants, les nombreuses embuscades que leur tend le scénario. Mais pour quelle délivrance, au fait?

Maud Cucchi, Le Droit




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