À la croisée de destins rêvés

Dans L'autre côté de novembre, la cinéaste québécoise... (Courtoisie, Philippe Bosse)

Agrandir

Dans L'autre côté de novembre, la cinéaste québécoise d'origine libanaise Maryanne Zéhil s'intéresse à la violence qui déchire la famille, opposant hommes et femmes, jeunes et vieux et, surtout, l'individu au groupe. Ci-dessus: Sophie Bourgeois, David La Haye, Arsinée Khanjian, Marc Labrèche et Pascale Bussières.

Courtoisie, Philippe Bosse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a une trentaine d'années, la cinéaste Maryanne Zéhil a eu cet âge-là, celui de la fin de l'adolescence, dans ce pays-là, le Liban. Comme les jeunes Layla et Samira, au début du film, qui courent main dans la main dans une forêt non loin de Beyrouth. L'une partira au Canada, l'autre pas... Un pacte entre les deux les amènera peut-être à se revoir.

La réalisatrice a grandi en même temps que son pays s'enfonçait dans une guerre interminable, avant de s'établir à Montréal en 1997 et de naviguer entre fiction et documentaire. Maryanne Zéhil  s'apprête à voir son troisième long métrage, L'autre côté de novembre, projeté en salles; en avant-première au FFO les 25 et 27 mars et en sortie québécoise le 21 avril.

«Comme avec la fiction, on peut faire ce qu'on veut, je me suis dit que ce serait intéressant de donner deux vies à la même femme, dit-elle. Imaginer ce qu'elle serait devenue si elle était restée au Liban ou si elle avait émigré au Canada.»

Le scénario convoque, en parallèle, la vie de Léa, neurochirurgienne d'origine libanaise vivant au Québec et le destin de Layla, une couturière installée dans un village isolé du Liban. Le croisement entre leurs deux univers intervient subtilement par le souvenir d'une enfance rêvée qu'elles ont partagé dans un petit village paisible entouré d'une forêt de pins.

«Je tenais à ce qu'il y ait une forme d'innocence, de naïveté, dans ces premiers plans retraçant la jeunesse, une forme utopique aussi quand on sait ce qu'est devenu le pays par la suite.»

La suite, c'est le début de la guerre civile en 1975, date à laquelle immigre l'un des personnages du film à Montréal. 

«Beaucoup de Libanais sont partis à cette époque-là», justifie la réalisatrice. 

Plutôt que d'aborder la violence de la guerre civile, retenue dans une ellipse de scénario, Maryanne Zéhil s'intéresse à celle qui déchire la famille, opposant hommes et femmes, jeunes et vieux et, surtout, l'individu au groupe.

«Les milieux ruraux, les villages, les montagnes libanaises me donnent une latitude entière pour aborder ce sujet, explique-t-elle. 

« J'ai voulu condamner certaines règles sociétales plutôt que les personnes elles-mêmes. Le paraître est plus important que le bien-être.» 

La réalisatrice, aussi scénariste du film, prend alors pour exemple l'une des séquences où la mère de Samira ne se soucie guère que sa fille se fasse tabasser. «Elle veut surtout que ça ne se raconte pas, que ça ne sache pas.» La scène se déroule à Montréal et non au Liban.

«Peu importe que l'on ait fait 10 000 kilomètres, si on ne s'est pas libéré soi-même, on transporte dans ses bagages toutes son éducation et toutes ses traditions.» 

Pertes de mémoire

et oubli de soi

Le film traite aussi d'une maladie dont on ne guérit pas et aborde par petites touches symboliques les troubles mémoriels précoces. À l'instar du primé Still Alice, de Wash Westmoreland et Richard Glatzer (2014) où la linguiste interprétée par Julianne Moore est atteinte d'une forme d'Alzheimer.

«Ce film m'a beaucoup touchée, partage Maryanne Zéhil qui avait déjà tourné L'autre côté de novembre à sa sortie. Mon scénario est entièrement construit autour de la perte de mémoire dans la mesure où Layla a choisi de laisser derrière elle son origine, son histoire, son identité et tout son passé.» 

Le déclin du personnage passe par les observations de son entourage professionnel, médecins, comme elle, interprétés entre autres par Marc Labrèche et Pascale Bussières. 

Layla - ou Léa - est une belle femme, bien habillée et soignée, à la chevelure impeccable, jouée avec élégance par la comédienne Arsinée Khanjian, la compagne d'Atom Egoyan.

«J'ai découvert qu'elle avait vécu jusqu'à l'âge de 17 ans au Liban. J'étais très emballée car je cherchais une actrice crédible pour jouer une Libanaise et une Québécoise, mon personnage étant les deux à la fois. Je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas tourner avec elle ! Elle a tout de suite accepté, et on débutait le tournage une semaine plus tard au Liban.»




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer