Un film «pas possible» ***

CRITIQUE / «C'est-'tu' possible! Ils n'ont pas osé!» se dit-on toutes les deux... (Courtoisie)

Agrandir

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CRITIQUE / «C'est-'tu' possible! Ils n'ont pas osé!» se dit-on toutes les deux minutes, au hasard des répliques insolentes de Votez Bougon!

Le film fait évidemment appel à notre propension à apprécier à leur juste valeur l'humour cynique, noir ou potache, les sacres, obscénités et autres vilénies caricaturales écorchant sans détour telle communauté ethnique ou telle personnalité publique. 

Mais ça, quiconque a déjà vu le moindre épisode de la série Les Bougon, c'est aussi ça la vie (dont les cote d'écoutes dépassaient parfois les 2 millions de téléspectateurs) sait à quoi s'attendre de la part de la sympahique famille de «BS». Or, le scénario du film est concocté par les deux créateurs de la série, François Avard et jean-François Mercier - ici épaulés par Louis Morissette. Autant dire que l'esprit est respecté à la lettre. 

L'«esprit» Bougon, c'est bien ce qu'il y a de plus rafraîchissant, dans le film de Jean-François Pouliot (La grande séduction) : sa capacité à rire de tout ce que plus personne n'ose dire ou montrer, à notre époque où le politiquement correct règne en maître sur l'industrie du divertissement.

Seuls les animaux sont (un peu) épargnés, comme si les producteurs avaient été échaudés par les commotions provoquées par l'épisode du furet fouineur ou la tragéidie du chat flushé dans le bol de toilette. 

Évidemment, si le sous-texte du film n'était pas à la hauteur de ses ambitions, cet humour trash tomberait à plat. Idem, si les créateurs avaient mal calibré l'équilibre des blagues jouant sur les préjugés racistes. Les «claques» sont équitablement distribuées de la mosaïque culturelle québécoise, et les pires railleries sont réservées aux Purs Laines, qu'ils soient pourris de l'intérieur (ces élites, riches et corrompues), de l'extérieur (ces pauvres fétides) ou à l'extérieur des frontières (Ah ! les joies du tourisme sexuel à Cuba!). On grince donc des dents, oui, et souvent, mais, les scénaristes savent fort heureusement ricaner au deuxième degré et faire passer leur message de façon non équivoque.

Dans un bel élan d'équité, Avard et sa gang de BS convainquent, sans l'ombre d'un doute, et, surtout, sans chercher à se justifier ni à s'excuser (ouf!), qu'ils ciblent bien davantage la connerie humaine, profonde et ordinaire, que les travers de tel ou tel groupe ou individu. En cela, la recette des Bougon, formatée pour 22 minutes bien tassées, à avaler comme un expresso qui fouette, passe bien le cap du long-métrage : l'heure et demi est digeste, malgré l'avalanche de blagues imbéciles qui bâtit et rythme cette satire.

La colle familiale

Pourtant, Votez Bougon! n'offre pas la leçon de solidarité, qui, dans notre souvenir, venait conclure pratiquement chaque épisode. Oui, le ciment familial, ingrédient fondamental de la série, est bien là, au centre du scénario. Mais avec un côté plaqué, qui réserve bien peu de surprises. 

Sauf deux. Et de taille. 

Primo, la profondeur de Rita. Sans rien perdre de la grande «classe» qui distingue son personnage, Louison Danis explore un registre de jeu plus riche et plus dramatique que ce que le rôle lui avait permis jusque-là. Et c'est tant mieux. 

Deuxio, l'attribution d'une véritable progression narrative à Mononque (Claude Laroche), subtilement explorée. Enfin !

Les autres personnages sont fidèles à ce qu'ils étaient il y a 10 ans, car il ne s'est écoulé dans leur réalité que quelques mois. 

On regrette toutefois que Mao et Junior Bougon soit aussi peu exploités. Dans le cas de Junior, son interprète, Antoine Bertrand, a eu de graves ennuis de santé qui l'ont poussé à diminuer ses apparitions sur le plateau. 

Hélène Bourgeois-Leclerc (Dolorès), toujours aussi outrancièrement drôle, a plus de «temps de glace» que ses frère et soeur, mais est cantonnée dans de l'humour de répétition.

Pour qui aurait manqué le début (les trois saisons télévisées), on a droit en intro à une présentation rapide des personnages, servie à la sauce Amélie Poulain, sur lit d'accordéon, mais en plus pimentée. 

Puis les choses s'acélèrent : pour des raisons qui n'ont RIEN à voir avec l'abnégation, l'altruisme ou le respect de la «chose publique», Paul Bougon (Rémy Girard, irréprochable) va fonder un parti politique (le Parti de l'écoeurement national, ou PEN, ce qui ouvre grand la porte aux jokes de «PENisses»). 

La course au fauteuil (au portefeuille, surtout) du Premier «minisse» du Québec est lancé. Sa campagne électorale ne fera rien pour combattre le cynisme ambiant...

Patrice Coquereau

Les afficionados de la série seront ravis de retrouver non seulement la famille au grand complet, mais aussi ses satellites, tel Chabot le flic (Vincent Bilodeau), avec sa une vision toute personnelle de la légitime défense, ainsi que le couple Bessette (Gaston Lepage et Louise Bombardier), toujours odieusement riches, mais désormais moins prompts à éviter Rita depuis que le titre de Première Dame lui plane sur la tête comme une épée de Damoclès. 

En soutien, Patrice Coquereau s'en tire très bien dans le costume de Gratien Therrien, politicien véreux qui mettra son opportunisme au service de Papa Bougon, dont il deviendra le lieutenant politique, lui enseignant à faire voter les morts et à rémunérer « en dessous de la table» les bénévoles du parti.

De l'allusion au mariage éphémère de PKP et Julie Snyder au clin d'oeil usé au Parrain, les blagues faciles sont légion, mais fonctionnent. À l'inverse, le film ne manque pas de perles. Chacun choisira ses préférées. La nôtre sera le caméo de Claude Robinson - tenant son propre rôle d'auteur spollié - quittant la chambre de Dolorès sans un sou pour payer ses services. 

Ne clignez pas des yeux lorsque l'un des Bougon passe aux nouvelles, vous manqueriez les très caustiques gags qui se cachent dans les bandes défilantes du fil d'informations, au bas de l'écran de la télé... (genre : «début de la nouvelle saison de l'émission «La Voix Foetus'»).

Ça prenait une paire de testicules de la taille d'un pachyderme pour oser proposer un tel film à la période des Fêtes, généralement habituée aux productions familiales et autres blockbusters fadement consensuels. On ne s'en plaindra pas !

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer