Dolorès et sa famille en or

Cela n'a guère changé en 10 ans: il arrive encore fréquemment à Hélène... (Archives, La Presse canadienne)

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Cela n'a guère changé en 10 ans: il arrive encore fréquemment à Hélène Bourgois-Leclerc de se faire héler par un «Dolorès !» convivial, sortant de la bouche de parfaits inconnus, qui, hilares, reconnaissent le visage de Dolorès Bougon. Ce qui n'est pas pour lui déplaire.

Par le passé, la comédienne avait expliqué avoir été d'abord terrifiée à l'idée de porter les tenues vestimentaires outrancières du personnage de prostituée rigolote, mais que le rôle lui avait justement rapidement appris à se libérer de son image corporelle. Dolorès a largement participé à faire exploser sa carrière et, grâce à lui, elle a remporté deux prix Artis, en 2006 et 2007.

C'est cette fois au grand écran, dans Votez Bougon, qu'elle réenfile les (petites) tenues de Dolorès. Que lui apporte de renouer avec ce rôle, en 2016 ?

Vautrée dans l'aventure

«Dolorès, je l'adore. Je l'ai toujours chérie. Il (le rôle) confirme bien des choses dans ma façon de jouer, dans mon envie de travailler. Il confirme aussi que ce personnage me colle à la peau, qu'il n'était pas enfoui très [profond], malgré les 10 années qui nous séparent des deux tournages», soutient celle qui s'est «vautrée dans l'aventure [du film] avec le plus grand des plaisirs, la plus grande des libertés et la plus grande des connivences».

Ce fut « de très belles retrouvailles, convient Hélène Bourgois-Leclerc. Ç'a été un plaisir de replonger dans cet univers, de retrouver le personnage, cette famille, les mots et les 'éditoriaux' qui viennent avec. C'est comme se retrouver... la famille, tout simplement », se réjouit la comédienne ayant grandi à Aylmer.

Les Bougon ont été « marquants » dans la vie» de tous ceux qui ont participé à la télésérie, dit-elle. La famille de sympathiques BS a même été généreuse, en termes de « visibilité et de reconnaissance » tout en faisant « l'envie de nos pairs ».

« Mais ce qui me touche le plus, c'est de sentir à quel point [la famille] fait partie de l'imaginaire collectif. Depuis 10 ans, il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'on m'interpelle dans la rue ou à l'épicerie en m'appelant Dolorès. Ça revient sans cesse. Il y a évidemment une grosse différence entre elle et moi, [mais] c'est comme si ça faisait désormais partie de qui je suis. Et ça me fait vraiment plaisir. Je suis très fière de l'avoir créée, de l'avoir portée. Et là, je suis encore plus fière de l'avoir portée à l'écran. »

« Quand on m'a appelée pour me dire 'Enfin ! le film va se faire !', j'aurais signé les yeux fermés, juste parce que François Avard, Jean-François Mercier (les deux cocréateurs des Bougons, c'est aussi ça la vie) et Louis Morissette » étaient à la barre du scénario. «À la lecture, j'ai retrouvé la famille, et c'est ce qui comptais le plus pour moi, [car] c'est un personnage en soi. » Ce clan Bougon, Hélène Bourgeois-Leclerc le perçoit comme une microsociété, dotée de ses propres règles et hiérarchie, et «composée de plusieurs petits personnages qui ont chacun leur voix». «D'ailleurs, la famille, c'est [notre] première société. Je trouve [le scénario] extrêmement bien ficelé et très équilibré - même avec le personnage un peu plus effacé de Mononque.»

L'autre Vulgarité

«La famille Bougon est construite sur de vraies valeurs, très simples mais très fortes: l'ouverture à l'autre, l'acceptation de l'autre tel qu'il est - ils sont capables d'accepter que leur fille (Dolorès) soit pute et qu'elle travaille à la maison, tout comme ils acceptent la présence de Mononque, alors qu'ils ne partagent vraiment pas les mêmes idéaux - le fait d'assumer qui on est» énumère Hélène Bourgeois-Leclerc.

«La vulgarité, chez les Bougon, c'est pas tellement le fait de sacrer ou de montrer une paire de fesses de temps en temps: pour eux, la vulgarité, c'est l'hypocrisie ; c'est de se laisser mener par des crosseurs ; c'est de se faire entourlouper par n'importe qui. Et moi j'endosse ça avec grand bonheur.»

Si les rôles sont colorés, paradoxalement, les comédiens doivent selon elle éviter la surenchère, afin que soient respectés l'équilibre et l'harmonie de la dynamique familiale. « Oui, on peut en faire trop. Le dosage appartient au réalisateur, mais aussi à toute la famille. Les persos, on les connaît (bien), mais tout le monde doit se 'gager'. «Je n'ai pas le sentiment d'en avoir fait 'trop'. J'en ai fait juste assez... parce que Dolorès, elle est 'trop', en général. »

Film politique

Aux yeux de l'actrice, le film n'est «pas juste une comédie» mais « une satire, au sens propre du terme » : « On est dans l'éditorial à plein nez. Tout est éditorial dans ce film, tant sur le plan politique, que social et humain. » Si l'humour et la vulgarité sont « au premier plan », c'est avant tout pour « mettre la loupe » sur notre société. Et la sortie du film - le 16 décembre - ne pourrait « pas tomber à un meilleur timing social », constate Hélène Bourgeois-Leclerc, en référence tant au résultat de la récente élection présidentielle « chez nos voisins du Sud » qu'aux envolées verbales du « beau 'Rambo'», au Québec.

Le 6 décembre, veille de notre entrevue avec l'actrice, le syndicaliste de la Côte Nord Bernard 'Rambo' Gauthier annonçait qu'il entendait fonder son propre parti politique. Se disant « écoeuré d'être écoeuré », le syndicaliste à gros bras s'est laissé aller à une envolée verbale dont Paul Bougon - qui, dans le film, fonde le Parti de l'écoeurement national pour briguer le poste de «premier minisse» du Québec - n'aurait pas renié la saveur démagogue. La formule «écoeuré d'être écoeuré» sert brièvement comme slogan de campagne.

«C'est pratiquement une réplique du film ! C'est à se demander s'il n'y a pas eu des fuites... C'est la réalité qui dépasse la fiction, là ! Loin de moi l'idée de le juger (Rambo Gauthier), mais ça veut dire que n'importe qui peut faire n'importe quoi, désormais. Et que n'importe qui peut le croire et embarquer », observe-t-elle, en partageant sa «stupéfaction». «Je regrette de ne pas être dans le Bye Bye cette année, parce qu'il y a du stock», s'esclaffe la comédienne, qui aurait aimé pouvoir profiter de la revue de l'année satirique pour jongler avec ce matériau.

Censure

La bande-annonce de Votez Bougon - qui «montrait des fesses un quart de seconde et où on entendait un sacre», résume Hélène Bourgeois-Leclerc - a été victime de la censure télévisuelle. « C'est d'autant plus incroyable que le film a été classé 'général'. Voilà un autre beau non-sens ! » dit-elle, avant d'apporter un bémol, consciente que le petit écran est « intrusif », contrairement au cinéma, et qu'on peut ne pas voir d'un bon oeil le fait de sacrer à la télé aux heures de grande écoute.

L'autocensure, elle, ne fait pas partie du processus créatif. Au montage, seules «deux scènes ont été coupées », mais c'était pour garder l'efficacité rythmique, précise-t-elle, et non pour des questions « de savoir-vivre ou de bon goût ».

« Cela dit, j'étais dans l'une des deux scènes et je suis très contente que ça ait été coupé, parce que c'était vraiment très, très, très vulgaire. Je ne suis jamais allée aussi loin de ma vie, et, en la faisant, je me disais: 'Voyons donc ! Qu'est-ce que je suis en train de faire là' Alors, quel soulagement ! » admet-elle en riant.

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