Alice au pays de Séguin

Le réalisateur Marc Séguin et l'actrice Fanny Mallette... (La Presse)

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Le réalisateur Marc Séguin et l'actrice Fanny Mallette

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Marc Séguin s'est d'abord fait (re)connaître pour ses tableaux, de ses percutants Road Kills à sa plus récente Salle des Trophées réunissant notamment les troublants portraits de Julian Assange, Hitler, Gabrielle Roy, Mata Hari... Puis, pour sa plume d'écrivain, par laquelle le natif d'Ottawa ayant en partie grandi à Gatineau explore par les mots ses thèmes de prédilection : la foi, le rapport à l'art et le rôle de l'artiste, mais aussi la quête de sens, d'appartenance, d'amour.

Dans Stealing Alice, son premier long métrage - qu'il a auto-produit et présentera au Mayfair d'Ottawa, le 17 novembre - le quadragénaire marie son esthétisme et ses questions existentielles pour évoquer aussi l'acculturation des Premiers Peuples, montrer la beauté époustouflante du Nord québécois et témoigner de l'enracinement de la vengeance.

« On vit dans un monde où on essaie de comprendre le terrorisme. Or, quand tu dépossèdes un peuple de sa culture, il aurait raison de vouloir se venger », fait valoir Marc Séguin. 

Née d'un père québécois (incarné par nul autre que Denys Arcand) et d'une mère Inuite arrachée aux siens en bas âge, la Alice de son film court après l'amour évanescent de Joe, qui l'a quittée, autant qu'elle tente d'assouvir son désir de venger sa mère, notamment en chassant et pêchant comme ses ancêtres. Elle est à l'affût de la moindre prise pour appréhender le monde qui l'entoure et trouver la place qui lui revient. 

« De par ses racines en partie inuites, Alice porte une rage sociale. Et la seule chose à laquelle elle se rattache pour demeurer optimiste, c'est l'art. »

La valeur d'une oeuvre

Car Alice est à la fois marchande d'art et voleuse de tableaux, qu'elle n'hésite pas à donner pour faire plaisir à ceux qu'elle aime. 

« Son discours sur l'art, qui est considéré par certains comme un luxe, fait écho à ce que je crois fondamentalement, et ce, même si je produis moi-même des objets dits de luxe », fait valoir Marc Séguin. 

Pour lui, la véritable valeur d'une oeuvre n'a rien à voir avec son prix, ni avec ce qu'on peut en comprendre ou pas. Elle tient plutôt aux sentiments qu'elle suscite, à l'intelligence émotionnelle qu'elle éveille.

 «On n'a pas besoin de tout rationaliser, de tout expliquer. S'il reste une fonction à l'art, c'est bel et bien de nous faire vivre des émotions sans qu'on ait à chercher sur Google pour le comprendre ! »

Alice sillonne donc le globe au gré de ses envies, de Rome à New York, du Nord du Québec à l'île aux Grues. 

« Je voulais aussi qu'on sente qu'Alice n'a pas de limites, qu'elle suit son instinct. Dans son audace d'aller là où elle sent qu'elle doit aller, sans filtre entre ses désirs et ses intentions, elle me ressemble beaucoup », reconnaît Marc Séguin.

Du coup, Fanny Mallette parle tour à tour en français, en anglais, en inuktituk et en italien dans son film. Ainsi, Alice philosophe sur l'amour dans la langue de son père, se révolte dans celle qu'on a imposée à sa mère, cherche à s'enraciner dans la langue originelle de cette dernière et se questionne sur la beauté et son rapport à l'art en italien.

« C'était pour moi une façon de montrer qu'on vit dans plusieurs langues, qu'on exprime parfois diverses facettes de qui on est en fonction de la langue dans laquelle on prend la parole. Ça permettait un découpage de ses états d'âme », explique le scénariste et cinéaste.

Le pouvoir de l'image

C'est en se pointant à la soirée de remise du Prix des libraires - pour lequel son deuxième titre, Hollywood, était en lice - que Marc Séguin a entendu Fanny Mallette en lire un extrait. L'auteur a alors eu « une épiphanie ». « Le lendemain, je créais un dossier intitulé 'Film' dans mon ordinateur. »

À l'époque, il était déjà en train d'écrire son troisième roman, Nord Alice. Dès lors, la Alice du texte en cours d'écriture s'est dédoublée pour prendre vie dans une autre dimension, existant par et pour elle-même dans un nouveau cadre. Et sous les traits de Fanny Mallette.

« Le cinéma a un pouvoir d'évocation que je soupçonnais, mais dont je ne pouvais me douter de la réelle puissance avant de commencer à tourner ! Pour quelqu'un qui, comme moi, est très sensible à l'esthétisme du visuel, pouvoir projeter ses images sur un écran de 40 pieds, c'est tout un privilège. »

En plus de l'événement prévu au Mayfair le 17 novembre (pour lequel il faut se procurer des billets), Marc Séguin présentera Stealing Alice lors du prochain Festival du film de l'Outaouais, au printemps prochain, a confirmé le principal intéressé.

Pour y aller

Quand: Le 17 novembre, 19 h

Où: Mayfair Theatre

Renseignements: stealingalice.com

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