1:54, de Yan England ***1/2

Antoine Olivier Pilon et Lou-Pascal Tremblay sont les... (Fournie par les Films Séville)

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Antoine Olivier Pilon et Lou-Pascal Tremblay sont les têtes d'affiche de ce premier long métrage de Yan England.

Fournie par les Films Séville

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CRITIQUE / Faisant défiler des images de course d'athlétisme presque innocentes - sans doute par peur de paraître didactique ou moraliste aux yeux de son public-cible, les adolescents, la bande-annonce de 1:54 cache volontairement son ADN. 1:54 est un film-choc, n'hésitant pas à aborder de front les tenants et les aboutissants de son sujet: l'intimidation.

Son réalisateur, le comédien Yan England, qui fréquente de près les adolescents (il est entraîneur de natation, entre autres), jette un ou deux pavés dans la mare du milieu scolaire, sans peur d'affronter - à travers le dialogue intergénérationnel qu'il pense pouvoir initier - les vagues qu'il ne manquera pas de provoquer.

1:54 - qui fait référence au chronomètre que s'impose Tim (Antoine Olivier Pilon) lorsqu'il entreprend de battre Jeff, le champion de l'école secondaire, dans le couloir du 800 mètres. Le même Jeff (Lou-Pascal Tremblay), du genre beau et populaire, qui avait fait de Tim un des ses boucs émissaires. Mais on peut être «nerd» et réservé, et néanmoins athlétique. Constatant que ses aptitudes naturelles pour la course, jusqu'ici inexprimées, le rendent plus populaire aux yeux de ses camarades - et notamment ceux de Jennifer (Sophie Nélisse), quant à elle amateur de courses de fonds - il entreprend de transformer ses talents en prouesses.

Tout le monde connaît (baillement ostentatoire, ici) l'histoire de l'underdog laid, pauvre, malade et/ou handicapé, qui, au terme d'une lutte inégale, mais d'une cause juste et belle, transcendera toutes les embûches sur son chemin. Ce n'est, fort heureusement, pas tout à fait celle là que Yan England a choisi de nous conter, à travers son premier long métrage (il a déjà signé deux courts, dont Henry, mis en nomination aux Oscars en 2013). On est très, très loin de Pee Wee 3D, sur le sujet de la compétition sportive (et dans lequel se faisait déjà remarquer Antoine-Olivier Pilon, un peu avant Mommy) !

Certes, Yan England utilise les codes et rebondissements du récit sportif traditionnel - il faut bien jouer avec les attentes et émotions du public - mais, n'en déplaise à Rocky, Seabiscuit et autres joueuses de «Ligue en jupons», le jeune homme sait habilement transgresser les règles pour servir opportunément sa véritable intention. 

Son dessein: forcer les jeunes à regarder la réalité en face: l'intimidation à l'école n'a pas un visage singulier, mais pluriel. Car l'intimidateur n'est jamais solitaire, mais solidaire. C'est un réseau. Chaque geste compte. Chaque maillon est un peu responsable. Il peut y avoir un chef de meute plus fort en gueule, mais il y a aussi, derrière, tous ceux, sbires, suiveurs ou mauvais farceurs, qui, au détour des couloirs ou des réseaux sociaux, jetteront, sans réelle intention de nuire, une goutte d'huile sur le feu. Et tous ceux qui ne voient rien aller parce qu'il est plus facile de ne rien voir, innocents sans l'être tout à fait...

Le film est loin d'être parfait, il est même très régulièrement prévisible, mais il n'est hypocrite que dans sa forme, en tant que produit d'appel, mais jamais dans son contenu. 

En outre, il est nerveux (exit les rails, grues ou trépieds: on privilégie la caméra-épaule) et mû par un souci constant de réalisme. 

Sa grande force, c'est qu'il aborde son sujet «à hauteur d'ados», et non du point de vue des adultes. Par la bande, il évoque discrètement les dangers de plusieurs comportements à risques : le «sexe sans latex», les textos au volant, les concours de boisson, etc., mais surtout cette loi du silence, qu'il dépeint comme une des caractéristiques de l'âge ingrat.

Yan England se permet même le luxe de ne pas tomber dans le manichéisme, alors qu'il parle de harcèlement et de victimisation. Ce faisant, il évite tout moralisme bien-pensant, qui aurait eu l'effet contraire à celui désiré, à savoir inciter les jeunes à s'ouvrir - que ce soit aux autres, ados ou adultes - et à dialoguer avec leurs propres émotions.

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