Un ours et deux amants: tendre Grand Nord ***

De temps en temps, il y a cet... (Philippe Bossé, Max Films)

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De temps en temps, il y a cet ours. Un énorme ours blanc. Qui passe comme seuls les anges savent passer.

Philippe Bossé, Max Films

Le DroitYves Bergeras 3/5

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CRITIQUE / Une bourgade isolée en zone arctique, coincée entre la glace du sol et la lumière des cieux. Au sein de cette communauté sans nom, se sont trouvés Lucy et Roman. Les deux amants du titre. Du genre plus tendres que passionnés. Trop de morceaux de glace leur serrent le coeur, pas tant à cause du climat environnant qu'en raison de leur passé respectif, enfoui sous des couches de silences dures comme du pergélisol.

Et, de temps en temps, cet ours. Un énorme ours blanc. Qui passe comme seuls les anges savent passer. Qui parle à Roman. Qui lappe le contenu des bouteilles de whisky que le jeune homme n'a pas eu le temps de vider. Mais un animal doux, dont la voix calme résonne un peu comme celle de la sagesse. Qui communique comme seuls les esprits de la nature/ancêtres/divinités savent s'exprimer.

Dans Two Lovers And A Bear (le nouveau film de Kim Nguyen n'est pour l'instant diffusé qu'au cinéma Bytowne, en version originale, du 7 au 16 octobre), le cadre lui-même devient un personnage vivant. D'ailleurs, le désert de glace se mettra même à respirer.

Pour se libérer de leurs tourments, Roman et... (Philippe Bossé, Max Films) - image 3.0

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Pour se libérer de leurs tourments, Roman et Lucy décident de fuir les lieux vers le Sud en motoneiges. Le couple suit une trajectoire remplie d'espoir, même s'il n'est pas au bout de ses peines.

Philippe Bossé, Max Films

En cela, le réalisateur québécois ne s'éloigne pas de ses (agréables) habitudes, que l'on pense à l'habitat de l'étrange Marais, à l'environnement désertique de La Cité ou même, dans une moindre mesure, à cette Afrique à la fois cruelle et magique dépeinte dans Rebelle. Le long métrage n'a pas la force du précédent coup de maître de Nguyen, Rebelle. Two Lovers And A Bea s'égare en cherchant inutilement à nourrir des zones d'ombres passées qui sont en réalité assez limpides. Le film pêche aussi par un excès de lenteur (il faudra accepter de «vivre» au rythme, un peu à part, de cette immensité blanche), comme s'il était contaminé par ses élans contemplatifs et sa poésie visuelle, fort réussis au demeurant. La direction photo (signée Nicolas Bolduc) est, à l'image du sympathique ours, bien léchéee.

Le récit a en outre le mérite de présenter la vie dans le Grand Nord autrement que sous ses facettes misérabilistes qui servent souvent de sauf-conduit «social» aux scénarios. Et cela, sans tomber non plus dans le didactisme non plus.

Two Lovers And A Bear, c'est - au moins - deux films en un. D'une part, parce qu'il se situe à la croisée des chemins enneigés de Fargo et de Thelma et Louise.

Dans la première partie, plus «urbaine», les résidents partagent la bonhomie affable de personnages des frères Coen (mention spéciale au shérif flegmatique et laxiste, quoique humain et efficace). Si la seconde partie est évocatrice du classique de Ridley Scott, c'est qu'elle nous embarque sur les traces deux tourtereaux, qui, en selle sur des skidoos, roulent cap au Sud rêvé, plein gaz direction l'horizon et les aurores boréales, en dépit des dangers. Un genre de road-movie initiatique/fuite éperdue/course d'obstacles à travers les emmerdements, dans un désert arctique pas forcément moins brûlant que les sables de l'Ouest américain. 

On apprécie la légère poudre chamanique que la présence de cet ours confère au scénario. Kim Nguyen a trouvé là, dans le dialogue instauré entre l'homme et l'animal, une façon habile de nous donner accès à l'intériorité de Roman, personnage peu enclin à partager ses émotions.

Le scénario n'est toutefois pas très épais. Il repose principalement les atomes (ani)crochus des amants interprétés par Dane DeHaan (il était Harry Osbourne dans la plus récente mouture de Spiderman au grand écran) et de Tatiana Maslany (qui elle campe l'héroïne, en même temps que ses multiples clones, de la série Orphan Black).

Impeccables tant dans les moments de solidité-complicité que dans toute la «bancalité» de leur personnage respectif, les deux comédiens livrent sans bavardages inutiles une performance juste et sensible de ce couple polaire cabossé.

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Un ours et deux amants
  • Genre: drame sentimental
  • Réalisateur: Kim Nguyen
  • Acteurs: Dane DeHaan, Tatiana Maslany, John Ralston
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 1h35

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