Juste la fin du monde: pizza signée Dolan ***

CRITIQUE / Juste la fin du monde serait un film génial... (Courtoisie)

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Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 3/5

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CRITIQUE / Juste la fin du monde serait un film génial s'il ne se contentait pas de raconter à peu près la même histoire que les précédents longs métrages de Xavier Dolan. Et qui, d'un point de vue strictement formel, sent aussi le réchauffé. C'est fort bien fait, correctement rythmé. Admirablement bien joué, surtout. Mais ça réserve bien peu de surprises.

On n'osera pas dire que le «génie du cinéma québécois» se répète, mais son «premier film français» demeure une pizza Dolanesque: pas indigeste du tout, mais plat fourre-tout où l'on dispose, sur la même pâte, des ingrédients connus: des relations familiales tordues, beaucoup d'éclats de voix, des secrets et rancunes refoulées, des personnages frisant l'hystérie.  

L'arrivée d'un personnage qui brillait par son absence - ici, Louis, campé par Gaspard Ulliel - viendra dérégler la mécanique du clan familial et révéler son fragile équilibre. Difficile de ne pas y voir un prolongement de Tom à la ferme, autre huis-clos puisé dans une matière théâtrale. 

Le décor y était plus rural que dans Juste la fin du monde, mais c'était déjà un espace «flottant», éloigné, situé un peu en marge de notre réalité. D'ailleurs, Xavier Dolan, qui adapte ici la pièce de Jean-Luc Lagarce, ne cache pas son désir de replonger dans un non-lieu théâtral: l'action, c'est écrit d'entrée de jeu, se passe «quelque part, il y a quelque temps déjà».

Les cadrages, succession de plans serrés, magnifient le jeu des acteurs, mais est-ce si différent de l'exercice de portraits de Mommy, la verticalité en moins? Comme dans J'ai tué ma mère, une séquence «souvenir de premiers émois sexuels» détonne en versant un peu dans le vidéoclip.

Seule réelle nouveauté, finalement: ces zones de silences, d'hésitations et d'approximations portées par les personnages, et avec lesquelles la caméra de Dolan ose danser. Ils font le sel des personnages, mais c'est Lagarce qui a conçues ses répliques ainsi.

À la direction photo, André Turpin s'applique à resserrer les cadres sur les visages. On est encore loin de Sergio Leone, mais ceux qui voudront voir Juste la fin du monde comme un western verbal pourront s'amuser: le film offre une succession de duels, avec des mots en guise de munitions. Les silences, eux, sont carrément explosifs. La table à manger se substitue au saloon pour d'empoignade de groupe.

Il y aurait même un grand méchant: Antoine, l'insupportable frangin toujours prompt à dégainer, à qui Vincent Cassel prête à sa gueule de Lee Van Cliff français et sa hargne. Quoique impeccable, le comédien reste dans un registre où il excellait d'avance. Seule Nathalie Baye, en mère très colorée, surprend véritablement. Gaspard Ulliel, lui, semble un peu absent. La faute à son personnage qui a une grande annonce à faire à sa famille, mais qui, après dix ans d'absence, se montre aussi maladroit dans ses efforts pour communiquer que les membres du clan, qui l'interrompent sans cesse.

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Juste la fin du monde
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Xavier Dolan
  • Acteurs: Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux
  • Classement: général
  • Durée: 1h37

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