Fini, les rôles de fillettes

Juliette Gosselin joue Berthe dans «Embrasse-moi comme tu...

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Juliette Gosselin joue Berthe dans «Embrasse-moi comme tu m'aimes».

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Lunettes sages encadrant un visage juvénile : en entrevue, on retrouve la Juliette Gosselin de nos souvenirs. Celle qu'on a pu découvrir, enfant, dans Nouvelle FranceHistoire de famille; ou, un peu plus tard, adolescente dans Tu dors Nicole.

Au centre du dernier film d'André Forcier, «Embrasse-moi comme tu m'aimes», dont le récit se déroule dans les années 40, la jeune comédienne nous a bluffé. 

La jeune comédienne s'est glissée avec un évident plaisir dans la peau de Berthe, personnage trouble de femme-enfant qui, a 20 ans, guidée par son un désir hormonal, combat son infirmité (elle se déplace en fauteuil roulant) en déployant des trésors d'imagination destinés à séduire la gent masculine. Et Berthe n'hésite pas à pratiquer ses talents d'aguicheuse sur son frère jumeau, Pierre, qu'elle manipule sans vergogne pour qu'il la cajole, la console et la nettoie - bref, qu'il reste auprès d'elle, alors que ce dernier voudrait s'embarquer dans l'armée, pour partir en Europe faire la guerre aux Allemands. 

Un travail de métamorphose particulièrement réussi, constate-t-on en observant la comédienne, de retour à son état 'naturel', affichant une délicatesse presque timide, à l'opposé complet du personnage qu'on avait vu la veille, sur écran.

«Elle est complexe et entière, Berthe, c'est vraiment un petit volcan». [...] C'est sûrement le personnage plus intense que j'ai eu à interpréter. [...] Mais c'est le fun de se transformer, d'aller dans des zones très loin de nous», convient-elle.

« J'avoue qu'en voyant le film, je ne me reconnais pas moi-même. On sous-estime souvent le pouvoir du CCM ». Le triangle «Costume-Coiffure-Maquillage», précise-t-elle en observant nos sourcils l'interroger. «Rien que le fait d'avoir les cheveux très frisés, ça donne complètement autre chose, au niveau de la prestance... Et physiquement, le fait d'être en chaise roulante aide aussi beaucoup à construire le personnage. Comme elle n'est pas à la même hauteur que tout le monde, les gens parlent au-dessus d'elle comme si elle n'était pas là, comme on peut faire avec les enfants, justement. Alors elle observe, elle emmagasine beaucoup et elle gronde, comme si elle était toujours prête à éclater!»

Sauf que ce «costume», il arrive qu'elle doive oublier de le porter, dans certaines scènes. « Mon père a assisté à la première et, dès que le générique s'est terminé, il s'est penché vers moi pour me dire: 'Hé bien, Juliette, je pense que tu ne joueras plus jamais de 'petite fille'!» dit en éclatant de rire la demoiselle de 25 ans, qui, de son propre aveu, a jusqu'ici «beaucoup joué les jeunes filles de bonne famille, sages et parfaites».

Une jumelle, deux rôles

 Son visage poupon, convient-elle, a longtemps incité le milieu cinématographique à lui confier des rôles beaucoup plus jeunes que son âge véritable. Et la tradition se poursuit : dans la version anglophone de la télésérie «19-2», elle campe Martine, une adolescente un peu cabossée. Ce personnage de «bum» franco (qui n'existait pas dans la version originale) est censé avoir 15 ans. Le tournage de la deuxième saison de «19-2» [lire : Nineteen-Two] s'est déroulé à la même période que celle où André Forcier braquait sa lentille sur Berthe, s'amuse la comédienne qui, pour mieux prendre ses distances avec les enfantillages, est passée de l'autre côté de la lentille. Elle a d'abord réalisé le court-métrage Mes anges à tête noire (avec Macha Grenon) en 2011. Elle est à présent aux commandes (scénariste et réalisatrice) de sa propre websérie, Switch & Bitch, hébergée sur le site TV5.ca, dont elle tourne présentement la troisième saison. 

Avec Embrasse-moi comme tu m'aimes, la comédienne a eu l'impression - et le bonheur - d'avoir eu «deux rôles à préparer», et non un seul : «Il y a Berthe, mais il y a aussi l'autre Berthe, le personnage fantasmé » par son frère, lors de séquences oniriques récurrentes, où elle abandonne son fauteuil roulant et enfile des tenues légères. 

« Berthe, je la vois un peu comme une enfant qui rêve d'être une femme, un enfant dans ses excès, dans son caractère de manipulatrice et dans sa fragilité; l'autre est une femme fatale, une séductrice en plein contrôle de ses moyens, [qui] ne doute jamais. Ce sont deux énergies vraiment très différentes.» 

« Jouer le fantasme était beaucoup plus difficile, pour moi qui suis plutôt vulnérable et angoissée, dans la vie. C'est difficile d'arriver sur un plateau et de foncer.» 

Surtout quand on a face à soi André Forcier, lui aussi «personnage plus grand que nature», largement «aussi intense» que les Berthe(s) qu'elle a dû apprivoiser.

«Embrasse-moi comme tu m'aimes» est à l'affiche vendredi 16 septembre.

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