9, le film, un écho qui résonne fort

L'auteur et idéateur, le comédien Stéphane E. Roy,... (Courtoisie)

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L'auteur et idéateur, le comédien Stéphane E. Roy, passe devant et derrière la caméra.

Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 4/5

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CRITIQUE / Comédie corrosive, portée par des dialogues aussi jouissifs que les acteurs qui les défendent, 9, le film cherche sa filiation du côté des premiers bébés de Ricardo Trogi et des Invasions Barbares de Denys Arcand - sauf qu'ici, on observe non pas des sociétés à la dérive mais plutôt des nombrils qui tournent en rond.

Une oeuvre collective composée de neuf sketches indépendants, dépareillés mais liés par leur thématique, l'incommunicabilité ontologique de l'espèce humaine, plutôt que par un fil narratif ou des personnages. Les neuf courts-métrages ont été raccommodés par un système de saynètes assurant les transitions. Le projet a pour auteur et idéateur le comédien Stéphane E. Roy, qui passe ici devant et derrière la caméra (dans deux sketches distincts).

Il serait oiseux de chercher à déterminer quel réalisateur - parmi (on vous les donne dans l'ordre d'arrivée) Stéphane E. Roy, Luc Picard, Ricardo Trogi, Jean-Philippe Duval, Micheline Lanctôt, Érik Canuel, Claude Brie, Marc Labrèche ou Éric Tessier (tisserand des séquences transitoires et responsable du rythme de l'ensemble) - a signé la séquence la plus réussie, puisque c'est finalement l'écho thématique des uns et des autres qui finit par résonner le plus fort. Et ce, de façon très truculente. 

Nos comportements humains s'apparentent au tracé du chiffre «9», qui, graphiquement, dessine symboliquement un retour en arrière suivi et d'un cercle vicieux, explique, dans sa séquence d'ouverture, Stéphane E. Roy, qui endosse le costard-cravate d'un conférencier. Nos échanges inter-personnels, poursuit son personnage de gourou de la comm', seraient ainsi viciés par tout ce qui vient fausser nos perceptions : nos egos, notre éducation, nos croyances et valeurs, nos faiblesses et erreurs, etc..

Ses théories sont un peu «fourre-tout», mais bien présentées. Et certainement fondées... ce que s'appliqueront à démontrer chacune des séquences ultérieures, à grand renfort de répliques assassines, de joutes verbales bien rythmées et d'envolées finement jouées, ou au contraire de non-dit éloquents, au gré des humeurs des réalisateurs ou de ce qu'impose les situations.

Et, ô surprise, cet étrange projet qui part dans tous les sens, fonctionne finalement très bien.

Intitulée Fuite, la scène tournée par Trogi (qui met en vedette la Gatinoise d'origine Hélène Bourgeois-Leclerc) s'amuse de notre tendance à idéaliser ce qui nous entoure, et des décalages entre le fantasme et la réalité que cela induit.

Dans un conte de Noël tragi-comique, Luc Picard s'en donnera à coeur joie en multipliant les bruits parasites à la conversation, émis par la myriade de gadgets sonnants et vibrants dont on ne sait plus se passer. Bénédicte Décary et François Papineau, royaux, explorent l'Hystérie contrôlée au fil des longs plans-séquences de Jean-Philippe Duval. 

Dans Abus, Stéphane E. Roy traque les stratagèmes passifs-agressifs d'un horrible manipulateur (joué par Christian Bégin, haïssable à souhait) plein de sourires et de délicatesse pernicieux. Marc Labrèche s'offre un autre savoureux personnage «Bobo» verbeux, branché littérature et techno.

On vous épargnera la longue liste des comédiens embarqués dans ce 9, le film pour explorer les gouffres intérieurs de leurs personnages ou le vide de la communication qui les (des)unit (la pièce originale s'intitule Neuf variations autour du vide). Ils sont de premier plan. Et aucun ne déçoit. 

Le texte, lui, est un bijou. Mais aussi mordante soit-elle, la plume de Stéphane E. Roy ne se trompe pas de cible, évite tout moralisme facile, en même temps qu'elle nous pique, et réussit à nous toucher et nous faire un peu réfléchir, si (par malheur!) on reconnaissait certains de nos comportements au détour d'un personnage.

Au générique

****

9, le film

Stéphane E. Roy, Luc Picard, Ricardo Trogi, Jean-Philippe Duval, Micheline Lanctôt, Érik Canuel, Claude Brie, Marc Labrèche et Éric Tessier

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