«Innover» avec une histoire du passé

Le cinéaste André Forcier... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le cinéaste André Forcier

Patrick Woodbury, LeDroit

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Le cinéaste André Forcier (Coteau RougeJe me souviensL'Eau chaude, l'eau frette) continue de creuser les mondes du rêve et des fantasmes en même temps que celui des souvenirs réels.

«Il y avait en jachère cette idée d'un homme qui ne suit pas la mouvance de son époque, et qui décide d'aller se battre pour un idéal. [En l'occurrence], contre le nazisme. Après, pour qu'une histoire puisse exister, il a fallu trouver des bâtons à lui mettre dans les jambes», sourit M. Forcier. 

Dans Embrasse-moi comme tu m'aimes, cet homme se prénomme Pierre (Émile Schneider), un jeune Montréalais déterminé à partir se battre en Europe, en pleine Deuxième Guerre mondiale. Le bâton dans ses jambes, c'est Berthe, sa soeur handicapée (Juliette Gosselin), une jumelle dont il prend soin depuis leur plus tendre enfance, leur mère (Céline Bonnier) n'étant guère à la hauteur de la tâche.

Le hic, c'est que Berthe, à 22 ans, a des désirs qu'elle ne sait trop comment assouvir. Elle continue donc à se montrer un peu trop tendre avec lui. «C'est une soeur jumelle un peu cruelle, possessive et manipulatrice, car elle est très amoureuse de lui.»

Le poursuivant de ses avances répétées, elle finit par hanter ses rêves et la tension sexuelle nourrit le moteur du récit. «Pierre subit le supplice chinois de la goutte d'eau. Je trouvais fascinant le fait qu'elle ne le lâche pas», explique André Forcier.

Mais ce portrait verbal est plus sévère que celui qu'en brosse la caméra du cinéaste, empreint de beaucoup d'empathie à l'égard de Berthe. «Je l'aime, ce personnage, malgré tout.» Au point de lui faire un cadeau (dans le scénario, écrit à quatre mains avec sa femme et complice de longue date, la productrice Linda Pinet) d'«un fauteuil roulant à sa hauteur», afin d'atténuer la frustration que lui impose son handicap, lequel l'oblige à observer le monde «à hauteur d'enfant», et incite son entourage à continuer de la traiter en gamine.

«Ça doit être abominable de devoir toujours voir les choses d'en bas...»

S'il est question de tentations incestueuses, André Forcier n'a surtout «pas voulu psychanaliser le problème». Ni même explorer le tabou des angles moraux.

«Je n'ai pas envie que les gens se questionnent; j'ai voulu procéder par métaphores cinématographiques», évacue le réalisateur. 

Ponctué de séquences rêvées (à saveur fantasmatique), ce nouveau long métrage s'inscrit dans la continuité de son oeuvre, flottante et onirique. Ici, comme auparavant, «l'imagination [reste] au service de l'histoire». Tout comme ce qui relève de «l'inconscient». Ce qui peut expliquer certains élément récurrents au sein de ses films. Pure «inadvertance», promet-il.

M. Forcier estime avoir pris certaines «libertés audacieuses», en jouant avec la version fantasmée de Berthe, mais Embrasse-moi comme tu m'aimes est globalement plus rigoureux dans sa structure, et «beaucoup plus 'ramassé' que mes précédents films», fait-il valoir.

Présenté au Festival des films du monde, son film a obtenu, le 5 septembre, deux trophées: le Prix du meilleur film canadien et, surtout, le Prix de l'innovation. «C'est un prix remis à quelqu'un qui propose une nouvelle façon de raconter une histoire. Recevoir le Prix de l'Innovation à 69 ans, ça fait drôlement plaisir!»

A fortiori pour un film «tourné en studio, parce qu'on ne trouvait pas de décors d'époque».

Embrasse-moi comme tu m'aimes prend l'affiche le 16 septembre.

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