Florence Foster Jenkins: soprano de pacotille **

Le film se concentre sur la dernière année... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Le film se concentre sur la dernière année de la vie de Florence Foster Jenkins (lumineuse Meryl Streep), une riche héritière anglaise passionnée de musique qui rêve d'être une grande cantatrice même si elle chante terriblement faux.

Photo fournie par Les Films Séville

Le DroitMaud Cucchi 2/5

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CRITIQUE / Pour qui n'a pas vu l'excellent Marguerite, de Xavier Giannoli, dont on attend toujours la sortie au Québec, le dernier long-métrage de Stephen Frears pourrait passer comme une belle excentricité dans le radar plutôt désertique des affiches estivales.

Les scénarii des deux films se rejoignent, ils sont inspirés de la même histoire vraie: une dame de la haute société se pique de devenir soprano, pis, de se produire en public alors qu'elle chante terriblement faux.

La situation cocasse devient le miroir grossissant d'une société qui respire le simulacre et l'appât du gain. Personne n'ose avouer la vérité à la précieuse ridicule et chacun finit par y trouver son compte: professeurs payés grassement, public vendu d'avance, critiques achetés sans vergogne. Le tintamarre de la fantasque soprano a lieu alors que la guerre bat son plein et que les soldats partent au front. Période chaotique sur toute la partition...

Là où Xavier Giannoli parvenait à sauver sa Marguerite de la comédie navrante qui se jouait autour d'elle, à la rendre touchante de fragilité dans son excentricité jusqu'au-boutiste (Catherine Frot, sacrée meilleure actrice aux César), Stephen Frears fait de sa Florence Foster Jenkins un pantin dévitalisé du monde, une sorte d'ectoplasme clownesque qui flotte en transparence sur le décor: elle-même tapisserie surchargée de diadèmes, perles et plumes, Meryl Streep est l'égérie ampoulée de cette comédie raplapla.

Certes, on rira des fausses notes poussées dans l'incontournable air de la Reine de la Nuit, mais le film de Stephen Frears n'est pas à la hauteur de son sujet, entre autres parce qu'il échoue à donner une idée précise des convictions des personnages. Florence Foster Jenkins reste schématique, mais du schéma à la caricature, il n'y a qu'un pas.

Le réalisateur britannique filme son héroïne depuis un promontoire isolé: il ne semble pas y croire - et nous non plus - et ne parvient pas à percer la mascarade de surface d'une société new-yorkaise des années 1940 corsetée dans sa bienséance. Trop peu d'espace est offert aux personnages secondaires pour venir étoffer la ritournelle et donner chair au récit. La théâtralité, chère au cinéma de Stephen Frears, condamne ici les protagonistes à n'être que des clowns pathétiques.  

Autour de l'aspirante chanteuse, les masques restent figés: dans le rôle de l'époux impresario menant une double vie, Hugh Grant s'invente un regard faussement amouraché bloqué sur la même note. 

Seul le pianiste incarné par Simon Helberg, jeune homme un peu gauche et encore enfantin, apparaît comme le véritable héros du film, incarnation d'une candeur déboussolée et témoin stupéfait d'un cirque qu'il finira par rejoindre. 

C'est avec lui que le film se construit, depuis son embauche fantasque dans les appartements de la riche Américaine jusqu'au pinacle de la catastrophe musicale au concert de Carnegie Hall. 

Cette tragédie finale aurait pu faire surgir une pulsion de vie, un sursaut de justesse. Elle vire à la plus indigeste marmite compassionnelle. 

Reste une mélodie cinématographique qui, elle aussi, sonne faux.

Au générique

Cote:  **

Titre: Florence Foster Jenkins

Genre: drame biographique

Réalisateur: Stephen Frears

Acteurs: Meryl Streep, Hugh Grant et Simon Helberg

Classement: général

Durée: 1h50

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