Nerve: réflexion ou perversion? **1/2

Dans Nerve, les joueurs comme Vee (Emma Roberts)... (Fournie par Les Films Séville)

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Dans Nerve, les joueurs comme Vee (Emma Roberts) ne cherchent pas des Pokémon, mais des sensations fortes.

Fournie par Les Films Séville

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CRITIQUE / Nerve, c'est un croisement entre Pokémon Go (pour l'utilisation en mode réel des téléphones intelligents... et les rassemblements qu'il provoque) et une version poussée à l'extrême de l'intemporel jeu Vérité ou conséquence... sans avoir la possibilité de choisir de dire la vérité, sous peine d'être pris au piège d'un jeu potentiellement mortel.

Joueur ou voyeur? soulève le sous-titre, en français, de cette adaptation du roman Addict de Jeanne Ryan. Faire réfléchir aux effets pervers de la quête de sensations fortes et de «J'aime» sur Internet ou divertir en donnant des idées aux accros? serait-on porté à demander après avoir vu ce film sur le côté sombre du Web.

D'un côté, donc: les joueurs, qui voient leur cagnote grimper au fur et à mesure que leurs défis (qu'ils doivent obligatoirement filmés avec leur propre appareil) deviennent de plus en plus osés, risqués et malsains.

De l'autre: les voyeurs, qui payent pour suivre l'action, commentent, prennent paris et parti, font monter les enchères. Et l'esprit de compétition entre les concurrents. 

Tout ça sous le couvert de l'anonymat (surtout chez les voyeurs, confortablement installés derrière leur écran), mais aussi au vu et au su de tous (pour les joueurs, parfois filmés en direct par d'autres sans qu'ils le sachent).

La plutôt réservée et jusqu'alors raisonnable Venus (Emma Roberts) décide, sur un coup de tête parce que son amie Sydney (Emily Meade) vient de l'humilier devant leur bande, de se lancer comme elle dans l'arène de «Nerve» en tant que participante.

Dans un premier temps, Vee doit se rendre dans un restaurant et y embrasser un inconnu. Un inconnu qu'elle choisit parce qu'il est en train de lire (tiens, tiens!) son titre préféré de Virginia Wolfe. Cet inconnu, plutôt mignon, deviendra par la force des choses (et la volonté des voyeurs, étant donné que Vee cède vite à l'attrait de l'aventure) son partenaire de jeu. Or, ledit Ian (Dave Franco) ne s'est peut-être pas tout à fait retrouvé sur son chemin par hasard... 

D'une engueulade entre Venus et Sydney (prévisible au point d'en faire un défi?) à un tour de moto à 100 km/h dans les rues de New York les yeux bandés (de loin la séquence la plus improbable du film), les enjeux augmentent. Jusqu'à atteindre une finale où joueurs et voyeurs pourraient tout - et tous - perdre. Car s'amuser dans les profondeurs du Dark Web est un petit jeu qui peut se jouer à deux (et ce, même si c'est contre un «ennemi» dont on ne saura, détail irritant, absolument rien...).

Facture branchée...

Tourné par des caméras professionnelles et par le biais des téléphones des personnages, Nerve possède sur le plan visuel un côté nerveux qui rend bien l'esprit du long métrage.

D'ailleurs, les scènes tournées en hauteur (le vertige «connu» de quelques participants étant source de plus d'un défi) donnent franchement froid dans le dos. C'est sans oublier que quelques «échecs» - un saut raté par-dessus une rame de métro, par exemple - mettent en scène de véritables quidams, ont vraiment circulé sur la Toile et été incluses dans le film.

La trame sonore, incluant du Wu-Tang, est à l'avenant: jeune, dynamique, branchée.

Quant à Dave Franco (31 ans) et Emma Roberts (25 ans), ils ont beau avoir largement dépassé l'âge de leur personnage, ils n'en forment pas moins un tandem charmant à l'écran.

... et enjeux éclipsés

Nerve aborde divers enjeux propres à une génération carburant à l'adrénaline et aux médias sociaux: la dépendance au nombre de personnes qui les «aiment» ou les suivent sur Internet; le désir de gloire instantanée; la pression des pairs; le danger de partager ses données personnelles dès lors qu'on télécharge une application; l'anonymat qui permet de repousser les limites, y compris celles de son humanité. 

Cela dit, même si on se laisse prendre au jeu, le film propose une fin un peu trop sucrée pour être vraie. Et qui éclipse malheureusement les conséquences pourtant réelles et autrement graves de la prémisse de base du long métrage.

Le potentiel et les moyens étaient pourtant au rendez-vous pour proposer autre chose qu'un oeuvre de divertissement sous haute tension...

Ainsi demeure cette question troublante, qu'on ne peut s'empêcher de se poser au terme de la projection: parmi les ados et jeunes adultes présents dans la salle, qui regarderaient ou joueraient?

Et, surtout, jusqu'où seraient-ils prêts à se rendre pour gagner ou pour voir qui l'emporterait?

Au générique

  • Cote:  **1/2
  • Titre: Nerve - Voyeur ou joueur?
  • Genre: supense
  • Réalisateurs: Henry Joost et Ariel Schulman
  • Acteurs: Emma Roberts, Dave Franco et Emily Meade
  • Classement: général
  • Durée: 1h36

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