King Dave, un roi qui laisse mi-figue mi-raisin ***

Le DroitValérie Lessard 3/5

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CRITIQUE / On ne peut sortir qu'impressionné par l'exploit technique du plan séquence de 91 minutes qu'est King Dave. Ce n'est donc pas tant la réalisation soigneusement orchestrée et plutôt inspirée de Daniel Grou, alias Podz, qui laisse dubitative, voire mitigée, quant au résultat final, mais plutôt la prestation d'Alexandre Goyette. Est-ce parce qu'il est ici entouré d'une galerie de personnages incarnés plutôt que seulement suggérés par le long monologue de sa pièce de théâtre initiale? Toujours est-il que le comédien ne parvient pas à convaincre autant que les moyens techniques mis en place pour donner corps et voix à son «wannabe» roi.

Dave n'a rien d'un king, sinon l'impression qu'il doit en devenir un pour être à sa place dans la société. Entre deux joints (et deux shooters), il cherche donc à faire quelque chose de sa peau. Ce faisant, il accumule les mésaventures et les bêtises: sa blonde Nathalie (Karelle Tremblay) qui le plaque; sa mère qui voudrait le voir finir ses études; des vols qu'il est contraint de perpétrer au nom d'un chef de gang de rue; cette envie de se venger du mauvais sort qui semble s'acharner sur lui, et qui lui fait multiplier les mauvaises décisions... S'il est convaincu que Nathalie (Karelle Tremblay) l'a trahi, Dave est peut-être en train de faire pire: se trahir lui-même.

Pour apprécier King Dave, il faut d'abord accepter d'être pris à parti en tant que spectateur. Faire tomber le quatrième mur au cinéma ne relève toutefois pas de la même expérience qu'au théâtre: demeure l'écran et la distance qu'il crée. Malgré les nombreux apartés d'un Alexandre Goyette regardant la caméra comme s'il plantait son regard droit dans celui de chaque personne assise dans la salle, ce dernier ne parvient pas totalement à le percer. Du moins, pas tout le temps, ni assez souvent. 

Le hic, c'est que tout le long métrage tient sur cette prémisse: en livrant ainsi les intentions et émotions de Dave à voix haute tout en narrant l'action et décrivant ce qui se passe autour de lui (on a ainsi parfois l'étrange impression d'avoir accès aux descriptions auditives pour téléspectateurs non-voyants) en s'adressant directement au public, Alexandre Goyette est supposé nous faire vivre de l'intérieur la descente aux enfers de son personnage.

Or, le ton parfois geignard qu'emprunte son personnage pour se plaindre de ce qui lui arrive finit par rendre Dave plus pathétique et agaçant que sympathique et attachant. Ce qui fait qu'on a plus envie de le secouer pour qu'il se reprenne en main que de s'émouvoir de ses boires et déboires... Pire, certains pans de son histoire finissent, à force d'être soulignées plus ou moins subtilement, par laisser indifférent. 

Un travail ingénieux

Reste l'indéniable prouesse de ce long plan séquence que Podz et son équipe ont su chorégraphier avec une redoutable efficacité. Des scènes antérieures à la trame du film prennent littéralement vie sous nos yeux pendant que Dave nous les raconte. Les nombreux changements de décors laissent pantois devant l'ingéniosité et la minutie qu'ils réclament de tous, comédiens comme techniciens. Idem pour ce qui est de l'utilisation de l'espace (la scène où Dave parle au téléphone avec Ali, le chef de gang, entre autres) et des angles de caméra choisis.

À ce chapitre, tout coule sans heurts. Mais non sans que le spectateur cherche à comprendre, en quelques occasions, comment le cinéaste a réussi son coup. Si bien que la technique, qui devait permettre de coller au plus près de l'histoire et de son propos, devient malgré tout un couteau à double tranchant.

Par ailleurs, la décision du distributeur de sortir ce long métrage en plein coeur de l'été laisse tout aussi perplexe. Car il est loin d'être assuré qu'il réussira à rester bien longtemps sur les écrans, entre les comédies et films d'action. Bien qu'imparfait, King Dave aurait quand même mérité un meilleur sort.

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