King Podz

Dès qu'il a vu la pièce de son ami Alexandre Goyette (qu'il a notamment dirigé... (Olivier Jean, La Presse)

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Olivier Jean, La Presse

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Dès qu'il a vu la pièce de son ami Alexandre Goyette (qu'il a notamment dirigé dans C.A.), Podz a été convaincu de son potentiel cinématographique.

Tout le défi était de transposer ça pour le grand écran. Si on avait tourné de façon traditionnelle, en découpant les scènes, etc., on aurait perdu l'essence même de son texte, alors que c'était justement ce que j'aimais, dans le spectacle d'Alexandre: ses commentaires en aparté, sa manière de s'adresser directement aux gens, de narrer ce qui se passe», explique le cinéaste.

«On a garroché plein d'idées pour adapter le scénario, mais la seule qui pouvait nous permettre de plonger avec le personnage de David, de le suivre dans sa descente aux enfers, c'était le plan séquence. C'était la seule façon d'accoter son désarroi: il est monté à bord d'un train frénétique dont il est incapable de débarquer...»

Encore fallait-il décortiquer le texte de la pièce pour déterminer qui donnerait la réplique à Alexandre Goyette, quand et où. Et comment tant l'équipe technique que les acteurs se déploieraient ou fondraient dans le décor.

«On a d'abord pensé à créer tous les décors dans un entrepôt... mais ça devenait un peu compliqué de 'construire' un métro!» lance en rigolant Daniel Grou.

Ce dernier s'est donc tourné vers la rue. Non seulement parce que «c'est plus proche de nos sensibilités, à Alexandre et moi», mais également parce que ça leur donnait l'occasion «d'ancrer l'histoire dans une réalité concrète et non artificielle». 

«Il ne fallait surtout pas que la technique prenne le dessus», fait valoir celui qui a déjà eu recours à un plan séquence dans 19-2. 

Chorégraphier 90 minutes de film prenait toutefois une autre dimension. Qui s'est déclinée en 20 lieux de tournage répartis sur un trajet de neuf kilomètres dans un secteur de Montréal. Cela sous-entendait tantôt des comédiens se faufilant derrière ou sous la caméra pour «apparaître» ailleurs plus tard dans le plan; tantôt suivre Alexandre Goyette dans ses déplacements à pied, en métro, en auto, en autobus, voire sur rails entre la sortie du bar et le bout d'une ruelle, par exemple.

5 nuits, 5 prises, 1 film

«Toutes les scènes doivent être travaillées en même temps et tournées dans l'ordre. D'un côté, ça aide à bien s'imprégner de l'histoire et des personnages. D'un autre, ça exige d'être extrêmement concentré, parce qu'il faut tout gérer à la fois. Du moment où tu cries 'Action!', il faut que tout le monde soit en place et prêt à jouer son rôle.»

Tout le monde, c'est: 130 techniciens (dont 35 à la régie et 15 à la réalisation), 61 acteurs et 172 figurants évoluant dans une mise en scène soigneusement chronométrée et pensée dans ses moindres détails et angles de caméra. Ici, Dave parle au téléphone avec Ali... que le spectateur voit discuter de part et d'autre du mur de la cuisine de l'appartement du premier. Là, Fix et sa bande de voyous s'en prennent à une dame âgée dans un autobus pendant que Dave raconte la scène survenue bien avant le début de la trame du film.

«Le défi technique est là, et tu n'as pas de marge de manoeuvre: il faut que ça marche, tout prévoir, parce qu'il n'y a pas de montage possible», rappelle Podz.

Pour y parvenir, un repérage minutieux des lieux de tournage est essentiel. «Souvent, selon les scènes qu'on a à tourner, on se pointe sur un lieu de tournage avec l'équipe technique ou les comédiens. Là, on n'a pas eu le choix de tester nos idées avec tout le monde, au fur et à mesure, pour être certains que tout fonctionne.»

Cinq jours de répétitions ont ainsi précédé les cinq nuits de tournage.

Daniel Grou évoque qu'il a plutôt l'habitude de cogiter ses cadrages et autres plans «en solitaire, dans [s]a tête». Or, King Dave s'est conçu en mode «création publique».

«C'était intimidant, par moments, d'avoir autant de regards différents en train de décortiquer ma vision des choses. Je n'avais jamais eu à autant réfléchir devant autant de monde!»

Le cinéaste a néanmoins grandement apprécié la proximité avec les comédiens. «Leurs performances me touchaient d'autant plus que j'étais au coeur de l'action. Il s'est installé une sorte d'intimité entre nous tous.» Au point où il lui a quand même fallu prévoir des espaces pour permettre au spectateur (et à l'équipe) de prendre un peu de recul. «Le plus difficile, ç'a été des moments où la caméra pouvait s'éloigner pour des plans plus larges donnant à chacun l'occasion de souffler.»

Un film d'été?

Ne croit-il pas être desservi par la sortie de son film (vendredi prochain) en pleine période estivale, qui rime d'ordinaire avec festival de comédies et de longs métrages de super-héros?

«Pour ma part, je trouve ça cool qu'on arrive avec une proposition aussi différente. C'est vrai que King Dave n'est pas un 'film d'été', mais c'est au moins une histoire qui nous appartient. C'est un pari, mais il faut savoir oser autre chose au public, de temps en temps», répond Podz d'un ton convaincu.

Un long plan séquence de 91 minutes. Pour le réalisateur Daniel Grou, alias Podz, «c'était la seule façon de rendre justice à l'esprit» du long monologue d'Alexandre Goyette dans King Dave. Initialement un spectacle solo, sa pièce est devenue un long métrage chorégraphié au quart de tour afin de permettre aux personnages évoqués sur scène de prendre vie à l'écran... et au comédien de faire entendre tout ce qui lui passe par la tête en prenant le public à témoin de sa chute.

Un roi échec et mat?

Dès qu'il a vu la pièce de son ami Alexandre Goyette... (Yan Turcotte / Go Films) - image 3.0

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Yan Turcotte / Go Films

King Dave relate les boires et déboires de David (Goyette). Dans la vingtaine et sans diplôme, il se fait plaquer par sa copine Nathalie et cherche à se venger de sa trahison - quand il ne cherche pas à trouver refuge chez sa mère. Il devient surtout, par la force des événements, un petit criminel prétendant néanmoins au trône. Ou du moins, à s'asseoir à la droite du chef... dans ses rêves. Car dans la réalité, il a plutôt l'air d'une marionnette entre les mains des uns (la bande d'Ali) et des autres (la gang de Fix), qui tirent sur les ficelles de son destin.

Dave est en chute libre, non en pleine ascension comme il aurait voulu le faire croire à tout le monde autour de lui. Et, pire que tout, se le faire croire à lui.

«Pour moi, David incarne tous ces jeunes qui essaient de correspondre à des codes de la société, d'accéder à un statut pour lequel ils sont prêts à tout, y compris à se mettre sérieusement et inutilement dans le trouble », soutient Podz. 

« Parce que t'autoproclamer king ne fait pas de toi un king...»

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