La Loi du marché: univers sans pitié ****

La Loi du marché, éminemment actuel, bouleversant et... (Courtoisie)

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La Loi du marché, éminemment actuel, bouleversant et révoltant, résume avec acuité l'essence du mal des sociétés néolibérales.

Courtoisie

Le DroitMaud Cucchi 4/5

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CRITIQUE / En cette période d'étranglement économique, le cinéma social ne connaît pas la crise...

Dans la veine des frères Dardenne, La Loi du marché de Stéphane Brizé dépeint le quotidien impitoyable d'un chômeur en recherche d'emploi et pointe la violence que peuvent contenir les techniques de gestion, en particulier dans le microcosme de la grande distribution.

Mais ce film de crise tire sa véritable originalité du portrait masculin qu'il brosse.

Son héros, magistralement interprété par Vincent Lindon (prix d'interprétation masculine à Cannes et aux César), se frotte à un parcours initiatique où toutes les lois du marché du travail lui font obstacle: de la recherche d'emploi stérile à la lutte syndicale, vaine, en passant par l'inévitable formation sans débouchés et l'emploi alimentaire de vigile pour survivre. La Loi du marché, éminemment actuel, bouleversant et révoltant, résume avec acuité l'essence du mal des sociétés néolibérales.

Du premier au dernier plan, Vincent Lindon sert avec humilité et grande justesse cet univers sans pitié qui n'est pas synonyme d'épanouissement ni de réalisation de soi. Après des mois de recherches d'emploi infructueuses et de réorientation professionnelle sans issue, il finit par accepter un poste de vigile dans un supermarché. 

Stéphane Brizé ausculte les maux des salariés du secteur tertiaire en dénonçant le cercle vicieux du phénomène. Renoncement, soumission volontaire, perte de sens, souffrance morale ou éthique, chaque scène resserre d'un cran le degré de cruauté ou d'humiliation qu'impose cette loi de la jungle. 

Il est parfois bien périlleux de vouloir tout faire tenir dans un scénario. Mais tout n'est pas que souffrance: ce père de famille se bat pour aider son fils, handicapé, et suis des cours de salsa avec sa femme. La «danse de l'ours» peut avoir du charme; là encore, elle fait un peu pitié.        

Le coup de force du film est d'intégrer à la narration des séquences dont la mise en place relève du dispositif documentaire: les entrevues font partie du développement du récit, qu'il s'agisse de l'entretien d'embauche dévalorisant ou des interrogatoires des «voleurs» du supermarché, autre forme d'humiliation sous les néons.

Le réalisateur aborde son sujet par tous les angles, dans un style lapidaire, extrêmement efficace. Moments de capitulation, d'abaissement, il montre comment l'humiliation survient réellement dans une atmosphère diffuse d'indignation et de détresse.  

Il prend le temps de filmer les silences gênés, les regards fuyants, l'embarras de cet homme qui n'a pas de quoi se payer un morceau de viande, de cette caissière accusée de faire gonfler en douce son compte de miles. Le scénario tire à juste titre la noirceur de cet univers jusqu'à l'inévitable suicide.

Porte de sortie en trompe-l'oeil, la fin trouve l'issue de secours, mais affirme l'impossibilité mécanique de toute amélioration.

Au générique

  • Cote: ****
  • Titre: La loi du marché
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Stéphane Brizé
  • Acteurs: Vincent Lindon, Karine de Mirbeck, Matthieu Schaller, Yves Ory
  • Classement: général
  • Durée: 1h33

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