Le parcours du chômeur longue durée

Le film La Loi du Marché, de Stéphane... (Courtoisie)

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Le film La Loi du Marché, de Stéphane Brizé, met en vedette Vincent Lindon.

Courtoisie

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Comprendre le monde, démonter les rouages du jeu social, élucider les énigmes de la psyché: le réalisateur Stéphane Brizé a touché une corde sensible avec son film La loi du marché. Plus d'un million de spectateurs l'ont vu au cinéma, en France. En sortie nord-américaine cette semaine et en avant-première au cinéma Mayfair le 22 avril, le film a déjà sa critique publiée dans le New York Times. Le sujet interpelle forcément: à 51 ans, un père de famille peine à retrouver un emploi après 20 mois de chômage. Pour ne pas survivre avec 500 euros par mois, il accepte un emploi de vigile dans un supermarché. Mais est-il prêt à tout pour garder son poste?

«En France, le taux de chômage atteint 10%, déplore Stéphane Brizé. Pourtant, ces chiffres sont désincarnés aujourd'hui, tout est considéré à la lumière du bilan comptable. J'ai éprouvé la nécessité de mettre un visage sur ces pourcentages, qu'ils deviennent une histoire avec un homme et des émotions.»

Le réalisateur confiera le rôle principal de Thierry à son alter ego cinématographique, Vincent Lindon, qu'il dirige pour la troisième fois, le seul acteur professionnel de la distribution. Sa performance lui vaut (enfin!) le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes en 2015 et le César 2016 du meilleur acteur. 

«Je ne crois pas à la notion de personnage, je crois à la personne, nuance le réalisateur. Je l'ai filmé comme si je menais une démarche documentaire». 

Père de famille aimant, époux conciliant (il suit des cours de danse avec sa femme), Thierry incarne une certaine idée de la droiture. Le scénario le confronte à la réalité de l'humiliation sociale liée au chômage: rendez-vous vains pour retrouver un emploi, entretien d'embauche rabaissant, ateliers de perfectionnement sans pitié, et le banquier qui, par-dessus (la loi du) marché, lui fait la morale. Ce chemin de croix vécu par un nombre croissant de citoyens, Stéphane Brizé en fait un parcours initiatique empoisonné, sombre reflet de la cruauté des sociétés néolibérales.  

«Le film interroge Thierry sur sa capacité à se tenir debout, poursuit M. Brizé. Qu'est-il capable d'abandonner de lui-même?»

Parachuté agent de sécurité dans un supermarché, le nouvel employé se retrouve pris dans un étau éthique: il participe à un système mis en place pour renvoyer des membres du personnel à partir de motifs mineurs. Le directeur licencie ces fautifs pour ne pas les remplacer et augmenter son chiffre d'affaires.

«On assiste à l'augmentation des profits, aux dividendes de plus en plus colossaux et pourtant le taux de chômage ne diminue pas, s'indigne Stéphane Brizé. C'est une situation de guerre, il faut savoir de quel côté se placer.»

Lui a choisi de filmer ces êtres dotés «d'une haute idée de la vie et de l'éthique humaine» que confronte le destin. 

C'est ainsi qu'il présente également le personnage de Jeanne dans son dernier long métrage Une vie (avec Yolande Moreau et Jean-Pierre Darroussin), adapté d'une nouvelle de Maupassant. Le réalisateur, dépité, a appris que son dernier film n'a pas été retenu dans la sélection officielle du prochain festival de Cannes. Encore une histoire de loi du marché?

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