Le fils de Saul: l'anti-Liste de Schindler ****

Le fils de Saul a reçu l'Oscar du meilleur film... (Courtoisie)

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Le fils de Saul a reçu l'Oscar du meilleur film étranger.

Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 4/5

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CRITIQUE / Rarement un film nous aura physiquement remué autant. On a eu les tripes crispées pendant les 107 minutes que dure Le fils de Saul.

Son réalisateur, le Hongrois László Nemes, offre la vision la plus noire et la plus cauchemardesque qui soit de l'humanité, en même temps qu'il constitue une expérience cinématographique à part, car le film dépasse le triple cadre historique, documentaires et narratif, de son récit.

Avec son sujet (l'extermination des Juifs sous le régime nazi) aussi insoutenable que son angle (les Sonderkommando, ces unités de prisonniers juifs chargées de veiller au bon déroulement des massacres d'Auschwitz, depuis le triage des arrivées en train jusqu'au nettoyage des douches), sa réalisation frénétique (la caméra ne quitte pratiquement pas l'épaule du protagoniste, Saul, constamment mobile, son existence se résumant à une course contre-la-montre parsemée de corvées, d'ordres et d'invectives), son traitement choc (il était impossible d'éviter de montrer les atrocités; mais bien qu'omniprésente, la barbarie est reléguée à l'arrière-plan, ou mise en scène le plus furtivement possible, parce que le spectateur est, comme Saul, mis dans la position du témoin réticent et que leur regard fuit l'abjecte «réalité»)... on a été a très surpris - et soulagé - que le film remporte l'Oscar du meilleur film étranger, en plus du Grand Prix glané à Cannes en 2015.

Le fils de Saul, c'est l'anti-Liste de Schindler. Pas d'esthétisme. Pas de violons. Pas de ralenti. Pas de bonne conscience. C'est cru et froid, comme si on documentait la mécanique interne des camps de concentration, le rythme des journées de travail sans fin. Saul représente moins une lueur d'espoir qu'une étincelle minuscule incapable de percer la nuit noire de cette humanité qui se résume à des esclaves, des bourreaux et des cendres. Au milieu de cette apocalypse, les vivants paient très cher le privilège de ne pas mourir immédiatement: il se déshumanisent afin de pouvoir supporter la réalité, leur complicité, et leur propre existence. C'est ça, que filme Nemes: le crime contre l'humanité.

Et le plus cruel, c'est Saul qui nous l'inflige, lui qui s'est donné la mission de sauver - non pas la vie, c'est trop tard, mais - l'âme d'un jeune garçon. Une quête à la fois vaine et indispensable, magnifique et ridicule, dont on ne sait même plus si elle est véritablement héroïque, car Saul mettra en danger tous ceux qui tentent de survivre. Quelle importance, puisqu'ils ne sont à ses yeux que des morts en sursis?

C'est un film douloureux, courageux et nécessaire. Qui met habilement fin, et de façon définitive, à un grand débat du cinéma européen à propos du tabou moral de représenter la Shoah.

«Le fils de Saul», de László Nemes

Avec Géza Röhrig, Levente Molnár

En projection: 21 mars, 19h; Aylmer, salle 4

Cote: ****

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