La jeune pousse des Mauvaises herbes

Emmanuelle Lussier Martinez, comédienne originaire d'Ottawa-Gatineau.... (Courtoisie, Annie Éthier)

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Emmanuelle Lussier Martinez, comédienne originaire d'Ottawa-Gatineau.

Courtoisie, Annie Éthier

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Une jeune Ottavienne, Emmanuelle Lussier-Martinez, partage l'affiche avec Gilles Renaud, Alexis Martin et Luc Picard dans le nouveau film de Louis Bélanger, Les mauvaises herbes, qui sera projeté jeudi au Cinéma 9, lors de la soirée de préouverture du Festival du film de l'Outaouais, en présence du réalisateur et des comédiens.

La Franco-Ontarienne crève l'écran dans ce rôle qui n'a rien de secondaire. 

Ce sont pourtant ses premiers pas au cinéma. Ou presque. Elle a aussi tourné Ceux qui font des révolutions, de Mathieu Denis et Simon Lavoie, une histoire d'adolescents rebelles et marginaux, mais le film ne sortira qu'à l'automne. 

Un rôle aux antipodes de la Francesca qu'elle incarne dans Les mauvaises herbes, jeune femme contrainte d'apprendre les rudiments de la mariculture. «Elle est peut-être impulsive - et un peu perdue, comme beaucoup de jeunes de ma génération - mais sa colère est beaucoup moins noire. Francesca n'est pas cynique: au contraire, elle aime la vie. Il y a quelque chose de bouillonnant, de très vivant, en elle» précise une voix juvénile au téléphone.

Emmanuelle Lussier-Martinez nous appelle de Vancouver, où ont lieu les ultimes représentations de la pièce de théâtre Tu te souviendras de moi. Elle y donne la réplique à Guy Nadon, avec qui elle a parcouru le Canada au fil de 160 spectacles, ces deux dernières années.

De quelle génération perdue s'agit-il? «Petits, on s'est fait dire par nos parents et nos profs qu'on était les plus intelligents et les plus beaux, qu'on pouvait tout faire et tout devenir... Rendus dans la vingtaine et la trentaine, au moment où il faut faire des choix, on ne sait plus vraiment ce qu'on veut, on se retrouve pantois.»

«Francesca continue de travailler dans un emploi qui clairement ne la stimule pas, mais ne fait pas d'efforts pour en changer. Sauf que quand on le lui reproche, ça la met en colère.»

Humilité

La sensation d'«impasse» de son personnage est «une réalité très fréquente», estime Emmanuelle Lussier-Martinez, au point que «beaucoup de jeunes vont se reconnaître en elle, et dans la contrariété qu'elle ressent face au regard des adultes». 

La vérité des personnages de Louis Bélanger - et leur richesse, car ils sont «en constante évolution» - l'ont séduite autant que leurs relations l'ont émue. 

«Gaz Bar Blues est sûrement mon film québécois préféré», rapporte celle qui, durant les auditions, a «eu un coup de coeur instantané pour Louis: c'est quelqu'un de brillant et, en même temps, très simple - et j'ai senti une appréciation réciproque».

Réflexions empreintes de sourires et d'humanité, paroles étouffées de modestie: on ne s'étonne pas que le courant soit passé entre les deux.

«Je ne sais pas comment me mettre de l'avant, et je n'ai pas de talent en relations publiques, [mais] j'ai été très chanceuse: on m'a toujours tendu la main... et mon seul mérite, c'est de l'avoir prise», estime l'Ottavienne.

La chance? Ce n'est pas juste grâce à ses grands yeux bleus que les opportunités se sont multipliées durant ses études en théâtre à l'Université d'Ottawa.  

Les metteures en scène Anne-Marie Riel, Caroline Yergeau, Magali Lemèle ont vite repéré son talent, tout comme Anne-Marie White, qui l'a invitée à visiter Le bout du monde pour le Trillium, pièce pour laquelle la comédienne a reçu le Prix Rideau 2009 de l'artiste en émergence. À sa sortie du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, il y a trois ans, Mme White a refait appel à elle pour Love Is In The Birds.

Caméléon «choyé»

En parallèle, on a pu voir Mme Lussier-Martinez à TFO dans Motel Monstre et Moitié-Moitié, ou l'apercevoir dans 19-2 et Un sur 2

 Elle se dit aussi «choyée» d'avoir pu «jouer un grand éventail de personnages». «On ne m'a pas encore étiquetée ou casée. Parce que je ne suis pas particulièrement belle, ni particulièrement laide, on m'a envoyée dans toutes sortes de directions», analyse-t-elle.

Son visage poupin lui permet de tirer sur l'élastique de l'âge. Dans Tu te souviendras de moi, l'Ottavienne campe présentement «une ado turbulente de 19 ans, alors que j'en ai pas mal plus». Caméléon, elle était trentenaire dans certaines téléséries, alors qu'elle venait de tenir le rôle d'un enfant dans Hansel et Gretel - où elle jouait le garçon de la fratrie. 

«Je m'investis et je m'amuse beaucoup dans chaque rôle», concède tout de même l'artiste multidisciplinaire qui a une formation supérieure en ballet contemporain, sa première vocation.

On a peu de doutes: ces premiers pas au cinéma ne seront pas les derniers.

Attachante Francesca

«Ce rôle-là, je le voulais vraiment! Quel scénario fort et bien ficelé! Souvent, je reproche aux films québécois de manquer un peu de cohérence, ou de substance. Et puis Francesca, c'est du gâteau! Elle commence en larmes, vit un revirement super intéressant et [s'avère] une force de caractère incroyable, capable de prendre les devants», estime Emmanuelle Lussier-Martinez, en riant des «scènes cathartiques» où elle casse de la vaisselle ou enguirlande et insulte un comédien qu'elle admire, elle qui est incapable de se fâcher dans la vie. 

Dans ce personnage otage des Mauvaises herbes de Louis Bélanger, elle a trouvé «un potentiel de comic relief », qui n'était pas flagrant à la lecture du scénario, qu'elle a voulu développer. «Ce n'est pas un personnage qui fait rire mais j'avais envie de m'en servir comme ça », reconnaît la comédienne, mutine. Lors de la première montréalaise, l'Ottavienne a pu se rendre compte qu'elle n'avait pas trop mal fait son boulot: «J'ai ressenti l'affection du public pour Francesca... plein de gens veulent m'adopter.» Yves Bergeras

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