La justice à proximité

Christian Vincent, réalisateur de L'hermine (à droite) en... (Courtoisie)

Agrandir

Christian Vincent, réalisateur de L'hermine (à droite) en compagnie de Fabrice Luchini

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Vingt-cinq ans après le succès critique et public de La discrète, ce n'est pas Christian Vincent qui a pensé à une réunion avec Fabrice Luchini, mais son producteur. Le réalisateur a tout de suite imaginé en faire un juge. Mais les choses se sont un peu compliquées pour incarner l'objet de son désir dans L'hermine. Il ne voyait personne d'autre que Sidse Babett Knudsen, la première ministre de la série télé Borgen. Sauf qu'elle était réticente...

En fait, tout n'allait pas de soi pour ce long métrage. Le réalisateur de La séparation et des Saveurs du palais était totalement vierge en matière d'affaires criminelles. Alors, il s'est mis à passer ses journées au palais de justice. «J'ai assisté à des procès dans des conditions optimums. Le président [d'assise] m'a fait passer pour un élève magistrat et j'étais avec la cour. J'ai pu aller en coulisses et me mêler aux jurés. C'est comme ça que j'ai pu commencer à écrire une histoire.»

Fascination pour les jurés

Rapidement, Christian Vincent est fasciné par les jurés qui sont désignés au sort «pour juger des pairs». «Quand on demande aux gens si la justice est trop laxiste, ils répondent spontanément. Mais quand ils se retrouvent dans un procès, c'est autrement plus difficile. Mais ils en ressortent grandis.»

Après, il a tout de suite su qu'on allait accompagner un juge (Luchini) dans un procès, assez sordide. «Je savais aussi qu'on allait le filmer dans le courant de sa vie, qu'il allait lui arriver quelque chose et que ça allait influencer la conduite du procès.» 

Comme le juge a la réputation d'être dur, il lui faut une contrepartie lumineuse: un médecin anesthésiste. Il y a une relation très particulière qui s'installe entre ces professionnels de la santé et leurs patients, souligne Christian Vincent. «Ça crée des liens.» Il parle d'expérience. Son ami Philippe Lançon a été sérieusement blessé à la mâchoire dans la tuerie de Charlie Hebdo. Après avoir vu le film, celui-ci lui a dit «Ça m'a troublé. J'ai vécu un truc très fort avec ma chirurgienne. À un moment donné, je commençais les phrases et c'est elle qui les terminait.»

Pour L'hermine, il est «parti du principe que c'était un homme qui était rarement tombé amoureux. Il ne s'est rien passé entre les deux. Il a nourri une espèce de dépit. Quelques années plus tard, les hasards de la vie vont les amener à se croiser à nouveau. Et c'est l'inverse: c'est lui qui est dans une position d'autorité, et elle qui est plus vulnérable.»

Sauf que ça demeure une femme forte. Christian Vincent a beau chercher, il ne voit pas d'actrice française pour ce rôle. Mais alors qu'il complète son scénario, il a un déclic en écoutant la troisième saison de Borgen, dont il est un admirateur: Sidse Babett Knudsen. «Je lui trouvais un charme... Quand les femmes de 45 ans sont belles, elles ont un truc que les autres n'ont pas.»

Après quelques clics, il trouve sur le net une entrevue pour la chaîne Arte. Surprise: «Je ne pouvais pas imaginer qu'une actrice danoise parle français! Tu te dis: 'C'est elle! '» Mme Knudsen est venue en France comme jeune fille au pair entre 18 et 23 ans. «C'était une opportunité formidable.»

Après avoir accepté un premier refus, Christian Vincent s'est rendu à Copenhague. «Elle a peut-être été touchée qu'on vienne la voir - elle a fini par accepter. Et du coup, ça lui a ouvert d'autres horizons puisqu'elle joue le rôle principal dans le prochain film d'Emmanuelle Bercot [La fille de Brest].»

Bonne décision, en effet: L'hermine lui a permis de décrocher le César de la meilleure actrice dans un second rôle, la semaine dernière.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer