Le Petit Prince: l'essence et l'écho ***1/2

CRITIQUE / Nous nous sommes installés devant le long-métrage... (Courtoisie, Les Films Séville)

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Courtoisie, Les Films Séville

Le DroitYves Bergeras 3/5

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CRITIQUE / Nous nous sommes installés devant le long-métrage du Petit Prince avec un mélange d'appréhension et d'excitation.

La première, liée à notre connaissance de la télésérie animée du même nom, produite par la même équipe (elle en détient les droits de l'adaptation au petit comme au grand écran), un peu trop épique intergalactique à notre goût. La seconde, parce qu'on avait confiance en la capacité de Mark Osborne, auteur d'un Kung Fu Panda très respectueux des codes culturels de la Chine, de ne pas trahir le chef-d'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry

Bref, on avait apporté nos yeux d'enfants, mais aussi brique et fanal.

Bande-annonce

L'amitié qui s'apprivoise; la mort (ou l'absence) qui s'amadoue; le chiasme entre le monde de l'enfance et celui des «grandes personnes», entre l'imagination et la gestion; l'importance d'apprendre à voir avec son coeur, «l'essentiel» étant invisible; la plupart des idées maîtresses du livre de Saint-Exupéry sont abordées, et parfois même (plutôt bien) exploitées, dans ce film qui a l'intelligence de s'éloigner de l'oeuvre originale, pour mieux s'en faire le hérault. Le porte-parole, voire le porte-vision. 

Car, oui, l'imaginaire et l'univers graphique du Lyonnais y sont fidèlement et habilement reconstitués. Mais ce n'est pas une «adaptation» au sens attendu: c'est plutôt un écho à l'oeuvre. Le point de vue d'un cinéaste et celui de deux personnnages. Qui, de belle façon, entreront en résonance avec les représentations que chacun a pu se faire, à la lecture du roman. Aux autres, le film donnera indéniablement l'envie de lire, ou de se le faire raconter.

Rien que pour ça, on bémolisera toutes nos réserves...

Le film parvient à conserver - ouf! de soulagement - l'essence poétique de l'oeuvre, magnifiquement «protégée», tant sur le fond que dans la forme. Bien que modernisées, les illustrations d'origine ont été traitées à part, en recourant notamment à l'animation en stop motion. Cette technique (celle de Nightmare Before Christmas, pour n'en nommer qu'un) confère aux séquences «livresques» un cachet artisanal qui n'altère pas le charme suranné des dessins de St-Exupéry.

Histoire dans l'histoire

En revanche, les leçons plus philosophiques que sous-tend le bouquin ne sont qu'effleurées, ici. Plutôt que de se livrer à une explication (ou illustration) de texte basique, le film préfère construire un second récit, complètement indépendant de l'oeuvre originale, et capable de l'englober. 

Cette histoire - évidemment complémentaire - est campée dans notre monde contemporain, ou plutôt son reflet cauchemardesque: une Terre transformée en planète Terne. 

Le scénario met en scène une Petite Fille de neuf ans, sorte d'enfant-adulte (comme le Petit Prince) plutôt isolée dans un monde de grandes personnes (dito), qui rencontrera l'aviateur, narrateur et "auteur" du roman de Saint-Exupéry. Ce second récit est visuellement léché, réalisé par le dernier cri en matière de techniques d'animation et de 3D. Ce qui accentue le contraste avec les séquences, poétiques et un peu hors du temps, tirées du livre. Excellente idée!

L'amitié que la Petite Fille va nouer avec le - vieux mais toujours vert, puisqu'il a su garder son coeur d'enfant grâce au Petit Prince - bonhomme va complètement changer la trajectoire de vie de la fillette, à mesure qu'il partage ses souvenirs du Petit Prince, à travers une série de très jolis flash-back... et qu'elle se laisse apprivoiser. André Dussolier, qui prête sa voix à l'aviateur, est parfaitement attachant dans le rôle.

Coupures criantes

Le récit de Saint-Exupéry reste donc central, «essentiel», mais il est largement tronqué. Le voyage initiatique du blondinet à travers les «Petites planètes» est réduit à sa plus simple expression; la rose, le renard et le serpent n'ont plus que trois ou quatre répliques chacun; les baobabs n'apparaissent que quelques secondes; et, comble de stupeur, on n'entendra jamais le rire cristallin du Petit Prince, qui coule pourtant comme «une fontaine dans le désert» depuis 1943. Des coupures un peu trop criantes.

Aussi Saint-Exupéry perd-il de sa puissance philosophique. D'où une relative frustration. Du moins pour qui refuse d'admettre qu'un film à vocation familiale et  90 minutes doit rester le terrain du divertissement. Mais la proposition artistique tient la route. 

Le dernier chapitre nous a un peu fait grincer des dents. 

Malgré de très belles trouvailles pour ouvrir le récit (en ramenant au premier plan le personnage du Businessman), l'avion d'Osborne, sans tomber en panne d'«essence», rencontre des turbulences, dans un méli-mélo de scènes d'action faciles, de drame personnel, de poésie à la Saint-Exupéry  et de décors kafkaïens, où il tente de s'adresser en même temps aux enfants, aux grandes personnes et à l'enfant qui sommeille en l'adulte. Déroutant.

=> Au générique

  • Cote:  ***1/2
  • TitreLe Petit Prince
  • Genre: animation
  • Réalisateur: Mark Osborne
  • Classement: général
  • Durée: 1h48

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