Protéger l'âme du Petit Prince

Pour adapter le Petit Prince au grand écran,... (Courtoisie)

Agrandir

Pour adapter le Petit Prince au grand écran, le réalisateur Mark Osborne a préféré se concentrer sur «l'essentiel» (qui est invisible pour les yeux, se souvient-on). Quitte à recentrer son récit sur un nouveau personnage.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le réalisateur Mark Osborne savait qu'il pouvait difficilement signer une adaptation du Petit Prince qui plaise à tous. Le chef-d'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry «prend vie dans l'imagination du lecteur d'une façon si puissante que c'est impossible de faire le film que chacun a imaginé», convient l'auteur de Kung Fu Panda et Bob l'éponge, le film.

Il a donc préféré se concentrer sur «l'essentiel» (qui est invisible pour les yeux, se souvient-on). 

Quitte à recentrer son récit sur un nouveau personnage, La Petite Fille, et à lui faire vivre ses propres aventures. «Ce n'est pas le film du livre, mais un film sur la version du Petit Prince tel que l'imagine cette Petite Fille. Un film qui célèbre ce que le livre représente dans la vie des gens.» 

L'astuce ne lui interdisait pas de dresser de nombreux parallèles entre la demoiselle et le blondinet rêveur imaginé par Saint-Exupéry, notamment à travers leur vision commune des «grandes personnes». «L'aventure de La Petite Fille dans le film est censée représenter à la fois un cauchemar - à travers son interprétation de ce qu'est la vie des adultes - et l'expression de l'imagination exubérante de l'enfance.» 

S'il a bel et bien utilisé les images de synthèses pour animer son film, le cinéaste a su d'instinct qu'il devait aussi faire appel à des techniques d'animation plus artisanales, afin de rendre véritablement justice aux illustrations de Saint-Exupéry, et rester fidèle à l'essence poétique du texte original. D'où son recours à l'animation en volume (stop motion) lors des séquences mettant en scène Le Petit Prince du livre, dont les aventures sont racontées par bribes, en flash-back, par l'Aviateur. Ce personnage coloré est le nouveau voisin de la fillette. Il est surtout la seule grande personne à détonner dans un monde, éminemment terne, d'adultes gestionnaires et comptables. 

L'Américain, qui était tombé sous le charme du bouquin lorsqu'il était jeune adulte, a d'abord décliné la proposition des producteurs, dont la boîte, Method Animation, est aussi responsable de la télésérie animée dérivée du Petit Prince, où le personnage est devenu une sorte de héros interplanétaire. 

«S'ils m'avaient montré plus tôt ce qu'ils préparaient pour la télé, je me serai enfui en courant, avouera Mark Osborne en riant. Ça ne correspondait vraiment pas avec la vision que j'avais de ce livre lyrique et précieux.» 

Craignant de voir l'oeuvre lésée ou abîmée par une adaptation bancale au grand écran, il a écarté ses réticences, et s'est mis à chercher «une façon de la préserver et la protéger». 

Mark Osborne savait d'instinct qu'il devait proposer une oeuvre reposant sur «l'équilibre» et les «contrastes». Sa relecture passe par une mise en abyme. L'histoire du petit prince s'inscrit à l'intérieur d'un second récit, ce qui permettait «d'explorer les contrastes» en créant «des moments plus poétiques, en gardant un rythme lent», énonce-t-il. «Le contenu émotionnel, le degré d'imagination, le ton, le calme de ses films les rendent uniques et inspirants. Ce sont le genre de chose pour lesquelles doivent constamment se battre les réalisateurs qui travaillent pour les grands studios d'Hollywood.»

La société montréalaise Mikros a mis la main technologique à la pâte à cette production française.

«Créer un manque»

Le film joue aussi sur un effet de miroir inversé.

«Pour moi, le livre parle d'un homme arrivé au mitan de sa vie, et du petit garçon qui va le "réparer". Notre histoire fait écho à cela, sauf qu'on inverse les rôles, car la fillette est une enfant de "9 ans, presque 39", une "adulte cassée" qui vit une sorte de crise de la quarantaine», jusqu'à ce qu'un vieil homme au coeur d'enfant la répare, résume-t-il.

Plusieurs personnages du livre pâtissent de sa version cinématographique, soit complètement évacués (l'allumeur de réverbères, l'alcoolique), soit réduits à quelques répliques, comme le renard.  «Pour nous, le livre a été notre coeur, notre âme, et le point de départ [d'un récit qui] célèbre l'enfance. Et ce qu'on a fait avec Le Petit Prince est vraiment miraculeux.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer