Star Wars, la revanche des geeks

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La Garnison de la capitale, qui compte 58 membres actifs, existe depuis 2010 sous sa forme actuelle, mais ses soldats «sévissent» dans la région depuis 2004.

Courtoisie Mike Crooker, Capital City Garrison

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Les fans purs et durs de l'univers de La Guerre des étoiles sont légion - et on en trouve jusque dans la galaxie d'Ottawa-Gatineau. À commencer par les membres de la très officielle Capital City Garrison (Garnison de la capitale) placée sous le commandement de Derek McDonald.

Il ne s'agit pas ici des Forces armées canadiennes, mais bien d'un escadron de stormtroopers - les soldats de l'Empire galactique - qui ont essaimé un peu partout sur la planète Terre.

La Garnison ottavienne, qui compte 58 membres actifs, existe depuis 2010 sous sa forme actuelle, mais ses soldats «sévissent» dans la région depuis 2004, indique leur site Web.

La cellule fut mise en place par des Ottaviens membres de la célèbre «501e légion». Quelque 600 000 «J'aime» affichés par la page Facebook de la «501e» donnent un bon indice de sa réputation, tant dans la galaxie lointaine que sur le plancher des vaches.

Précisons que quand les troupes de la Capital City Garrison sortent costumées, c'est moins pour traquer les chevaliers Jedi que pour participer à diverses campagnes de financement destinées à aider des organismes de bienfaisance. 

On a pu apercevoir quelques soldats en septembre au Ottawa Pop Expo, où ils recueillaient des fonds pour l'organisme Make-A-Wish. En novembre, ils participaient au défilé du père Noël dans les rues de la capitale.

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Quelques soldats de la garnison ont participé au défilé du père Noël à Ottawa.

Courtoisie Mike Crooker, Capital City Garrison

La date du 18 décembre - date de la sortie du prochain film de la saga, Le Réveil de la force - est évidemment marquée à l'encre rouge sur le calendrier d'activités de l'escadron.

De Tatooine jusqu'au secteur Orléans

Chacun a sa manière toute personnelle d'habiter les mondes de Star Wars. En octobre dernier, Jeff St. Pierre et Tyler Wood, qui étaient déjà copropriétaires d'une boutique de jeux, le Kessel Run, ont ouvert à Orléans le bar The Cantina, dont la décoration rend hommage à la série. Le nom de l'établissement est d'ailleurs une référence à la Cantina de Chalmund, le bar de contrebandiers que visitait Luke Skywalker dans le tout premier épisode (le IV) de la série.

Jeff St. Pierre est copropriétaire du bar The... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 3.0

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Jeff St. Pierre est copropriétaire du bar The Cantina, dans le secteur Orléans, qui s'inspire de la thématique de La Guerre des étoiles.

Etienne Ranger, LeDroit

«On y sert notamment trois cocktails inspirés de Star Wars: le Blue Milk, qui se boit sur la planète Tatooine; le Golden Bikini, allusion à une réplique de l'Épisode VI; et un Walking Carpet, évoquant le sobriquet que Leïa a trouvé pour Chewbacca», détaille Jeff St. Pierre. De temps à autre, un client débarque dans son bar en costume, indique-t-il.

Photos, posters et autres objets décoratifs: tout renvoie à l'univers créé par Georges Lucas. Mais les propriétaires prennent garde de ne rien écrire qui puisse les mettre en porte à faux avec la franchise, dont les droits ont été acquis en octobre 2012 par les studios Disney (pour la bagatelle de 4 milliards $).

Jusqu'à tout récemment, le tenancier «ne proclamait pas sur tous les toits» le culte qu'il voue à cette série qu'il a avidement dévorée à l'âge de cinq ou six ans, sous l'instigation de son grand-père, quant à lui amateur de Star Trek. Mais, rendu à 41 ans, M. St. Pierre ne s'en cache plus.

«J'aime Star Trek et la grande vision de [son créateur] Gene Roddenberry, mais pour un gamin, Star Wars a toujours été beaucoup plus excitant, avec ces gars qui agitent leurs sabres lasers, ce petit bonhomme vert qui te parle d'une Force mystique, et toutes ces batailles spatiales en [vaisseaux] X-Fighters. Et ça reste avec toi, même quand tu grandis», d'autant que «l'incroyable quantité des récits liés au monde de Star Wars fait s'emballer ton imagination.»

À l'école, il luttait. «En maths, en sciences, en géographie... je butais. Je n'arrivais à rien. Mais dès qu'il s'agissait de La Guerre des étoiles, mon cerveau s'ouvrait, et je devenais très créatif», prétend celui qui travaille en ce moment sur un costume de Bobba Fett le chasseur de primes, son personnage fétiche.

Durant sa jeunesse, à Russell, et pendant toute sa scolarité, il s'est efforcé de cacher son côté nerd, qui, «mal vu», lui causait des ennuis. Aujourd'hui, il l'exprime librement, car il sent que le vent a changé. À l'heure des réseaux sociaux et du cosplay, «c'est devenu cool d'être un geek. C'est en quelque sorte l'ère de "la revanche des geeks"», s'amuse-t-il. «Ça me permet aussi de connecter facilement avec mes nièces et mes neveux.»

En riant, il nous confiera ensuite avoir épousé une Léah - qu'il appelle affectueusement sa «princesse Léah». Ça aide à sortir du placard, laisse-t-il entendre.

Les fans sont de plus en plus nombreux à vivre très ouvertement leur passion, et le phénomène ne se cantonne pas à la seule génération ayant grandi avec la première trilogie.

Bataille de rue... au sabre

C'est le cas de Martin Anderson, un résident de Gatineau âgé de 18 ans. Dès que ses parents lui ont fait découvrir la saga, il s'est mis à «capoter dessus», happé notamment par les spectaculaires combats de sabres lasers. «Je passe mon temps à les regarder en boucle», dit-il. Ce n'est pas une hyperbole, comprend-on lorsqu'il évoque avoir aussi visionné récemment l'intégrale des séries animées La Guerre des clones. Un marathon condensé en moins d'une semaine.

Le jeune homme trippe sur les personnages qui gravitent du côté obscur de la Force, les Sith, et sur Anakin en particulier. Sa préférence va à l'épisode III en particulier, et sur le style vestimentaire des «Jedi(s) gris».

Mais il ne se contente pas de regarder. Il en rêve la nuit. Et donne aussi corps à sa passion.

«Quand je mets mon costume d'Anakin, je me sens sombre et mystérieux. Et on ne me reconnaît plus, à cause du capuchon.» Et de la balafre à l'oeil, touche finale de maquillage.

L'an dernier, avec l'argent de sa «toute première paie à vie», il s'est dépêché de commander en ligne un sabre laser. Pas une version Dollorama. Le Ultra Saber, fabriqué aux États-Unis. Un objet qui vaut 250$, précise-t-il, absolument pas déçu de son achat.

Son sabre comporte un vrai tube néon et une carte de son répliquant les «whzzzzzz» caractéristiques des combats. Et n'allez pas croire que la précieuse arme factice prend la poussière sur une cheminée. «Tu peux fesser très fort», souligne Martin Anderson, qui s'en sert «souvent».

On peut l'apercevoir «quatre à cinq fois par semaine», parfois même costumé, sur les trottoirs de Gatineau ou aux alentours de l'école Nicolas-Gatineau, où il s'amuse à se battre avec un ami. Un combat toutefois inégal, car son adversaire, moins fortuné, doit se contenter d'un manche à balai. Mais quand on est le méchant...

Fan encyclopédique

Jonathan Grau, quant à lui âgé de 19 ans, ne se costume pas et ne collectionne pas les figurines, contrairement à de nombreux fans. Mais il n'en est pas moins une encyclopédie Star Warsienne sur deux pattes. Au téléphone, toute imprécision de notre part est aussitôt corrigée, tout commentaire de la sienne abondamment étayé. Son personnage favori? Le sage Obi-Wan Kenobi, avec qui il ressent «une connexion».

«Je ne suis pas le fan "matériel", mais plutôt le fan encyclopédique», dit très sérieusement celui qui se limite à collectionner les livres et les calendriers de la saga. Des romans, il en existe une centaine. Leurs récits «meublent 40 000 ans d'histoire avant [la série de films] et 700 ans après.»

S'il apprécie les combats et les effets spéciaux des films, sa grande source de jubilation vient de «pouvoir avoir une meilleure compréhension de cet univers qui est très vaste». Les livres «clarifient beaucoup des choses qui se passent dans la série», témoigne Jonathan Grau.

Il est devenu instantanément accro à cette saga découverte à travers le sixième volet. «Depuis trois ans, à chaque temps des Fêtes», sa «dizaine d'amis aussi passionnés» et lui passent goulûment au travers des six films en ligne. «Et chaque année je les regarde au moins deux à trois fois chacun, en plus.» Parfois seul, parfois en famille. Parfois avec les commentaires de la production. «C'est un attachement émotionnel.»

Un trip de famille

Le Gatinois Eric Demers, 44 ans, se souvient avec émotion de sa rencontre avec l'univers de Lucas. «Un moment très important» pour l'enfant qu'il était, qui avait fait le chemin depuis l'Abitibi jusqu'à Montréal pour découvrir sur grand écran, à L'Impérial, les deux premiers volets projetés le même soir.

Star Wars est pour lui une quasi-religion. Dont les rituels sont vécus en famille, avec son épouse et ses quatre fils. Cet amateur de science-fiction et de jeux de rôles a partagé ses deux passions avec l'aîné de ses fils, Alexandre. À titre de maître de jeu, Eric Demers animait des sessions de Age of the Empire, un jeu de rôles basé sur l'univers de Lucas. L'adolescent s'est «enrôlé» à travers «un personnage de chasseur de primes de race Gand». Avec le plus jeune de ses fils, Eric Demers a joué à X-Wings, un jeu de table en 3D où l'on manoeuvre stratégiquement des aéronefs se livrant à des batailles spatiales.

«J'ai accroché à tous les jeux Star Wars», confesse le père de famille. Sans aucun regret, puisque «Star Wars [l]e garde jeune, et [lui] permet d'assumer un petit côté fantaisiste».

Ce consultant en informatique ne s'est «jamais caché» de sa passion. «Ç'a toujours été un running gag, en famille et même au bureau.»

Ses proches - y compris sa femme, «assez geek, elle aussi, sauf qu'elle a ses limites» - lui offrent régulièrement des t-shirts ou des bébelles thématiques. Un peu pour le consoler de la perte de sa collection de «figurines originales de 1977 à 1983».

M. Demers lésine à regret sur les dépenses starwarsiennes. Mais les six billets de cinéma, un pour chaque membre de la famille, sont déjà budgétisés pour le 18 décembre. S'il avait quelques milliers de dollars à flober, il avoue qu'il ferait comme les ingénieurs amateurs des «R2 Builders Clubs», qui s'amusent à construire des droïdes grandeur nature - et fonctionnels!

Trois fans émus

Le Réveil de la force

C'était à la fin de l'été 1977. Je n'avais pas encore 15 ans. J'adorais la musique rock et le cinéma. Je venais de décrocher mon premier job «payant».

Après quelques mois à laver des bâtons de golf et avoir dépensé tout mon fric dans l'achat de vinyles, je décidais de garder quelques dollars pour aller «aux vues» avec ma nouvelle petite amie! Quatre films sont présentés - c'était l'époque des programmes doubles. Dans la salle 1, Les Naufragés du 747 et Cours après moi shérif. Dans la salle 2, L'Espion qui m'aimait et... La Guerre des étoiles.

Ma copine étant une fan du «velu» Burt Reynolds, et moi, du flegmatique James Bond, nos chemins se sont séparés devant les portes de ce cinéma. Ce fut ma première peine d'amour d'adolescent... mais le début d'une grande passion pour la saga de George Lucas.

- Mario Boulianne

La mythique symphonie de la Force

Si Star Wars demeure à mes yeux la meilleure série cinématographique de tous les temps, c'est essentiellement grâce à son scénario remarquablement étoffé, à l'amalgame de personnages qui s'y entrecroisent et à sa représentation de la dualité entre le bien et le mal, dépeinte de manière si épique.

Mais l'élément central qu'on oublie toutefois trop souvent de souligner, c'est le travail de génie du compositeur émérite et chef d'orchestre John Williams, dont la musique tapisse chaque recoin de l'épopée de cette «galaxie lointaine, très lointaine».

De la chanson thème qui sert d'apéritif à chaque chapitre de la saga jusqu'à la Marche impériale de Darth Vader, les pièces de Williams sont de petits bijoux sonores qui moulent allégrement la jauge d'émotions du téléspectateur. Il aurait été inconcevable que ce cerveau symphonique d'Hollywood, aujourd'hui âgé de 83 ans, ne reprenne pas son siège de maître d'orchestre pour ce septième opus signé J.J. Abrams...

- Benoît Sabourin

La sagesse du petit bonhomme vert

À sept ans, j'ai éprouvé mon premier kick de «même-pas-pré-adolescente» pour Han Solo, le bum intergalactique au sourire aussi gouailleur que ravageur. J'ai également craqué pour l'attachant R2D2, le fidèle Chewbacca, puis pour les drôles de créatures qu'étaient les Ewok.

Mais que me reste-t-il vraiment de la première trilogie de Lucas, aujourd'hui? L'enseignement de Yoda. Cette idée que sommeille en chacun une force qu'il faut apprendre à maîtriser pour développer son plein potentiel afin de ne surtout pas se laisser dominer par la peur et ainsi sombrer du côté obscur de la haine.

Je me dis parfois qu'on devrait tous tendre encore l'oreille aux paroles éclairées du sage petit bonhomme vert...

- Valérie Lessard

Quand Star Wars envahit l'espace créatif

La culture populaire finissant par se nourrir elle-même, les oeuvres du grand écran sont truffées de références à La Guerre des étoiles, qui ne demandent qu'à être débusquées. Dans son film parodique Spaceballs, Mel Brooks adresse 1001 clins d'oeil à la saga de George Lucas. Le réalisateur du prochain opus de Star Wars, J.J. Abrams, n'a pas résisté à glisser dans son Star Trek Into Darkness un caméo du droïd R2D2. Mais il s'agit bien d'un phénomène en soi, qui ne se limite pas uniquement à l'univers de la science-fiction.

L'univers de Kevin Smith multiplie les citations à la franchise. D'Astérix: Mission Cléopâtre à Toy Story, en passant par James Bond, Vendredi 13 ou Evil Dead, des centaines de films ont joué à ce petit jeu. Même la série des Indiana Jones (réalisée par Steven Spielberg... sur des scénarios de Lucas) a osé à plusieurs reprises, en ajoutant notamment deux droïdes bien connus au milieu de motifs hiéroglyphiques (voir la dernière photo). De nombreux «oeufs de Pâques» ont aussi été disséminés à la télé, notamment dans Les Simpson.

La culture geek, qui s'est emparée de l'enquête depuis longtemps, répertorie sur Internet cette myriade de clins d'oeils parfois subtils. Dont le site francophone Starwars-Universe, qui en dénombre plus de 140 (au cinéma seulement!) à lui seul

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