Rochefort, vieillard magnifique

Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort dans Floride de... (PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE)

Agrandir

Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort dans Floride de Philippe Le Guay.

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Deux longs métrages sur la vieillesse, deux sorties en salle concomitantes. Le Québec découvrait le lent et introspectif Journal d'un vieil homme de Bernard Émond au moment où la France accueillait en salles Floride, une comédie déridée de Philippe Le Guay sur la perte de mémoire. Ce film pétulant prend désormais l'affiche de ce côté-ci de l'Atlantique. À voir !

Adapté d'une pièce de Florian Zeller, il réunit un duo d'acteurs truculent : Jean Rochefort, en octogénaire à la mémoire ratatinée, et Sandrine Kiberlain, sa fille dévouée et aimante, aidante naturelle. Le scénario aborde un véritable défi de société : la solidarité d'une génération envers l'autre. Que faire pour ses parents en perte d'indépendance quand les aimer ne suffit plus ?

Le film renverse habilement ce casse-tête social en une comédie douce-amère à la fois touchante et drôle, parsemée de réjouissantes trouvailles fantaisistes.

À 80 ans, Claude Lherminier (Jean Rochefort) n'a rien perdu de sa prestance. Il lui arrive pourtant d'avoir des oublis, qu'il sait dissimuler par son humour. Sa fille Carole (Sandrine Kiberlain) veille sur lui afin qu'il ne soit pas livré à lui-même. Le caractère du vieil homme séduit autant qu'il agace : les dames de compagnie se succèdent à ses côtés puisqu'il tient à rester chez lui et que Carole se sentirait coupable de le confier à une institution. Le maintien à domicile engendre toutes sortes de défis que la famille est prête à relever jusqu'au jour où...

La déchéance recèle une force comique que le film ose mettre en oeuvre ; Jean Rochefort joue une palette nuancée inouïe. Cabotin de première, son personnage aime autant reluquer les filles que faire tourner en bourrique ses assistantes domestiques ou s'assurer que son jus d'orange provient bien de Floride. Il croit d'ailleurs que sa seconde fille y habite toujours.

Le Stradivarius Rochefort excelle dans les notes plus graves : celles de l'agacement face à l'infantilisation pesante, du désarroi fugace ou de l'abandon de soi quand la mémoire lâche. Il y a quelque chose de félin dans son interprétation, qui sait se faire légère et caressante, ou acérée quand le vieux Lherminier sort ses griffes.

Impossible d'oublier cette scène où tous les registres convergent : profitant d'une absence de son accompagnatrice, Claude se laisse hypnotiser par le mouvement d'une broyeuse de l'autre côté de la rue. Il traverse et bloque la circulation, affronte à sa manière une conductrice agacée : choc des générations qui vivent sur des territoires séparés et à des moments distincts. On se croise. On se toise. On partage difficilement l'espace, la rue, les trottoirs.

Grâce à un scénario qui restitue avec justesse la perte d'indépendance et les dilemmes moraux claquemurant le père et sa fille, le réalisateur évite les écueils lénifiants de la fiction à thèse et ceux larmoyants du mélo pour ciseler une fiction, tout en nuance psychologique, drôlerie et émotion tragique.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer