L'effet boule de neige

Joies de l'hiver, élans du coeur et larmes glacées, portrait de l'enfance... (Courtoisie)

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Courtoisie

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Joies de l'hiver, élans du coeur et larmes glacées, portrait de l'enfance autant que tableau d'un territoire et d'une identité, La Guerre des tuques, plane depuis 1984 au panthéon des oeuvres chéries de la Belle Province, et ses répliques ont fait boule de neige. Intouchable? Non, a tranché le producteur Rock Demers, à l'origine de cette deuxième salve. Un conte pour... tous, à la fois fidèle et moderne, qui s'adresse autant à la génération iPad qu'aux parents nostalgiques. Mais en animation, cette fois, pour ne pas trahir les souvenirs et l'émotion d'antan.

Rock Demers, producteur de La Guerre des tuques, premier Conte pour tous devenu film culte, est aussi producteur associé de l'adaptation animée qui déboulera sur les écrans du Québec vendredi 13 novembre. C'est même lui qui a approché la boîte CarpeDiem, après avoir développé un scénario avec Normand Canac-Marquis. 

Il ne s'arroge pas la paternité de l'idée: il s'est, en fait, laissé convaincre par une pétition sur Internet, composée de quelque 12 000 voix lui demandant de faire un remake.

«Mais je savais que si on prenait de vrais comédiens, on partait perdants, quelle que soit la qualité du film, étant donné la place qu'a pris l'original dans l'imaginaire québécois. [...] Il fallait donc absolument aller du côté de l'animation.»

En collaboration avec la productrice Marie-Claude Beauchamp, de CarpeDiem, il a sélectionné avec soin «les talents et créateurs associés au projet», à commencer par le réalisateur Jean-François Pouliot.

Une fois le train sur les rails, la nouvelle équipe a eu les coudées franches: Rock Demers n'avait «pas de droit de veto», bien qu'il ait été consulté tout au long du processus, qui a duré quatre ans.

«On est passé à travers plusieurs scénarios; j'ai vu Rock Demers grimacer, parfois, lorsque je suis allé lui parler de certains changements importants. Mais à la fin, il était rassuré par mes explications», sourit Jean-François Pouliot. «Tout s'est déroulé dans l'harmonie», relance M. Demers, selon qui les «dangers» de l'exercice «étaient réels, à cause de l'impact du premier film».

Un Luc différent

Parmi les changements notables: le personnage principal, Luc, n'est plus le boss des bécosses qu'il a déjà été. En 2015, sa bande le pousse à prendre des décisions, au final assez démocratiques.

«On ne tournera pas autour du pot: Luc n'était pas toujours très sympathique», juge le réalisateur. Mais sa décision de redessiner le personnage n'a pas été prise afin de se plier à la tyrannie du "politiquement correct" imposé par l'industrie, assure-t-il.

Seul un comédien en chair et en os pouvait rendre assez d'émotions pour qu'on perçoive «le monde intérieur» de Luc, et le rendre attachant malgré ses «comportements paradoxaux», estime le réalisateur, pour qui le cinéma d'animation, malgré ses atouts, ne peut rivaliser en terme de charge émotive.

«Luc pouvait être un malotrus ou un gentil. Et rester attachant dans les deux cas. Mais il ne pouvait pas être les deux. J'ai donc dû faire un choix.»

Pour Rock Demers, le nouveau Luc est un «ajout formidable», car le récit creuse une autre dimension psychologique au personnage, à partir d'un petit détail du film original: le clairon dont il joue, et qui appartenait à son père, militaire décédé.

Cette approche aura permis «d'approfondir la notion du deuil et d'établir des liens entre les différents deuils à faire, pas seulement celui du père, mais aussi le deuil de l'enfance...» justifie M. Pouliot.

Pour M. Demers, il fallait séduire une nouvelle génération d'enfants, sans trahir «l'essence» de La Guerre des tuques, qui ne saurait être résumée à son seul scénario. «La magie» tient du mariage heureux entre «les paysages de Charlevoix, la présence de l'hiver et le fort» où évoluent «des personnages très vrais... et très enracinés dans la réalité québécoise». Car, «à un deuxième degré», ce film parle du «plaisir de vivre au Québec», de façon suffisamment «profonde pour que l'histoire, telle qu'elle est racontée dans les deux versions, devienne universelle».

Le défi, poursuit-il, c'était que «les fans de la version de 1984 puissent trouver autre chose, mais, en même temps, ne soient pas déçus. De mon point de vue, c'est pleinement réussi!» et ce, jusque dans la beauté du décor, finement restitué, tranche le producteur associé, selon qui les images sont «de vraies peintures».

Lors de l'avant-première montréalaise, Rock Demers a observé «rire et pleurer» les jeunes spectateurs autour de lui, tout «comme l'ont fait les enfants il y a 31 ans».

Gildor Roy, la voix de Chabot

Gildor Roy connaît la réalité «d'être le plus grand et le plus gros de sa classe».

Pour lui, Chabot demeure un débrouillard au grand coeur. «Je le vois, dans 10-15 ans de ça, à la tête d'un gros garage ou d'une compagnie de déneigement. Il est de cette trempe-là, Chabot. Ce n'est peut-être pas le plus intelligent, mais il est travaillant et honnête.»

Sa «nouvelle» réplique préférée? «La bataille, c'est par là», répond-il, évoquant le moment où Chabot redirige les «mini-tuques» lors de l'attaque finale.

Hélène Bourgeois-Leclerc, la voix de François les lunettes

Pour Hélène Bourgeois-Leclerc, toute la personnalité de François les lunettes tient dans le ton passionné, voire insulté, sur lequel il répond «C't'un fort!» au personnage qui lui parle de son beau «château» de neige.

«C'est un idéaliste, François, un garçon qui s'investit totalement dans ses projets. En tout cas, c'était le souvenir que j'en gardais. Revisionner le film, avant mon audition, m'a confortée dans mon appréciation de son essence. Ça devient facile, ensuite, d'ajouter de la couleur à un personnage aussi intense dans ce qu'il est et fait.»

Nicholas Savard-L'Herbier, la voix de Luc

Nicholas Savard-L'Herbier est né l'année de la sortie de la version originale de La Guerre des tuques. «J'en ai construit, des châteaux de neige à cause de ça, se souvient-il. J'étais le responsable des outils, pour les ériger, d'ailleurs!»

S'il a attendu avec un brin d'anxiété le moment où il aurait à servir à Sophie «LA» réplique classique «T'as de la neige sur ton épaule», le comédien avoue avoir un faible pour une nouvelle phrase: «Après la guerre, on peut-tu être des amis?»

«Qui sait, elle passera peut-être elle aussi à l'histoire?»

Esther Poulin, la voix de Daniel Blanchette de Victoriaville

C'est au Banquier - Spécial Guerre des tuques qu'Esther Poulin a gagné la possibilité de prêter sa voix à un personnage de la mouture 3D du classique qui a bercé son enfance.

«Je trippais, quand j'ai appris que je serais la voix de Daniel Blanchette de Victoriaville!» clame-t-elle avec les intonations de son personnage.

Sa «nouvelle» réplique préférée? Le «T'es sûr que c'est tes amis?» que demande Daniel à Ti-Guy la Lune, quand il se «prend» le pied «au piège à renard à ours», cite-t-elle en rigolant. «Cette phrase-là me fait rire à chaque fois!»

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