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Guibord s'en va-t-en guerre: politique au visage humain ***1/2

Micheline Lanctôt, Patrick Huard et Suzanne Clément dans... (Courtoisie)

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Micheline Lanctôt, Patrick Huard et Suzanne Clément dans une scène de Guibord s'en va-t-en guerre.

Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 3/5

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CRITIQUE/ Avec Guibord s'en va-t-en guerre, Philippe Falardeau s'est engagé sur un chemin pas très fréquenté au Québec, la satire politique.

Ou peut-être pas.

Le ton général est trop charitable pour qu'on qualifie le film de satire. Le long métrage du réalisateur gatinois repose plutôt sur un inhabituel mélange des genres. Mais l'échafaudage tient plutôt bien la route. Il se permet aussi de transformer le traditionnel choeur grec en choeur haïtien capable de flairer les choses lorsque «ça sent la supercherie».

On sent de la retenue: Falardeau, cherche le réalisme, plutôt qu'à vitrioliser la farce. Sauf peut-être lorsque le comédien Paul Doucet pousse la caricature, en chef de gouvernement mélomane. Grinçant.

La caméra plonge dans les coulisses du pouvoir. Aux dessous pas toujours chics.

On procède d'abord par métaphore, puisque, pour accéder au bureau du député indépendant Steve Guibord, campé par un Patrick Huard tout à fait convaincant, il faut traverser une boutique de lingerie.

Puis on aborde le sujet de front. Car le député, qui est déjà coincé dans un rôle de conciliateur face aux intérêts personnels et privés de sa «communauté», tout particulièrement le syndicat des camionneurs et la communauté algonquienne qui s'y tirent la pipe, vient d'hériter accidentellement de la balance du pouvoir à Ottawa. Sa voix devient soudain déterminante dans la stratégie du gouvernement, qui a besoin de lui pour déclarer la guerre à un lointain pays.

Guibord décide de consulter la population avant de se prononcer. Il va rapidement se rendre compte que les intérêts divergents, contradictoires, ou parallèles, se superposent ou s'enchevêtrent inextricablement.

Ex-étudiant de sciences-po, Falardeau s'amuse à montrer que le «pouvoir» n'est pas forcément là où l'on croit; que les effets pervers de certains mécanismes tendent à rendre impotents les élus, et peu féconde la démocratie telle qu'on la pratique. Il se demande de quelle juridiction peut bien relever le «gros bon sens». La sensation d'immobilisme est d'ailleurs renforcée par le choix d'une caméra très statique.

Le seul véritable atout du député s'avérera son nouveau stagiaire, Souverain (Irdens Exantus fait preuve d'une aisance et d'un charisme formidables, dans un registre plus décalé, presque loufoque), jeune homme fraîchement débarqué d'Haïti avec ses exemplaires de Rousseau et Tocqueville sous le bras, affichant le sourire et l'énergie voltairiens de Candide.

Le film, lui, ne patine pas, avançant à un rythme de campagne électorale. Il aligne les clins d'oeil à la politique canadienne (le gag de l'autobus bondé d'anglophones, référence évidente à l'amour exogène ayant déferlé sur le Québec lors des référendums sur la souveraineté, est truculent).

Un film intelligent, humain, très ouvert sur le monde, critique, oui, mais pas là où on l'attend, et passablement amusant.

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