Paul à Québec: un tableau familial joliment dessiné

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Paul à Québec est l'oeuvre la plus universelle que le cinéma d'ici a pondu depuis longtemps.

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Le DroitYves Bergeras 4/5

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L'approche de la mort. Le cinéma québécois a récemment exploré de belle façon le déclin de l'existence et son impact sur l'entourage, mais pas encore avec le brio de François Bouvier, qui, avec Paul à Québec, peint une admirable fresque humaine et familiale.

Malgré la géolocalisation du titre, Paul à Québec est l'oeuvre la plus universelle que le cinéma d'ici a pondu depuis longtemps. Depuis C.R.A.Z.Y., disons. Une oeuvre forte, évidente, frétillante de vie. Touchante à tout âge et à tout point de vue.

Le récit - une adaptation de la BD semi-autobiographique de Michel Rabagliati, qui a aussi coscénarisé le film - coule de source, avançant au fil des saisons. Les mois viennent ponctuer le film en courts chapitres.

La nature passe ainsi de l'été à l'automne. La vie, bien sûr, bat au même rythme. La vie de la famille Beaulieu. Et celle de grand-papa Roland (Gilbert Sicotte, physiquement très amoindri, mais phénoménal), convaincu qu'il ne passera pas l'hiver. Roland qui, pour ne pas inquiéter sa famille - ses trois filles et leur ribambelle d'enfants - ment sur la férocité du cancer fulgurant dont il est atteint. Sa femme Lisette (Louise Portal) se fait respectueusement complice de son silence.

Seul leur beau-fils, Paul, sera mis au courant du secret, dans un joli moment de complicité estivale. Et de transmission. François Létourneau rend bien la douceur tranquille de Paul, ce héros de papier qui dessine d'autres bonhommes, sans trop savoir ce qu'il en fera. Paul, un peu «lune», témoin des événements et des vies en orbite autour de lui.

Le film présente une galerie de personnages très bien «dessinés», parfaitement charnus même lorsqu'ils sont secondaires (tel le rôle du père de Paul, confié à Julien Poulin). Ça vient peut-être du parcours du réalisateur? Ayant signé beaucoup plus de séries (30 Vies, Tribu.com, Prozac, Jérémie, etc.) que de films (Maman Laswt Call; Miss Météo), Bouvier a l'habitude de tirer sur plusieurs fils en même temps, sans snober les intrigues secondaires.

Le talent des comédiens n'y est certainement pas étranger non plus. Dans son rôle de grand-maman gâteau-bocaux, boule d'amour bouleversée mais stoïque, Louise Portal est magnifique. Et le brelan «tricoté serré» des trois soeurs - Lucie (Julie Le Breton), Monique (Brigitte Lafleur) et Suzanne (Myriam Leblanc) - ne sacrifie l'identité d'aucune.

Il y a une sincérité de tous les instants, une fraîcheur poignante, dans les retrouvailles éparpillées de cette famille. De vignette en diapositive, on suit les Beaulieu - on les vit - à travers tous les petits rituels qui parsèment leur existence en même temps qu'ils la façonne. Et à travers des rendez-vous moins joyeux, à l'heure d'apprivoiser la mort.

Le film se déguste comme un film choral. Il s'appuie sur la force de ce tableau de famille, son humanité, et non sur un futile mécanisme de rebondissements. Il fait confiance aux comédiens pour rendre justice à la richesse des instants fugaces. Ces riens menus mais bariolés qui font le sel de la vie. Et celui des larmes, parfois.

Apporter un mouchoir n'est pas superflu, mais Paul à Québec, loin du mélodrame, sait être drôle et plein de tendresse. L'amusante scène, toute simple, où chaque personnage vient en rafale faire sa toilette vespérale face à la caméra faisant office de miroir, est exemplaire du savoir-faire de Bouvier: en quelques secondes de brossage de dents, on brosse aussi les portraits de chacun, pour mieux faire briller les personnalités.

Nul besoin de connaître l'oeuvre originale pour savourer pleinement le film... qui ne résiste pas (ouf!) au plaisir d'adresser quelques clins d'oeil aux bédéphiles: par exemple quand Paul récite Tintin à l'heure de coucher sa fille, ou par le biais des caméo de Réal Godbout (Red Ketchup) et de Rabagliati.

Paul à Québec respire. Charme. Émeut. Et, dans l'entre-deux monde du dessin et de la pellicule celluloïde, apporte une réponse poétique à l'éternelle réflexion sur ce qu'on laisse derrière soi.

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Paul à Québec. Réalisé par François Bouvier.

Avec François Létourneau, Julie Le Breton, Gilbert Sicotte.

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