Le Dep, un huis clos qui brasse

Le dep présente un point de vue de... (Photo fournie par K-Films Amérique)

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Le dep présente un point de vue de la réalité autochtone qui n'est ni caricatural ni complaisant.

Photo fournie par K-Films Amérique

Le DroitYves Bergeras 3/5

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Le Dep est un bel exemple de film à petit budget qui «fonctionne» et séduit. Et qui, à défaut d'émerveiller, épate par sa capacité à dire beaucoup avec peu.

Pour la somme de 250000$, dérisoire pour un long métrage, la réalisatrice gatinoise d'origine mohawk, Sonia Bonspille-Boileau a réussi à tisser un huis clos étouffant. Pas haletant, mais bien pensé, bien mené, et monté avec assez de nerf pour compenser les problèmes de rythmes que ses moyens très limités faisaient planer sur son film.

On n'y verra pas de gros rebondissements, mais le film - tourné à Val-des-Monts - réussit à surprendre. Sans tomber ni dans le mélo, ni dans le moralisme, Bonspille-Boileau (auteure du documentaire Last Call Indien, qui a décroché un prix Gémeaux en 2011) ose surtout regarder en face la réalité de bien des communautés autochtones. Elle réussit à réunir les ingrédients sordides associés aux réserves amérindiennes - de pauvreté, d'alcoolisme, de consommation de drogue et de violence familiale - mais avec tact, sans commettre la maladresse de les exhiber.

La caméra, qui - par souci d'économie, bien sûr - est confinée pendant plus d'une heure dans un lieu unique, explore et exploite les moindres recoins du dépanneur où se déroule l'action.

Il y a à la fois flottement et fébrilité, dans Le Dep. Flottement, parce qu'on est de nuit, en plein hiver. À Tshikatin, une communauté innue isolée (mais fictive). Le lieu est vide: la caissière, Lydia, vient de fermer les portes du dépanneur. Et l'ambiance est alourdie par le froid et la fatigue.

Mais il y a aussi fébrilité, parce que survient rapidement un braquage. Un hurluberlu encagoulé déboule arme au poing, et exige le contenu du coffre-fort. Visiblement sous l'effet d'un psychotrope, il gesticule, menace, mais Lydia refuse de céder. Tous deux savent que le coffre contient une grosse somme d'argent destinée à être échangée le lendemain contre de nombreux chèques de B.S.

Le hold-up va donc s'éterniser une bonne partie de la nuit, alors que la caissière (Ève Ringuette) tentera de faire entendre raison au braqueur (Charles Buckell-Robertson). Et tout se déroule en temps réel.

Histoire d'alimenter le suspense, il y a aussi un gentil flic - le chum de Lydia, campé par Yan England - qui patrouille alentours. Viendra-t-il à la rescousse de Lydia à temps ? Mais l'aspect thriller est un peu secondaire, au regard du drame psychologique qui se joue alors entre le voleur et son otage. Car Lydia a reconnu l'individu, trahi par sa voix. On accepte donc qu'elle demeure étonnamment calme, en dépit de l'arme et des circonstances.

Les dialogues prennent vite le pas sur l'action, et Le Dep se fait discursif. Il s'adapterait d'ailleurs très bien au théâtre.

Tout le scénario repose sur le rapport de force, finalement fragile, qui s'instaure entre les deux personnages. Dans la lignée de Diplomatie ou d'Une pure formalité, le film examine l'oscillation du point d'équilibre. Tout en restant tendu... Car l'homme est armé et son point de rupture, sent-on, n'est pas forcément loin. Le montage, rythmé, fait passer le bla-bla. En ce sens, ce tout premier long métrage de fiction de Sonia Bonspille-Boileau est une réussite.

La trame musicale du Gatinois Michel DeMars nourrit efficacement cette tension.

Le film permettra en outre de découvrir ou d'apprécier les talents d'une brochette de comédiens d'origine autochtone qu'on a plus l'habitude de voir jouer les seconds couteaux, ou dans des rôles stéréotypés d'Amérindiens. À commencer par Ève Ringuette, Charles Buckell-Robertson et Marco Collin - trio auquel avait fait appel Yves Sioui-Durand à l'époque de Mesnak - qui ont trouvé dans ce Dep de «vrais» rôles, aux courbes dramatiques riches et complexes, à défendre. Car si leurs personnages sont Autochtones, leurs émotions sont aussi universelles que la misère elle-même.

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Le Dep, de Sonia Bonspille Boileau.

Avec Éve Ringuette, Yan England, Charles Buckell-Robertson, Marco Collin, Robert Pierre-Côté.

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