La femme-rempart du Dep

Sonia Bonspille Boileau a tourné à Val-des-Monts le... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Sonia Bonspille Boileau a tourné à Val-des-Monts le long-métrage Le Dep, mettant en vedette Ève Ringuette.

Patrick Woodbury, LeDroit

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On tombe presque à la renverse lorsque Sonia Bonspille Boileau, scénariste et réalisatrice du film LeDep, nous indique que ce drame, un huis clos psychologique aux allures de thriller, «était à la base supposé être une comédie».

Tourné à Val-des-Monts l'hiver dernier, ce film met en scène, en temps réel, le braquage d'un dépanneur, et la nuit que passeront ensemble le bandit et la caissière devenue son otage, qui se connaissent intimement. Rien de bien amusant a priori, surtout que le film aborde par la bande les problèmes de violence, d'alcool et de consommation de drogue qui minent la communauté innue (fictive) où se situe l'action.

C'est loin d'être la première fois que la réalisatrice d'origine mohawk plonge sa caméra dans des problématiques autochtones - elle a signé le documentaire Last Call Indien, primé aux Gémeaux en 2011; on lui doit aussi les téléséries jeunesse Mouki et La piqûre, produites à Gatineau et diffusées à l'antenne d'APTN - mais elle a toujours privilégié un ton positif, résolument optimiste. 

Finie, la légèreté: elle a cette fois «exploré le dark side» des communautés. 

Personnages étoffés 

Pour deux raisons principales. 

Le cadre de son tout premier long-métrage de fiction a été dicté par le micro-budget (250000$) dont elle disposait pour mener son projet à terme. Sonia Bonspille Boileau a donc rapidement opté pour un lieu de tournage unique et une unité de temps, question d'économiser ses ressources. Lieu propice à toutes les rencontres, le dépanneur s'est imposé d'autant plus rapidement qu'il permettait à la scénariste de s'inspirer d'anecdotes vécues à l'époque où elle travaillait derrière le comptoir d'un club vidéo de la réserve d'Oka, dont elle est originaire. 

Mais en parlant du projet autour d'elle, notamment avec la comédienne qui allait camper le rôle principal, Ève Ringuette - laquelle a travaillé dans un dépanneur sur la Côte-Nord, et qui a étoffé le scénario de quelques-unes de ses mésaventures - Sonia Bonspille Boileau s'est «rendue compte qu'il y avait plein d'histoires tristes, et que j'allais passer à côté de quelque chose de fort si, juste pour rester dans la comédie, je ne traitais pas des problèmes des communautés». 

L'autre raison, c'était son envie de donner à des comédiens autochtones «de vrais rôles multidimensionnels». La distribution compte sur Marco Collin, Charles Buckell-Robertson et Ève Ringuette remarquable trio déjà réuni dans «Mesnak» («le seul et unique film réalisé au Québec par un Autochtone, Yves Sioui-Durand», souligne-t-elle, laissant deviner la responsabilité dont elle se sentait investie en tournant Le Dep), ainsi que Yan England et Robert Pierre-Côté. 

«Ce sont de très bons comédiens, qui, trop souvent, sont cantonnés à des stéréotypes. À part Yan, qui apparaît dans de nombreuses téléséries, tout ce qu'on leur demande, c'est de 'jouer l'Indien'» et non de défendre de véritables personnages. Un drame «rendait mieux justice à leur talent» car il «leur donnait beaucoup plus de jus pour susciter de grandes émotions», tranche-t-elle. 

Femme forte 

Autre objectif avoué de la réalisatrice: confier le premier rôle à une femme. On fait remarquer à Sonia Bonspille Boileau que le personnage de Lydia reste étonnamment calme, presque impassible, durant l'essentiel du film, malgré les menaces persistantes. 

«Je voulais une certaine balance entre le jeu d'Ève et celui de Charles [qui campe le cambrioleur], qui est évidemment surexcité. L'idée, c'était rester dans un jeu intérieur le plus longtemps possible» avant que la situation n'explose. 

L'intériorité de Lydia, aussi stoïque qu'un rempart, est surtout «une sorte de métaphore de la femme autochtone», explique la réalisatrice. 

«C'est très rare de voir une femme autochtone paniquer, ou même laisser transparaître ses émotions. [...] Elles ont 'mangé la claque', avec le temps, et ça en prend vraiment beaucoup pour les déstabiliser.» 

Lorsque le film soulève un voile sur l'enfance du personnage, «on se rend compte que si elle est comme ça, c'est aussi parce qu'elle a passé sa vie à marcher sur des oeufs, qu'elle n'a jamais pris la liberté de s'exprimer», dit-elle. «Ève et moi, on voyait le personnage exactement de la même manière.» 

Le Dep est sorti au Québec le 7 août, mais ne prendra l'affiche en Outaouais que vendredi, au Cinéma d'Aylmer.

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