Le Mirage de la réalité

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La pompe de la piscine, pourtant neuve, qui merdoie; la porte patio à faire réparer pour la 10e fois; les restos dont on abuse; le foyer électrique dernier cri, la machine à café de marque et la cuisine complètement refaite, sans compter la facture d'antidépresseurs de Madame: dans leur grande et belle maison qui ressemble à un catalogue Linen Chest, Patrick (Louis Morissette) et Isabelle (Julie Perreault), ont des «problèmes de riches».

À 40 ans, ils ont en outre les soucis «normaux» d'une vie familiale: les incessants transports des enfants à leurs activités parascolaires, visites chez le dentiste, voyages à La Ronde et autres partys de fête; les consignes qu'on répète 20 fois; les jouets qui ne servent qu'à traîner à terre et endolorir les doigts de pieds. Et puis, dans l'intimité, rien ne marche plus comme avant. Bref, ils sont à présent bien moins «couple» que «parents».

La romance s'est usée, la fatigue les rattrape, le temps leur fait défaut, et seule l'idée de vacances les fait encore rêver. Sauf que l'exotisme, ça coûte cher. Heureusement que l'argent coule à flot.

Erreur.

Il coulait à flot. Au passé.

Les dettes se sont en réalité accumulées. Ils n'ont qu'un seul salaire depuis qu'Isabelle a prolongé son burn-out. Et Patrick, propriétaire d'un magasin d'articles de sports, cache à sa famille les gros ennuis financiers qui minent sa business. Enfin... «cache»... c'est vite dit! L'orgueil l'empêche d'être parfaitement clair, mais on peut aussi considérer que sa blonde refuse d'entendre ses demi-aveux, car le scénario (signé Morissette et François Avard) adopte discrètement plusieurs points de vue - bien qu'il revienne toujours au regard masculin.

Le Mirage s'amuse à creuser les non-dits des deux camps, et notamment au plan de la sexualité. Il aborde sans hypocrisie les attentes et les jeux de pouvoirs qui se glissent jusque dans l'intimité.

Ricardo Trogi, réalisateur de Québec-Montréal, Horloge biologique et 1981, était tout indiqué pour donner vie à ce scénario qui brille par son aspect «réflexions sur la vie quotidienne». C'est quoi, la vraie vie?

Le plus gros fantasme, on le comprendra assez tôt, porte moins sur les seins siliconés de Roxanne, (Christine Beaulieu, vue dans Ceci n'est pas un polar), l'amie «tripatique», que sur l'existence-vitrine de ce couple qui aurait visiblement dû négocier différemment un virage ou deux pour être plus heureux.

Bien joué, bien monté, et agrémenté d'une trame musicale enivrante, le film fait surtout le portrait moderne d'individus pris dans la course à l'hyper-consommation. Ici, tout devient source d'obsession, à commencer par la sexualité, abordée entre autres par l'angle de la pornographie sur Internet, dont Patrick est devenu consommateur friand. Quand il fait l'apologie de son extracteur à jus, symbole du dernier gadget qui change la vie sans servir à rien, Michel (Patrice Robitaille), gagne la palme de la vacuité rigolote.

Grinçant, mais pas gratuit

La thèse défendue est très assumée. C'est donc un peu démonstratif, comme cinéma, mais le film réussit à faire preuve de recul. Son humour, pourtant grinçant, résiste à la provocation gratuite et aux gags faciles.

Le film montre même une grande sensibilité pour ces personnages empêtrés dans leurs petits ou gros travers. Aussi est-il difficile, lorsqu'on fait partie de la même tranche d'âge que les personnages, de ne pas se sentir happé par les situations décrites: les parallèles avec son propre vécu se dressent d'eux-mêmes, preuve de la clairvoyance des auteurs.

On s'est demandé si Ricardo Trogi n'adressait pas, par la bande, un clin d'oeil au dernier film de Denys Arcand, Le règne de la beauté. Sauf que où Arcand voyait un incommensurable vide, Trogi et Morissette voient une course infernale, insatiable, mais aussi une lumière au bout de l'étouffant tunnel, ce qui devrait l'aider à trouver un public beaucoup plus large.

On se permettra de conseiller d'aller voir ce Mirage en couple, dans la mesure où il constitue un prétexte naturel aux débats et mises au point constructives.

Cote : ""

Titre : Le Mirage

Réalisateur : Ricardo Trogi

Acteurs : Louis Morissette, Patrice Robitaille, Julie Perreault, Christine Beaulieu

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