La parallèle froideur de Corbo

Il flotte dans Corbo une étrange froideur, même au beau... (Courtoisie)

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Il flotte dans Corbo une étrange froideur, même au beau milieu des cellules felquistes, où se tiennent pourtant des discours marxistes-léninistes enflammés... mais théoriques.

Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 2/5

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Corbo, le nouveau long métrage de Mathieu Denis (Laurentie), offre une plongée intéressante - mais peu émouvante - dans ce Québec de 1966, où les discours radicaux du jeune Front de libération du Québec (FLQ) cristallisent les idéaux révolutionnaires de la jeune génération.

Le contexte socio-politique - l'essor économique du pays ne profite pas à la province, paralysée par les grèves ouvrières - est établi avant même les premières images, étayées à grand renfort d'explications textuelles - vraisemblablement destinées à limiter les coûts de production.

Sauf que la vocation documentaire de Corbo (si ancré dans la réalité biographique qu'on n'ose pas le qualifier d'oeuvre de fiction) aurait facilement pu s'accommoder de quelques images d'archives, ou d'un faux bulletin de nouvelles, tout aussi pédagogiques que cette mise en bouche textuelle un peu sèche.

La direction photo impeccable (les images sont sombres, mais léchées) et l'érudition générale de Corbo ne suffisent pas à soutenir l'émotion dramatique, et encore moins le rythme du récit. Celui-ci avance lentement - à pas de loup, comme les clandestins filmés? - à travers une mise en scène qui n'offre rien de très révolutionnaire.

Il flotte dans Corbo une étrange froideur, même au beau milieu des cellules felquistes, où se tiennent pourtant des discours marxistes-léninistes enflammés... mais théoriques. Si elles illustrent bien l'énergie idéaliste de l'époque, de telles séquences ne réussissent guère à véhiculer l'effervescence de cette révolte - contrairement à La Maison du pêcheur, sur la cellule Chénier.

Le jeune Jean Corbo (Anthony Therrien, taciturne à souhait), a véritablement existé. Ce fils de bonne famille défraya les manchettes lorsqu'on découvrit que le garçon avait participé à un attentat à la bombe au nom du FLQ, mouvement qu'il avait rejoint à l'âge de 16 ans.

Contrairement à son frère aîné, militant pour le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), Jean Corbo semble considérer stérile toute action politique. Il distribuera donc en catimini le journal patriotique La Cognée. Puis, aux côtés de deux autres jeunes recrues felquistes, François (Antoine L'Écuyer) et Julie (Karelle Tremblay), dont il semble s'enticher, il ira nuitamment peinturlurer les murs de la métropole de slogans colériques.

Le but des «artificiers» felquistes n'était pas de blesser les civils, mais de faire peur, rappelle le film, en montrant aussi qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs.

On sent bien qu'à travers les portraits intimistes de ses jeunes protagonistes, Mathieu Denis cherche à humaniser ces individus qu'il serait trop aisé de qualifier de «méchants séparatisses». Si l'intention du réalisateur est bonne, voire courageuse, le résultat n'est pas forcément probant.

On reste assez peu sensible au sort des personnages. Le film cherche à comprendre pourquoi ils ont pu se laisser séduire par le discours révolutionnaire ambiant et l'action clandestine, mais leurs contours psychologiques demeurent trop flous pour susciter une véritable empathie. Il leur manque aussi une «courbe dramatique» digne de ce nom.

En revanche, la plongée sociologique dans les racines italiennes de la famille Corbo est plutôt réussie.

Le film avance en se dispensant de «climax». Seule l'énigmatique (et authentique) missive signée par le FLQ, qu'on découvre à la toute fin du récit, est porteuse d'une charge émotive puissante.

Bref, le regard documenté, instructif, et relativement neutre, que pose Corbo sur cette période où s'affrontent les idées du Mouvement de libération populaire, du RIN et du FLQ, est nettement plus captivant que le récit dramatique proposé.

Au générique

Corbo. De Mathieu Denis.

Avec Anthony Therrien

** 1/2

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