Gurov & Anna, la collision de deux solitudes

Gurov & Anna séduit plus qu'il ne touche par son esthétique... (Courtoisie)

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Courtoisie

Le DroitValérie Lessard 3/5

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Gurov & Anna séduit plus qu'il ne touche par son esthétique particulièrement recherchée et sa mise en abîme finement mise en scène par le réalisateur Rafaël Ouellet. Avec pour résultat que le spectateur ne s'attache pas tant aux protagonistes qu'il les observe plutôt avec intérêt, suivant comment chacun se crée ou se défait sous ses yeux.

Gurov & Anna, c'est la collision téléguidée de deux solitudes.

Benjamin (Andreas Apergis) promène son ennui. Chez lui, aux côtés de son épouse - qui pourrait bien réussir là où il échoue: être publié - et leurs deux filles. À l'université, aussi, où il enseigne de manière obsessionnelle une nouvelle de Tchekov, dans laquelle un homme marié et père, Gurov, tombe amoureux de la jeune Anna. Or, Mercedes (Sophie Desmarais) suit son cours et décide d'appâter Benjamin en devenant sa Anna...

Entre les deux amants, l'illusoire jeu de séduction est soigneusement mené par l'étudiante. Elle décide du moment où ils se voient. Elle aménage son décor pour conforter son prof dans l'image qu'il se fait d'elle. Elle crée son personnage, allant jusqu'à se vêtir de cols de fourrure et de petites vestes perlées pour évoquer un certain romantisme à la russe. Ce faisant, l'aspirante auteure repousse les limites de cet homme plus âgé qu'elle pour s'inspirer de leurs (d) ébats existentiels et, peut-être, ainsi trouver matière pour écrire sa propre histoire.

De son côté, Ben se laisse porter par les événements, comme s'il avait totalement perdu le contrôle de ses désirs et, pire encore, perdu prise sur le cours de sa vie. Au risque de tout perdre, justement.

De son seul regard, Sophie Desmarais transperce l'écran, témoigne bien des ambivalences de cette Mercedes en quête de sens à donner à ce qu'elle lit et met en scène dans son quotidien. Elle campe avec aplomb une jeune femme jouant à l'équilibriste entre français et anglais, entre monde réel et univers fantasmé.

Face à elle, Andreas Apergis porte quant à lui tout le mal-être de son personnage et ce, jusque dans ses yeux las, ses épaules tombantes.

Tournant pour la première fois un film à partir du scénario de quelqu'un d'autre (Celeste Parr), Rafaël Ouellet (Camion, Nouvelle adresse) a préparé chaque plan comme un tableau. Le réalisateur joue ainsi habilement des cadrages pour rendre compte des intentions de ses protagonistes et poser les ambiances dans lesquelles ils évoluent. Pour suggérer la part de fantasme dans certaines scènes, également. Cela dit, il n'évite pas certaines longueurs, ou langueurs.

Au générique

Gurov & Anna. De Rafaël Ouellet.

Avec Sophie Desmarais, Andreas Apergis

***

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