La Passion d'Augustine: de grâce et de musique

Lysandre Ménard et Céline Bonnier dans La passion... (PHOTO FOURNIE PAR FILMS SÉVILLE)

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Lysandre Ménard et Céline Bonnier dans La passion d'Augustine

PHOTO FOURNIE PAR FILMS SÉVILLE

Le DroitYves Bergeras 4/5

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Les premiers mots prononcés dans La Passion d'Augustine sont en latin. Normal: on est au couvent. Mais ces «Benedicamus Domino» ne dureront que quelques instants, puisque la caméra de Léa Pool vient de nous transporter à la fin des années 1960, dans ce Québec où le corps ecclésiastique est bousculé par les forces conjuguées des réformes de Vatican II, internes à l'Église, et le courant séculier de la Révolution tranquille.

Ce couvent qui se distingue par la qualité de son enseignement en musique est dirigé, avec beaucoup de passion et un soupçon d'orgueil, par Mère Augustine (Céline Bonnier, touchée par la grâce).

Or, le tout jeune ministère de l'éducation (créé en 1964) a entrepris de reprendre sous sa tutelle les jeunes âmes jusque là délaissées aux bons soins des religieux, ce qui a pour effet de couper les vivres à la congrégation d'Augustine. De plus, Rome est sur le point d'imposer aux soeurs un changement de costume qui ne se fait pas sans remettre en question une part de leur identité, ni provoquer les crispations.

La mère supérieure (Marie Tifo, glaçante), responsable des opérations comptables, trouve que l'obsession mélomane d'Augustine coûte une fortune à la congrégation. Cette dernière lui tient tête, refusant d'abandonner son couvent - et sa communauté - au naufrage annoncé.

Parallèlement, arrive Alice, une nouvelle élève. Musicienne de génie au tempérament rebelle (campée par Lysandre Ménard, jeune pianiste au talent incommensurable, qui fait ses premières gammes au grand écran, et le crève à chaque fois qu'elle «attaque» un morceau), Alice pousse l'immodestie jusqu'à transformer en partitions jazz assez libertines les compositions des grands maîtres... incarnant de fait cette jeunesse éprise de libertés et prête à bousculer des institutions un peu trop rigides à son goût. Il se trouve qu'elle est la nièce d'Augustine, et que les deux femmes ont peut-être plus de points communs qu'on le soupçonne au début.

Tout premier film «choral» - et pas seulement parce que les soeurs unissent de temps à autre leurs voix à celles des jeunes pensionnaires, pour témoigner, au delà de l'harmonie vocale, l'esprit de corps et de communauté qui règne au couvent - de Léa Pool, La passion d'Augustine surprend par sa grande cohésion, malgré les multiples éléments qui en composent le récit.

La galerie de personnages permet à Léa Pool de multiplier les points de vue sur ce sujet riche - et passablement inédit au cinéma, au Québec, ce qui décuple son intérêt. 

Certaines voix secondaires résonnent un peu plus fort, comme celle de soeur Claude (Valérie Blais), au inflexions étonnamment modernes, à travers un discours quasi-syndicaliste, et celle de son miroir inversé, soeur Lise (Diane Lavallée, la Thérèse de La Petite Vie, inattendue en enseignante psycho-rigide), plein de fragilités. 

Le tableau historique est soigneusement dessiné, sans toutefois envahir le récit.

Se faisant écho, les trames narratives finissent par dessiner un portrait très réussi de cette période, mais la réalisatrice d'origine suisse en profite pour dépeindre, de l'intérieur, les facettes plus lumineuses de l'époque qui fut rebaptisée «Grande Noirceur», sans chercher à nous réconcilier ni avec la foi ni avec le clergé.

On ne peut passer sous silence le joli travail mélodiste qui accompagne les images - et les porte, parfois - conçu en trio par la scénariste Marie Vien, elle-même pianiste, le compositeur François Dompierre, et Mme Pool.

Au générique

La Passion d'Augustine. De Léa Pool. Avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée.

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