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Gurov & Anna: le jeu des apparences de Sophie Desmarais

Sophie Desmarais... (Alain Roberge, La Presse)

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Sophie Desmarais

Alain Roberge, La Presse

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Sophie Desmarais l'avoue: elle n'aimait pas Mercedes. Elle la trouvait même «insupportable». Cela ne l'a pas empêché d'éprouver une envie folle de lui prêter voix, yeux et corps dans le film Gurov & Anna, de Rafaël Ouellet.

Étudiante un brin oisive, fille de parents aisés («Ils lui payent quand même un loft dans le Mile End!»), Mercedes cherche à conquérir Benjamin (Andreas Apergis), son professeur de littérature à l'université. Il habite avec sa femme et leurs deux fillettes, traîne son mal de vivre et son obsession pour la nouvelle d'Anton Tchekhov (dans laquelle Gurov, lui aussi mari et père, s'éprend de la jeune Anna), extraite du recueil La Dame au petit chien, jusque dans sa classe.

En quête de sens(ations) dans sa vie, Mercedes n'hésitera pas à devenir son Anna. «Même si elle est loin d'être aussi vertueuse que la Anna de Tchekhov!» prévient Sophie Desmarais.

«J'étais très radicale dans ma façon de la voir, cette fille: elle est capricieuse, égocentrique, renchérit-elle. Mercedes existe dans le désir que les autres éprouvent pour elle, teste sa capacité de séduction sans prendre part aux conséquences. Or, du moment qu'elle sent Benjamin accroché, elle se détache.»

Ces deux êtres se rejoignent, pourtant. Dans leur mélancolie et leur amour pour la littérature. Mercedes fuit dans la fiction, se met en scène, en anglais, à cheval entre deux langues et deux mondes, le réel et le fantasmé.

«Elle tente d'exister dans une culture qui n'est pas la sienne, cherche à projeter une image d'elle qu'elle développe et peaufine dans les moindres détails, de sa posture à ses vêtements.»

Sophie Desmarais (Sarah préfère la course, Le Démantèlement) a justement apprécié pouvoir construire son interprétation dans ces petits détails, proposant des bérets et des cols en fourrure, étudiant diverses poses pour bien rendre les contradictions et ambivalences de Mercedes. Elle cite en exemple ce moment où, d'une allure enfantine alors qu'elle écrit sur son lit, elle se transforme en femme au romantisme russe et bourgeois pour accueillir son professeur chez elle pour la première fois.

«J'ai adoré créer un personnage qui se la joue vraiment! Elle est toujours en représentation, donne l'impression qu'elle est en pleine possession de ses moyens. Benjamin se contente d'ailleurs de lire l'histoire que sa femme et Mercedes sont en train d'écrire sur lui... Il se laisse complètement dépasser.»

D'éros et de confiance

Camper Mercedes a toutefois confronté Sophie Desmarais non seulement à son mépris pour son personnage, mais aussi (et peut-être surtout) à sa propre féminité.

«J'ai eu peur, au début, avoue-t-elle. Je devais émaner beaucoup d'éros et de confiance, ce qui n'est pas une attitude nécessairement naturelle, pour moi. J'ai dû laisser quelques-unes de mes insécurités pour croire moi-même en mon pouvoir de séduction et apprendre à jouer avec ce que peut dégager mon corps!»

Toutes les scènes d'intimité entre Andreas Apergis (19-2, Les Jeunes Loups, X-Men: Days of Future Past, etc.) et elle ont donc été tournées en ordre chronologique, histoire de permettre aux deux acteurs de s'apprivoiser. Pour Sophie Desmarais, la scène au salon de thé, qui marque en quelque sorte le début de l'aventure entre Mercedes et Benjamin, était «même plus gênante» que certains moments de nudité à cause de la charge érotique des regards échangés et «parce qu'on ne se connaissait pas, Andreas et moi».

«C'est un film très casse-gueule, à ce chapitre: tout repose sur notre jeu, sur la crédibilité de cette relation entre nos personnages, rappelle-t-elle. Avoir eu les 21 ans de Mercedes, je n'aurais pas pu l'incarner dans toutes ses nuances. À 27 ans au moment du tournage, l'an dernier, j'avais toutefois le recul et le discours nécessaires pour étayer ce que peut représenter ce désir de séduire chez une jeune femme comme elle.»

Gurov & Anna est présenté dans le cadre du Festival du film de l'Outaouais, lundi soir, en présence du réalisateur Rafaël Ouellet (Camion). Le long métrage prendra par la suite l'affiche en salles, à compter de vendredi prochain.

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