Un regard sur la religion

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Le films de Léa Pool est présenté en avant-première ce soir.

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Quand Léa Pool a débarqué en 1964 au Québec, en pleine Révolution tranquille, la réalisatrice a été immédiatement fascinée par «cette effervescence» politique et culturelle qu'elle «ne pouvait même pas imaginer, arrivant de la Suisse, pays beaucoup plus rangé».

«Puis j'ai été extrêmement surprise d'apprendre que ce territoire, pas longtemps avant, était sous l'emprise de la religion. J'étais surtout étonnée de la rapidité avec laquelle les Québécois avaient ejecté cette époque», poursuit la cinéaste.

Et lorsque la musicienne et productrice Marie Vien l'a approchée avec le scénario de La passion d'Augustine, qui a pour toile de fond les chamboulements post-Vatican II au Québec, Léa Pool était ravie de pouvoir traiter d'un sujet jusque-là très peu abordé, artistiquement.

«Avant, on n'avait pas le recul et on rejetait tout en bloc, s'explique-t-elle. Pourtant, les hôpitaux, l'éducation ou les conservatoires de musiques ont largement été implantés au Québec par les religieuses.»

Aujourd'hui, on peut se permettre de «remettre à sa juste place» la Grande Noirceur.

CE SOIR AU FFO

C'est précisément ce que tente de faire La passion d'Augustine, qui prend l'affiche demain, mais qui est présenté en avant-première au Cinéma 9, ce soir, dans le cadre du Festival du film de l'Outaouais.

Pour avoir «régulièrement» rencontré des religieuses - «certaines ont même enseigné la musique à ma fille», révèle-t-elle - «j'ai toujours trouvé qu'elles avaient des histoires passionnantes. C'était souvent des femmes d'avant-garde, extrêmement intéressantes, qui avaient envie de vivre différemment» de la ligne mariage-enfants que la société attendait d'elles.

«Ces femmes dévouées ont été les servantes de tout le monde, elles ont fait leur métier avec passion, même si elles étaient souvent sous-payées, et on les a vraiment larguées...»

L'aspect musical du scénario a achevé de convaincre la réalisatrice. Ses films ont toujours exploré les liens entre l'art et le réel, mais elle caressait depuis longtemps le rêve de traiter spécifiquement de musique.

Léa Pool ne voulait «pas faire de film sur la religion, ni sur la religiosité», mais simplement une oeuvre capable de nourrir «le débat actuel sur la laïcité, la charte des valeurs et le port du voile pour les femmes qui exercent un rôle de pouvoir, ou de justice».

La réalisatrice a été interpellée par l'amour d'Augustine pour la musique, mais aussi par «son amour de jeunesse, qui finalement, teinte toute la vie du personnage, à une époque où ce qu'elle a vécu n'était pas acceptable. Elle a réussi sa vie [au couvent], mais en fait, c'est qu'elle a été forcée de la reconstruire différemment. Heureusement, on a fait du chemin par rapport à ça.»

Au sein de ce choeur de femmes soudées tinte discrètement un féminisme «rétro». «La pilule, le discours qu'on n'a pas besoin d'avoir 12 enfants pour être une bonne mère de famille, l'avortement: ces questions, qui sont arrivées avec la modernité et le rejet de la religion, sont présentes dans le film.» «On a jeté le bébé avec l'eau du bain, mais peut-être bien que c'était un passage nécessaire [pour] passer à une autre époque. Il y a un peu ce message», dans ce film.»

FILM CHORAL

Léa Pool signe son premier film «choral», en réunissant une quinzaine de premiers rôles. «C'était impressionnant, mais je suis rendu à un point de ma carrière où j'ai besoin d'être mise au défi.» Sa méconnaissance initiale du sujet impliquait un degré de difficulté supplémentaire, ce qui rendait l'aventure encore plus excitante.

«À cause de l'ampleur du film, je me suis beaucoup préparée. Probablement plus que pour tous mes autres films. Et je me suis très bien entourée.» N'étant pas musicienne, «il fallait que j'acquière le vocabulaire et les morceaux pour les intégrer.» Un travail colossal, qu'elle a, dit-elle, «adoré faire», épaulée par le compositeur François Dompierre et la scénariste Marie Vien.

Malgré le fossé qu'elle ressentait initialement, vis-à-vis du sujet, Léa Pool s'étonne de constater aujourd'hui à quel point «ce film-là est proche d'[elle]».

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