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La passion d'Augustine: Céline Bonnier et l'esprit de communauté

Céline Bonnier, qui porte la collerette de mère Augustine dans La passion... (Courtoisie)

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Céline Bonnier, qui porte la collerette de mère Augustine dans La passion d'Augustine, film choral de Léa Pool présenté en pré-ouverture du Festival du film de l'Outaouais jeudi soir, se dit d'autant plus satisfaite du film qu'il «ne mise par sur des numéros d'actrices».

«Je suis fière de l'hommage qu'on rend à ces femmes qui ont éduqué notre Québec et l'Amérique pendant tant d'années, particulièrement à travers la musique», expose la comédienne, fascinée par le «mystère autour de ces femmes» au choix de vie drastique.

«Le film est un hommage à la beauté du principe de la communauté. Ces temps-ci, je suis très attentive à [l'esprit collectif], aux gens qui trouvent des raisons de "marcher ensemble".»

Augustine, la religieuse qu'elle campe, dirige un couvent qui se démarque par la qualité de l'enseignement en musique, mais menacé de fermeture, en cette fin des années 1960.

Un rôle «très tentant» pour la comédienne. D'abord, parce qu'elle a «rarement joué ce genre de personnage, une force tranquille qui vit ses passions tout en retenue».

Ensuite, «le fait que sa principale passion n'était pas nécessairement Jésus, mais la musique», a aussi séduit la comédienne. Jeune, Céline Bonnier, élevée dans la foi, a étudié la flûte traversière au Conservatoire, avant de rentrer... au couvent. «Un couvent laïc, précise-t-elle, mais ces murs, ces odeurs, je connaissais ça, et ça m'attirait beaucoup.»

Pour la douzaine de comédiennes chevronnées qui se partagent les premiers rôles (de soeurs), le tournage fut une expérience «touchante». «C'est rare qu'on se retrouve autant de femmes ensemble. On se disait souvent que c'était particulier, et à quel point on appréciait cette différence.»

«Léa est quelqu'un de très maternel, mais pas du tout envahissante. [...] On voit rarement cette délicatesse, de nos jours.»

Et sa démarche, «tout en sobriété», n'est pas moins émouvante, estime la comédienne. «Des fois, elle me disait: "Non! C'est trop explosé! Fais plus sobre!" Je trouvais ça difficile, mais c'est beau: ça donne une profondeur au personnage. Et au film entier, parce que tous les personnages sont dans cette retenue.»

Quand on lui demande s'il s'agit d'un film féministe, Céline Bonnier hésite, soulignant la réalité «contradictoire» de ces femmes, qui étaient aussi le fruit de leur époque.

«Elles ont servi les prêtres, la gent masculine, la communauté religieuse, le Québec... Elles ont été "au service de". Mais en même temps, oui, féministes, parce qu'elles se prenaient en main et qu'elles en menaient assez large. Elles étaient des travaillantes.»

À l'heure de Vatican II, où l'Église impose l'assouplissement des règles et les tenues ecclésiastiques, Augustine est intérieurement déchirée entre «la crainte et la fierté, la souffrance du deuil, et la curiosité et l'énergie d'aller de l'avant», témoigne Céline Bonnier à propos d'une scène poignante où les religieuses doivent abandonner leur costume à collerette. «C'est un deuil en même temps qu'une renaissance.»

À son personnage, Céline Bonnier a apporté son coeur branché sur le collectif, mais aussi sur la musique, cette «ligne tendue entre la mathématique et la poésie. Si ton lyrisme et ta personnalité ne chantent pas, la musique ne transcende pas. [...] Un bon musicien doit être très rigoureux et en même temps rebelle. Avec Augustine, j'ai essayé de faire vibrer cette tension entre la rigueur et le laisser-aller.»

Adieux au couvent

Le film a été tourné dans deux couvents, dont un à Saint-Jacques, «en pleine transition». En arrivant sur les lieux, la comédienne a croisé une poignée de religieuses, «les dernières qui avaient enseigné et habité là». Céline Bonnier est allée à leur rencontre «au moment où elles faisaient leurs adieux», quelques heures avant de quitter les lieux. Un moment «très émouvant», confie-t-elle.

«Je ne peux même pas imaginer l'ampleur d'un tel bouleversement, la brisure qui accompagne cette séparation. C'était la fin d'un grand mouvement. Des siècles qui se referment. Il a vraiment fallu qu'elles soient résilientes, sinon tu ne te relèves pas de ça...»

La comédienne a «quitté la pratique religieuse vers 12, 13 ans». «Je ne suis pas croyante, mais j'avoue que des fois, j'aimerais croire. Ce serait plus simple. L'idée qu'il y a une fin, je trouve ça difficile.»

De là découlent sa présente «recherche de sens» et sa volonté de «reconnaissance de la force de la communauté». «C'est ça qui me sauve, me guérit, m'accompagne et m'encourage.»

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