Étouffant huis clos avec Xavier Dolan

Dans Elephant Song, Xavier Dolan tient le rôle... (Courtoisie)

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Dans Elephant Song, Xavier Dolan tient le rôle principal face à Bruce Greenwood.

Courtoisie

Le DroitYves Bergeras 3/5

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Claustrophobes, s'abstenir! Avec La Chanson de l'éléphant (Elephant Song), le réalisateur Charles Binamé enferme le spectateur pendant près de 90 minutes, sans réelles bouffées d'air extérieur, entre les quatre murs d'un cabinet de psychiatre, à observer le jeu du chat et de la souris auxquels se livrent le flegmatique Dr Green (Bruce Greenwood) et un patient aussi charismatique que manipulateur, Michael (Xavier Dolan).

Le docteur n'est pas le psychiatre du jeune homme, mais le directeur de l'hôpital où ce dernier est enfermé depuis des années. L'administrateur est déterminé à faire avouer à Michael ce qu'il sait - ou prétend savoir - au sujet de la disparition de son médecin traitant, le Dr Lawrence (Colm Feore), survenue quelques jours plus tôt. Du genre rusé, malgré les troubles dont il souffre, le patient entend bien saisir la situation (et profiter de la période de Noël, où le coeur semble enclin à plus de sollicitude), pour négocier avec Green une permission spéciale l'autorisant à quitter l'établissement de santé quelques jours.

S'il voulait respecter l'essence et le sens de la pièce de théâtre dont il tire son film, Charles Binamé n'avait d'autre alternative que de jouer à fond la carte du huis clos. Quelques éphémères incartades dans les corridors et l'infirmerie nous extirpent du cabinet. Mais, à l'exception de deux retours dans le temps qui replongent Michael dans ses souvenirs d'enfance (à Cuba, en 1947, puis en Afrique, séquence destinée à éclaircir en partie sa fascination quasi-maniaque pour les pachydermes), on ne sortira pas de l'hôpital.

Sauf pour aller suffoquer - en flash forward, cette fois - dans un autre bureau, où tout est filmé en plans serrés. Dans ce futur construit en poupées russes, c'est le Dr Green qui semble sur la sellette. Alors que son interlocuteur (Guy Nadon, impénétrable), multipliant les questions, cherche à obtenir des explications sur certains récents comportements impliquant les médecins et le patient, on comprend qu'une enquête administrative a été ouverte. On reconstitue les choses au même rythme que l'enquêteur, les explications n'arrivant qu'au compte-gouttes, tel que l'exige l'exercice du puzzle cinématographique.

Il faut souligner les constants efforts de mise en scène déployés pour dynamiser cette succession de conversations théâtrales, tout en continuant d'alimenter le sentiment d'enfermement. Ce cabinet exigu, on va l'arpenter en long et en large, aspirés dans la chorégraphie féline de ce patient qui, se sentant «chez lui» - contrairement à l'administrateur qui débarque - prend immédiatement possession des lieux.

En apparence, Michael mène le bal. Tout sourires, il tourne autour de Green avec une assurance qui confine à l'arrogance, ou s'empare de l'intercom pour convoquer l'infirmière, pose les pieds sur le pupitre, quand il ne s'installe pas carrément dans le fauteuil du thérapeute. Dans ce rôle de séducteur en mal d'amour, Xavier Dolan dose le charme et l'insolence aussi bien que la tristesse et la colère refoulée.

Certes, il y a emphase, mais la justesse de ses micro-expressions indique que le comédien ne laisse rien au hasard. L'exubérance capricieuse de sa gestuelle, les émotions élastiques de ses mimiques permanentes ne servent qu'à capter l'attention. À tromper le regard. À déguiser la sourde douleur de ce personnage orphelin.

Face à lui, un Dr Green stoïque. Le jeu de contrastes se poursuit. Pourtant, son masque professionnel imperturbable va commencer à se fissurer lorsque le jeune homme se permettra d'évoquer certains pans de la vie privée de l'administrateur, et réussira à le déstabiliser en l'impliquant émotivement.

La Chanson de l'éléphant demeure un film «bavard», qui repose énormément sur les échanges verbaux. Mais la tension est bien menée et il n'est pas dénué de rebondissements. L'auteur de la pièce, Nicolas Billon, l'a lui-même adaptée pour le grand écran.

On est dans un premier temps ravi de voir les comédiennes Carrie-Anne Moss (Matrix) et Catherine Keener (Dans la tête de John Malkovich) débarquer en soutien, mais on finit par être déçu, tant leur rôle (la conjointe et l'ex-femme de Green, qui est aussi infirmière) est satellitaire, réduit à une simple fonction.

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La chanson de l'éléphant (Elephant Song), de Charles Binamé. Avec Xavier Dolan et Bruce Greenwood.

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