Les péripéties mécaniques d'un mensonge littéraire

Tout va bien pour Hubert Wolfe (Michel Côté), auteur d'une série policière à... (COURTOISIE)

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Tout va bien pour Hubert Wolfe (Michel Côté), auteur d'une série policière à succès, et son « nègre », Dany Cabana (Robin Aubert), un écrivain talentueux mais au lectorat confidentiel. Le « maître » continue de surfer sur la gloire, bien qu'il n'ait pas écrit la moindre ligne en 12 ans. La rédaction des derniers tomes du thriller, c'est l'autre qui s'en charge, en catimini et pour des pinottes.

Tout va bien... jusqu'à ce que Cabana, anéanti par une dépression amoureuse, soit lui aussi confronté à des problèmes d'inspiration. Pressé par la date de tombée du prochain roman de Wolfe, Cabana fera donc appel à un troisième écrivain de l'ombre, Quentin Wilson (Antoine Bertrand, formidable, à la source des séquences les plus amusantes).

Mais le troisième larron des Maîtres du suspense n'est en réalité pas du tout écrivain, même s'il sait raconter les histoires. Et puis il traîne quelques bibittes. Bref, cet homme-enfant n'a vraiment pas le profil adéquat pour reprendre en main une série qui, afin de respecter ses codes et les attentes du public, ne doit lésiner ni sur les épisodes violents, ni sur les passages érotiques.

Dans une scène, Hubert Wolfe pontifie généreusement sur sa méthodologie, expliquant qu'un scénariste doit savoir tirer sur l'élastique pour que les personnages fassent des choses à la fois logiques et inattendues. C'est juste. Et à ce jeu, le nouveau film de Stéphane Lapointe (La vie secrète des gens heureux, La théorie du K.O.) est exemplaire.

La prémisse est d'une savoureuse originalité. La comédie semblait alléchante, de nombreuses catastrophes pouvant survenir au détour des situations, aussi absurdes que plausibles, provoquées par cette double supercherie.

Bien dessiné, bien développé et bien campé, le trio entre le maître, l'esclave littéraire et le cheveu sur la soupe - un archétype tout ce qu'il y a de plus Grand blond avec une chaussure noire - fonctionne parfaitement. À chacun sa muse littéraire, sa « quête », ses fragilités et ses démons intérieurs.

Décevant

Côté oscille entre les regards fuyants et les yeux pétillants de son séducteur-menteur. En auteur et amant enflammé, Aubert, yeux exorbités, saisit très bien l'intensité dramatique de ses passions en chute libre. Bertrand, regard d'enfant tour à tour émerveillé, triste ou naïf, livre ici une prestation minimaliste (dans le meilleur sens du terme), à des années-lumière de Louis Cyr.

On est dans le registre de la comédie humaine, pas celui de la farce. Faute de véritable punchs, le temps durant lequel les choses se placent (on prépare le dérapage du trio) s'étire inutilement.

Grâce à la mécanique du mensonge, le réalisateur s'amuse à glisser des éléments de thriller, et à faire miroiter l'imminent parachutage du trio (enfin réuni) en Louisiane, où de dangereux bandits se canardent dès le début du film. La partie « suspense » traînasse : au bout d'une heure, les imminentes péripéties en Louisiane se font désirer.

Les rebondissements, bien que nombreux, ne sont pas particulièrement inattendus. Plusieurs ficelles scénaristiques semblent convenues. Et les relations amoureuses paraissent téléguidées.

La « mécanique » fonctionne, donc la sauce prend... mais demeure fade. Une comédie sympathique, mais tiède. Décevante, au regard de ses très bons ingrédients.

Le scénario nous rappelle régulièrement le fait que Wolfe, dans sa course aux honneurs, a métaphoriquement vendu son âme au diable. On finit par se demander s'il ne manque pas au film la même chose : un petit souffle d'âme. Comme si elle avait été sacrifiée à l'autel de la méthode, voire de la recette.

Trop de maîtrise technique ? À la fois trop de finesse (l'humanité des protagonistes) et pas assez (les ficelles du scénario) ? Son côté « sage » et moral ? La prémisse déjantée autorisait plus d'insolence. Elle appelait même, croit-on, un traitement plus « Tarantinesque » ou plus « Erik-Canuellien ». Dommage, car, on le répète, tous les ingrédients, y compris l'impeccable direction photo, étaient réunis pour un méchant beau divertissement.

Les maîtres du suspense. De

Stéphane Lapointe. Avec Michel Côté,

Antoine Bertrand, Robin Aubert.

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