Henri Henri: la lumière ne fut pas

Henri travaille dans un magasin de luminaires et... (Courtoisie)

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Henri travaille dans un magasin de luminaires et change les ampoules de ses clients.

Courtoisie

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Abandonné par ses parents, le candide Henri (Victor Trelles Turgeon) a reçu le don divin de « mettre de la lumière dans la vie des gens ». Au sens propre, cela signifie tout simplement qu'il travaille dans un magasin de luminaires et change les ampoules de ses clients. Quant au sens figuré, il faudra attendre le milieu du film pour s'en faire une idée, lorsque Henri se lie d'amitié avec un magnat déchu d'une marque de cornichons. Ou l'histoire pieuse d'un jeune homme solitaire dont la vie pleine d'imaginaire va basculer à la rencontre d'une caissière de cinéma.

L'histoire semble longtemps suspendue dans les limbes des commencements. Henri quitte le couvent où il a grandi pour un nouvel appartement et une nouvelle vie. Il tombe amoureux d'Hélène, sans oser l'approcher et encore moins lui avouer sa flamme. Les quatre ou cinq personnages principaux entrent en scène tour à tour, nous les suivons dans leurs allées et venues sans bien comprendre ce qui les anime, en attendant que l'univers fantasmagorico-kitsch du réalisateur Martin Talbot nous révèle enfin quelques surprises. En vain.

Tous les meilleurs moments ont été condensés dans la bande-annonce du film, mais le reproche majeur que l'on pourrait lui faire, c'est sa volonté de copier sans vergogne Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Remplacez l'épicerie de la butte Montmartre par la boutique d'un marchand indien, et le tour est joué...

Quelle audace ! Le réalisateur québécois Martin Talbot s'est abondamment inspiré de ses modèles, avoués (Wes Anderson) et inavoués (Jean-Pierre Jeunet). Dans le scrupule stylistique de « faire comme » Amélie Poulain, Henri Henri ne tolère aucune approximation. Le mimétisme est troublant. Nous sommes au-delà du pastiche. À première vue, il s'agit d'une réappropriation de l'esthétique cinématographique d'un réalisateur. Mais le film ne se contente pas simplement de faire doublon, il caricature. L'acteur Victor Trelles Turgeon ressemble au sosie masculin d'Audrey Tautou. Il la surpasse même dans le regard écarquillé. Même moue ahurie, le côté malicieux en moins.

En matière d'étincelle, on a vu mieux. Et ce ne sont pas les remplacements d'ampoules qui y changeront grand chose ! Si le scénario rivalise d'originalité, c'est dans la variation des lumières à réparer : phare en pleine mer, fête foraine, enseigne d'un cinéma, vaste manoir ou appartement modeste, lampe de chevet ou lumière d'un four, quelle douille résistera à Henri Henri ?

Tel un réparateur perché sur son tabouret, le film fait du surplace et tourne en rond. Peut-être parce que son principal souci est de cultiver une esthétique de l'enjolivement, ôtant tout caractère poignant à des scènes qui renvoient irrémédiablement à un véritable amour de la tapisserie fleurie, à un décor de bric-à-brac de brocante. Les maigres ressorts de l'intrigue se dénoueront en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire lors de la scène finale à la cantine de l'hôpital. Du navet à la guimauve. Henri Henri ? Bof bof.

Henri Henri. De Martin Talbot. Avec Victor Trelles Turgeon, Sophie Desmarais, Marcel Sabourin, Michel Perron, Kenneth Fernandez, Jean-Pierre Bergeron, Monique Spaziani, Pierre Collin.

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