Une réflexion dérangeante et essentielle

Léa Pool soulève dans son documentaire que seulement... (Photo Léa Pool)

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Léa Pool soulève dans son documentaire que seulement 5% des sommes amassées vont à la prévention du cancer du sein.

Photo Léa Pool

Valérie Lessard
Le Droit

«Pour moi, le ruban rose ne veut rien dire. Il équivaut à une étiquette 'Fait en Chine'«, lance une Américaine atteinte d'un cancer du sein de stade 4, donc incurable.

Cette phrase, pour le moins percutante et lancée sur un ton empreint d'une désarmante désillusion, rend bien l'esprit du documentaire de la cinéaste Léa Pool, Pink Ribbons, Inc.

Symbole de la lutte contre le cancer du sein, le fameux ruban rose se retrouve au coeur de ce film, présenté uniquement en version anglaise au Bytowne depuis hier et jusqu'au 23 février, qui lève le voile et dénonce le marketing outrancier autour de cette maladie. Car une importante industrie s'est bâtie, au fil des ans, autour du cancer du sein, remplaçant le militantisme féminin, voire féministe, des débuts. Le ruban rose ne s'affiche-t-il pas partout, sur des boîtes de mouchoirs, des rouleaux de papier hygiénique, des pots de yogourt, voire sur des barils de poulet frit Kentucky et des armes à feu? Si cela peut sembler noble a priori, fait valoir Léa Pool par le biais de son documentaire, il demeure important de se questionner sur les réels «gagnants» de tout ce mouvement d'empathie: les femmes malades, toujours en attente d'un traitement ou d'un médicament qui pourrait les guérir, ou certaines compagnies qui en profitent pour placer et vendre leurs produits et, ainsi, faire de l'argent sur leur dos?

Léa Pool ne cherche pas tant à assommer le public avec des chiffres ou des statistiques - qu'elle n'a d'ailleurs pu se faire confirmer malgré trois ans de recherches. Elle peut néanmoins soulever que seulement 5% des sommes amassées vont à la prévention du cancer du sein... Et que d'une femme sur 22 qui risquait d'en développer un, on est passé à une femme sur huit en un peu plus de 60 ans... Des chiffres qui choquent, il va sans dire.

Dans son film, la cinéaste met donc plutôt en lumière les contradictions troublantes entre la cause et ceux qui la soutiennent. Entre les nombreux commanditaires des marches et autres événements visant à amasser des fonds pour lutter contre la maladie (et dont certains produits pourraient fort bien causer le cancer), et le mal, auquel, malgré tout l'argent recueilli au fil des ans, on n'a pas encore trouvé de remède.

Pink Ribbons, Inc.. De Léa Pool.

***1/2

Plus de détails dans LeDroit du 18 février 2012 ou sur ledroitsurmonordi.ca

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