Conjuguer arts visuels et art textuel

Un mur de lettres fabriquées à base de... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Un mur de lettres fabriquées à base de cire d'abeille accueille le visiteur à la Galerie UQO. Elles recomposent un authentique courriel d'adieu, que les plus patients pourront tenter de déchiffrer. L'oeuvre, I Miss Talking To You, est signée Christos Pantieras.

Patrick Woodbury, Le Droit

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Arts visuels ? Arts textuels,  en réalité. La Galerie UQO accueille pour cinq semaines The State of Parenthesis*, exposition collective qui tient davantage du « littéraire » que du pictural, alors que ses installations cherchent leur signification du côté du langage, des mots et de la communication.

C'est qu'il faut désormais « faire de l'histoire de l'art avec des mots de passe », postule le critique d'art français (et directeur au Centre Pompidou) Jean-Max Colard dans Titrologie de l'exposition, oeuvre et dissertation analytique servant d'affiche à l'entrée de la galerie. 

Sitôt sa porte franchie, le visiteur découvre qu'il pose les pieds sur un texte reconstituant une conversation entre le philosophe Spinoza et l'artiste Joseph Beuys, et ce malgré les siècles qui les séparent. Cette oeuvre, Dialogue V : Garder la forme, est la première d'une série de Convers (at) ions signées Cindy Dumais, qui prolongera cet exercice d'« improbables rencontres » en faisant cohabiter d'autres penseurs de la trempe de Jacques Derrida ou Marguerite Duras, de la même façon que l'industrie musicale ose désormais la fabrication de duos virtuels avec ses grands disparus.

« Il y a beaucoup de texte, mais ce n'est pas du texte "donné" : ce n'est  jamais facile à lire, il faut déchiffrer le sens. On peut parler ici de "littérature", mais dans un sens très large », explique la commissaire Marie-Hélène Leblanc. Elle fait moins référence aux propos érudits éparpillés parmi les oeuvres proposées, qu'aux démarches esthétiques, lesquelles s'amusent en définitive à sublimer le langage. Les oeuvres jouent à cacher les mots qu'elles cristallisent, à faire glisser le sens des phrases ou l'intention de communiquer qui les animait. 

Ainsi, dans Il faut qu'elle sache, Sophie Jodoin (complice artistique de Wajdi Mouawad et Michael Ondaatje), recrée complètement la trajectoire d'un personnage - « elle » - à partir d'un livre dont elle a réorganisé l'ordre des pages, tout en caviardant l'essentiel du texte, pour n'en conserver que ce qui pouvait nourrir son récit autonome.

Par sa minutie graphique et calligraphique, Simon Bertrand  transfigure aussi la substance du texte - un poème ici ; une authentique Conférence, qui lui sert de matériau. Idem pour Christos Pantieras, artiste de la région qui, dans I Miss Talking To You, érige un véritable mur de lettres fabriquées à base de cire d'abeille. Celles-ci recomposent dans son intégralité un courriel d'adieu, tout en dénaturant allègrement la charge émotive du message. Cette exposition se compose aussi d'une installation vidéo de Marc-Olivier Hamelin et d'un audioguide intitulé sans objet, oeuvre de Karina Pawlikowski - deux artistes de l'Outaouais.

* Ce titre puise dans la liste de 2182 titres qui constituent Showtitle, oeuvre de Stefan Brüggemann, et pièce introductive à cette exposition collective. Quiconque peut emprunter à Showtitle un titre destiné à chapeauter son propre travail, à condition de mentionner l'oeuvre originelle.

Pour y aller

Quand ? Jusqu'au 14 octobre

Où ? 101, rue Saint-Jean-Bosco, local A-0115

Renseignements : (819) 595-3900, poste 2677  ou galerie.uqo.ca




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