François Pelletier, autodidacte et artiste de rue depuis 20 ans

L'artiste François Pelletier reproduit à la craie des... (Martin Roy, Le Droit)

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L'artiste François Pelletier reproduit à la craie des toiles des grands maîtres sur canevas, à même le trottoir.

Martin Roy, Le Droit

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Un bout de trottoir, au coin de la rue George et de la promenade Sussex. Une palette de couleurs se déclinant en bâtons de pastel et de craie de toutes les tailles. Des tableaux des grands maîtres comme modèles, de Vermeer au Caravage, en passant par Velazquez et Michel-Ange. Et ses doigts en guise de pinceaux. Depuis 20 ans, l'artiste ottavien François Pelletier crée de la beauté éphémère sous le regard des passants qui, aussi curieux qu'émerveillés, s'arrêtent pour admirer son travail exposé à même le sol du marché By.

« Il y a quelque chose de magique dans un dessin bien fait, mais qui est toutefois voué à disparaître, soutient François Pelletier. Pour moi, ça fait partie intrinsèque de la raison pour laquelle je pratique mon métier de cette façon : je vise la perfection à chaque fois que je m'attaque à une reproduction, tout en sachant entre autres que je n'en contrôlerai pas tous les paramètres, étant donné que je travaille à l'extérieur. Du coup, le processus de création devient plus important que le résultat ! »

Histoire de capter l'attention des promeneurs et de faire sonner ses « chapeaux » (François Pelletier détient un permis d'amuseur public annuel auprès des autorités de la Ville), tout s'avère question d'équilibre entre tableaux connus comme La Jeune Fille à la perle de Vermeer, devenue une image populaire et commerciale depuis la sortie du film de Peter Webber (2003) - « mais qui demeure malgré tout un de mes portraits préférés » - et des images exigeant plus d'heures avant de se laisser pleinement apprécier du public.

« Faire des Spiderman hyperréalistes en quelques heures, c'est sans contredit payant. Moi, je ne suis pas très comics, je suis plus Renaissance et période baroque, alors... »

Inconditionnel des grands maîtres

Alors ? François Pelletier accepte de parfois s'attarder sur des entrelacements de doigts qui prendront tout leur sens seulement après deux, voire trois jours de travail - à raison de 10 ou 12 heures passées penché au-dessus du trottoir.

« Je suis un grand fan des grands maîtres classiques. Pas un pouce carré de ce qu'ils ont fait n'est là pour rien ! Michel-Ange, par exemple, a créé des tableaux si denses, peignant l'espace comme il sculptait, qu'il ne donne aucune liberté : il n'y a pas de zone d'ombre pour improviser ! Ce qui me passionne, c'est de plonger pour comprendre comment ils ont travaillé leur sujet ! »

Ainsi, pendant que ladite Jeune fille à la perle (qu'il a déjà dessinée plus de 40 fois, ici comme à l'étranger) plante son regard mélancolique dans celui de quiconque pose les yeux sur elle, La Sainte Famille à la tribune, ou Tondo Doni, de Michel-Ange prend lentement mais sûrement vie sous la pulpe des doigts de l'autodidacte.

L'Ottavien de 36 ans a eu la piqûre pour ce moyen d'expression artistique en observant son frère aîné Gabriel s'exprimer ainsi avant lui sur les trottoirs de la capitale. Il en a fait son métier depuis. Un gagne-pain raisonnable. 

«Pour la plupart des artistes qui font comme moi, les dons qu'on amasse représentent grosso modo l'équivalent du salaire minimum», mentionne sans plus de détails celui qui s'est déjà fait voler à quelques reprises l'un ou l'autre de ses «chapeaux».

«C'est dur, travailler dans la rue», déclare-t-il sobrement.

Espace de liberté

Mais il aime la grande liberté qu'elle lui procure. 

«C'est précieux, le rapport que j'ai avec les gens qui s'arrêtent pour m'observer travailler, admirer ce que je fais. La réaction des gens, les échanges que j'ai avec eux demeurent plus gratifiants que le reste», insiste-t-il. 

«Quand les passants s'arrêtent, qu'il s'agisse d'un sans-abri, d'un touriste ou de quelqu'un de riche, ils se retrouvent tous au même niveau, réunis par la beauté. Je suis fier de pouvoir créer un tel espace de beauté qui rassemble et fait du bien à tout le monde.»

Depuis deux ans, François Pelletier dessine sur des canevas qu'il étend sur le trottoir. 

Il ne renie pas pour autant le côté éphémère de son processus. En fait, il s'agit plutôt d'un moyen de mieux contrôler les éléments, naturels comme humains, pouvant mettre à mal ses oeuvres. Car s'il composait sereinement avec les caprices de Dame Nature (vent, pluie, humidité...), voire avec l'insouciance des passants déambulant sur ses reproductions lorsqu'il était installé rue William, il a toujours eu un peu plus de difficulté à accepter le vandalisme délibéré.

«Quand je faisais le trottoir pour protéger mes oeuvres, je restais parfois jusqu'après la sortie des bars pour m'assurer que je retrouverais mon oeuvre plus ou moins intacte à mon retour. Je dors mieux, maintenant, étant donné que je n'ai plus à m'inquiéter. Je m'installe vers 10 h le matin, quand le marché commence à s'animer, et reste jusque vers 22 h, quand la foule devient trop folle...»

Cette année, c'est plutôt la température qui lui joue de mauvais tours. «Je suis en retard sur les saisons antérieures. Normalement, j'aurais été présent sur mon site une trentaine de fois déjà, en date d'aujourd'hui. Là, je suis sorti une dizaine de fois à peine, à cause du mauvais temps...»

Or, son travail ayant désormais un support textile, ne pourrait-il exposer sur les murs d'une galerie, voire envisager de vendre ses toiles?

François Pelletier répond qu'il n'y pense pas. 

«Peut-être que j'y songerai quand je commencerai à avoir trop de canevas terminés à la maison, mais puisque je n'ai jamais été porté par l'optique commerciale de l'art, je préfère le fait que les gens donnent ce qu'ils veulent et peuvent.»

Et que la beauté ainsi partagée, sur le coin d'une rue, conserve ce côté évanescent pour mieux devenir souvenir.




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