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Le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa... (Archives, LeDroit)

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Le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa

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L'histoire de l'art du pays se redéfinit dans les nouvelles salles d'art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada, qui ouvriront grand - et gratuitement, de 9 h 30 à 21 h 30, ce jour-là -  leurs portes jeudi prochain.

Repensées et revampées de fond en comble, elles permettent à quelque 800 oeuvres de se déployer de façon permanente dans de foisonnants et lumineux espaces de dialogues entre les créateurs d'hier et d'aujourd'hui qui continuent de façonner notre culture et notre identité. Déclinaison d'au moins cinq bonnes raisons d'aller y déambuler pour plonger dans des temps immémoriaux jusqu'en 1967 et prendre le temps de s'y réfléchir et refléter.

Le premier artiste européen établi en Nouvelle-France « digne de ce nom » ? Une soeur ursuline !

Le Parement d'autel dit de l'Immaculée Conception relève de la patience non pas d'un moine, mais d'une soeur ursuline: mère Marie Lemaire des Anges, à qui on l'attribue.

Parement... (Patrick Woodbury, Le Droit) - image 3.0

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Parement

Patrick Woodbury, Le Droit

«Le premier artiste européen établi en Nouvelle-France digne de ce nom est une femme. Il fallait non seulement le dire, mais il fallait surtout le montrer. C'était très important pour nous», fait valoir le directeur général du MBAC, Marc Mayer. 

On ne peut, en effet, qu'admirer la minutie avec laquelle cette dernière a finement brodé son oeuvre, composée de fils de laine et de soie, de cabochons de verre, de paillette, d'or et d'argent avec lame et de dentelle, entre autres.

Prêté par le Musée des Ursulines de Québec, le Parement (1686-1717) est exposé pour la toute première fois à l'extérieur de la Vieille Capitale.

Le potlatch sans compromis

Au centre de la zone de dialogue entre les oeuvres: deux bronzes d'Emmanuel Hahn représentant l'ancien éclaireur de descendance pied-noir et française, Thunder Storm, qui travaillera comme modèle et acteur à la fin du XIXe siècle.

La descente des rapides... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit) - image 5.0

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La descente des rapides

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

Sur un mur: Défrichage de George A. Reid (1888), qui rend compte de l'appropriation des territoires autochtones par les compagnies forestières (toile spécifiquement sélectionnée par Marc Mayer). 

Sur un autre: un canot voyageur effectue La descente des rapides, tableau datant de 1879 par lequel la peintre d'origine britannique Frances Anne Hopkins (1838-1919), épouse d'un membre de la Compagnie de la Baie d'Hudson, immortalise la traite des fourrures. 

En face: un présentoir où la mante officielle du chef James Hart, de la Nation haïda, est mise en valeurentourée de divers objets d'art amérindien (dont deux paniers tressés).

Autant d'objets que les Premiers Peuples de la Côte nord-ouest, par le biais du potlatch, concevaient pour les offrir en cadeaux lors de cérémonies rituelles ou d'événements spéciaux (mariages, naissances, funérailles). Or, de 1884 à 1951, le potlatch a été carrément interdit par le gouvernement de John A. Macdonald, privant ainsi ces communautés d'une importante tradition de redistribution économique et d'un tout aussi essentiel moyen d'expression artistique et culturelle.

«Comment faire ressentir cette absence, évoquer ce pan peu glorieux de notre histoire commune sans craindre de le faire? soulève le directeur général du MBAC. On présente donc, ici, des objets que les autochtones n'avaient plus le droit de produire en lien avec des oeuvres qui témoignent des différentes incursions des Européens en territoires autochtones, à cette époque.»

Beauté ressourçante

L'endroit baigne dans le calme miroitant du bassin d'eau de l'Atrium reflétant les éclats de soleil provenant du puits de lumière. Récemment acquise, Voile de mariée perdu, pièce signée Michael Belmore, déroule ses vagues émouvantes de cuivre et d'acier. « La beauté est indispensable à toute vie humaine. C'est pourquoi il nous faut en semer partout sur notre chemin. » Inscrite au-dessus d'une série de cinq bronzes de Louis-Philippe Hébert, la citation du sculpteur Alfred Laliberté (dont trois oeuvres de bronze sont montées sur socles non loin) prend ici tout son sens.

Le bassin d'eau de l'Atrium... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit) - image 7.0

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Le bassin d'eau de l'Atrium

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

C'est sans oublier le Jardin réaménagé par Cornelia Hahn Oberlander, Éden de verdure au beau milieu du Musée, d'où il est aussi possible de se laisser transporter par le Motet à quarante voix de Thomas Tallin, cette fabuleuse installation sonore de Janet Cardiff, qui résonne dans la Chapelle.

Intégrations et mises en contexte

Au début, il y avait entre autres les Beothuks, aujourd'hui disparus, qui sculptaient notamment dans l'ivoire des figurines et autres délicates oeuvres d'art. Le visiteur ne se surprendra donc pas d'être accueilli par une sélection de pièces millénaires juxtaposées à d'autres plus récentes dans la première salle de la nouvelle exposition permanente Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux à 1967.

Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux à... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit) - image 9.0

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Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux à 1967

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

À l'instar de la nouvelle salle de l'Histoire canadienne du Musée canadien de l'histoire, le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) a décidé d'intégrer des créations d'artistes des Premiers Peuples dans chacune des salles de l'exposition. Et du coup, à chaque époque qu'elle explore.

Ici, le Personnage en os de baleine de Karoo Ashevak (1974) fait écho aux tableaux abstraits de Guido Molinari et Claude Tousignant.

Là, un canot traditionnel algonquin datant du début du XXesiècle renvoie aux explorations et séjours en nature des membres du Groupe des Sept, dont des oeuvres phares (tels Terre Sauvage d'A.Y. Jackson ; Le brûlé, Algoma de Franz Johnston ; ou encore Terre solennelle de J.E.H. MacDonald) sont accrochées à proximité.

Là encore, deux vibrantes toiles de Norval Morrisseau et une autre de Roy Thomas «encadrent» Aveuglement, l'installation d'acier et d'aluminium de Michael Snow.

«L'art contemporain, autochtone, en particulier, était jusqu'à maintenant présenté hors contexte au musée. C'est ça que nous avons voulu corriger, en mettant ces oeuvres en lien avec celles de leurs contemporains allochtones, qu'ils soient de descendance française, brintannique ou autre», explique le directeur général de l'institution, Marc Mayer.

Lumière et décloisonnement

Il y a le choix des couleurs appliquées sur les murs (incluant le blanc, qui épure l'espace et ajoute à la luminosité des lieux). Mais aussi le décloisonnement des salles, qui permet des vues d'ensemble spectaculaires et à la lumière naturelle de filtrer dans certaines; le système d'éclairage entièrement revu; et les présentoirs vitrés faits sur mesure, dont le verre délicat permet d'admirer au plus près les oeuvres exposées. Autant de détails qui agrémentent indéniablement l'expérience muséale proposée par le MBAC.




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